r^ v ^*. . ■»- — »J- , /' %■ ■ i^^ X^~ \. /^ l kAI^ i.^^ HISTOIRE NATURELLE DE LACEPEDE. IMI'. I-.T I.ITli. |,|.; ,:||. VANDKliAlWKMA .Mnlil;iL'lic-;iil\-lliTl'rs-I'i)t;li;rii'.;. i',, s??. ^ Z // HISTOIRE NATURELLE DE LACÉPÈDE COMPRENANT LES CËTACÉES, LES QUADRUPÈDES 0V1PAKES LES SERPENTS ET LES P01SS0x\S i\i»lIVKLLE ÉDITIOi\ rnF.( KDF.F. DE i/ÉLOGF, DE I. Af.KPF.DF PAR CUVIER AVEC DES NOTES ET LA NOUVELLE CLASSIFICATION DE M. A.-G. DESMAREST CoirospoïKlant (k l'Acatlemie des Sciences, memb re de r Académie de Médeeino. inoffr.sciir de Zoologie à l'École>etfoivii*e«(rîW4prt, etc. TOME SECOND BRUXELLES ADOLPHE DEROS ET COMP.. ÉDITEURS RI f; DE l'empeurur, -n l8oô NSâixl^ > HISTOIRE NATURELLE DES POISSOxNS. (1798-1803.) POISSONS OSSEUX. Lorsque nous avons, par la pensée, réuni autour de nous les diverses espèces de pois- sons qui peuplent les mers ou les eaux douces du globe, lorsque nous les avons con- traintes, pour ainsi dire, à se distribuer en différents groupes, suivant l'ordre des rapports qui les distinguent, nous les avons vues se séparer en deux immenses tribus. D'un côté ont paru les poissons carlilagineux ; de l'autre, les osseux. Nous nous sommes occupés des premiers ; examinons avec soin les seconds. Nous avons assez indiqué les différences qui les séparent ; exposons donc, au moins rapidement, les ressemblances qui les rappro- chent. Elles sont grandes, en effet,ces ressemblances qui les lient. Les formes extérieures, les organes intérieurs, les armes pour attaquer, les boucliers pour se défendre, la puis- sance pour nager, l'appareil pour le vol, et jusqu'à cette faculté invisible et terrible de faire éprouver à de grandes distances des commotions violentes et soudaines, tous ces attributs que nous avons remarqués dans les cartilagineux, nous allons les retrouver dans les osseux. Nous pouvons, par exemple, opposer au\ pétromyzoïis et aux gastro- branches, les cécilies, les murènes, les ophis ; aux raies, les pleuronectes; aux squales, les ésoces; aux acipensères, les loricaires ; aux syngnathes, les fistulaires ; aux pégases, les trigles et les exocets; aux torpilles et au tétrodon électrique, le gymnote et le silure, également électriques ou engour(lissanls. A la vérité, les diverses conformations des car- tilagineux ne se remontrent dans les osseux qu'altérées, accrues, diminuées, ou du moins différemment combinées ; mais elles reparaissent avec un assez grand nombre de leurs premiers traits, pour qu'on les reconnaisse sans peine. Elles annoncent toujours l'identité de leur origine ; elles attestent l'unité du modèle d'après lequel la nature a façonné toutes les espèces de poissons qu'elle a répandues au milieu des eaux. Et que ce lype de la vita- lité et de l'animalité de ces innombrables animaux est digne de raticnlinn des philo- sophes! Il n'appartient pas, en effet, exclusivement à la grande classe dont nous cherchons à dévoiler les propriétés : son influence irrésistible embrasse tous les êtres qui ont reçu la sensibilité. Bien plus, son image est empreinte sur tous les produits de la matière organisée. La nature n'a , pour ainsi dire, créé sur notre globe qu'un seul être vivant, dont elle a ensuite multiplié des copies plus ou moins modifiées. Sur la [)lanète (jue nous habitons, avec la matière brute que nous foulons aux pieds, au milieu de l'atmosphère qui nous environne, à la distance où nous sommes placés des différents corps célestes qui circulent dans l'espace, et sous l'empire de cette loi qui commande à tous les corps et les fait sans cesse graviter les uns vers les autres, il n'y avait peut-être qu'un moyen unique de départir aux agrégations de la matière la force organique, c'est-à-dire le mouvement tiCtPEEDE. — TOME 11. 24ÛO 6 HISTOIRE NATURELLE de la vie et la chaleur du sentiment. 3Iais comme cette cause première présente une quan- tité infinie de degrés de force et de développement, et que par conséquent elle a donné naissance à un nombre incalculable de résultats produits par les difterenles combinaisons de cette série immense de degrés, la nature a pu être aussi admirable par la variété des détails qu'elle a créés, que par la sublime simplicité du plan unique auquel elle s'est asservie. C'est ainsi qu'en parcourant le vaste ensemble des êtres qui s'élèvent au-dessus de la matière brute, nous voyons une diversité, pour ainsi dire, sans bornes, de gran- deurs, de formes et d'organes, devenir, par une suite de toutes les combinaisons qui ont pu être réalisées, le principe et le résultat d'une intussusception de substances très-divi- sées, de l'élaboration de ces substances dans des vaisseaux particuliers, de leur réunion dans des canaux plus ou moins étendus, de leur mélange pour former un liquide nutritif. C'est ainsi qu'elle est la cause et l'eft'et de l'action de ce liquide, qui, présenté dans un élat de division plus ou moins grand aux divers fluides que renferment l'air de l'atmo- sphère, ou l'eau des rivières et des mers, se combine avec celui de ces fluides vers lequel son essence lui donne la tendance la plus forte, en reçoit des qualités nouvelles, parcourt toutes les parties susceptibles d'accroissement ou de conservation , maintient dans les fibres l'irritabilité à laquelle il doit son mouvement, devient souvent, en terminant sa course plus ou moins longue et plus ou moins sinueuse, une nouvelle substance plus active encore, donne par cette métamorphose à l'être organisé le pouvoir de sentir, ajoute à la faculté d'être mù celle de semouvoir, convertit une sujétion passive en une volonté efficace, et complète ainsi la vie et l'animalité. Nous venons de voir que les mêmes formes extérieures et intérieures se présentent dans les poissons cartilagineux et dans les poissons osseux : les résultats de la conformation prise dans toute son étendue doivent donc être à peu près les mêmes dans ces deux sous- classes remarquables. Et voilà pourquoi les osseux nous offriront des habitudes analogues à celles que nous avons déjà considérées en traitant des cartilagineux, non-seulement dans la manière de venir à la lumière, mais dans celle de combattre, de fuir, de se cacher, de se mettre en embuscade, de se nourrir, de rechercher les eaux les plus salutaires, la température la plus convenable, les abris les plus sûrs. Voilà pourquoi encore nous ver- rons dans les osseux, comme dans les cartilagineux, Tinslinct se dégrader à mesure que des formes très-déliées et un corps très-allongé seront remplacés par des proportions moins propres à une grande variété de mouvements, et surtout par un aplatissement très-marqué. Nous verrons même ce décroissement de l'intelligence conservatrice, dont nous avons déjà parlé, se montrer avec bien plus de régularité dans les poissons osseux que dans les cartilagineux, parce qu'il n'y est pas contre-balancé, comme dans plusieurs de ces derniers, par des organes particuliers propres à rendre à l'instinct plus de vivacité que ne peuvent lui en ôter les autres portions de l'organisation. En continuant de considérer dans tout leur ensemble les osseux et les cartilagineux, nous remarcpicrons que les premiers comprennent un bien plus grand nombre d'espèces rapprochées de nos demeures par leurs liabitations, de nos besoins par leur utilité, de nos plaisirs par leurs habitudes. C'est principalement leur histoire qui, entraînant facile- ment la pensée hors des limites et des lieux et des temps, rappelle à notre esprit, ou, pour mieux dire, à notre cœur attendri , et les ruisseaux, cl les lacs, et les fleuves, et les jeux iiniocents de l'enfance, et les joyeux amusements d'une jeunesse aimante sur les bords verdoyants de ces eaux romantiques. On ébranle vivement l'imagination en peignant l'immense Océan qui soulève majestueusement ses ondes, et les flots tumultueux mugis- sant sous la violence des tempêtes, et les énormes habitants des mers resplendissant au milieu de l'éclalanle lumière de la zone torrido, ou luttant avec force contre les énormes montagnes de glace des contrées polaires : mais on émeut profondément l'âme on lui reiracani la suiface tran(|uille d'un lac qui rènéchit la clarté mélancolique de la lune, ou le niurniure léger d'une rivière paisible qui serpente au milieu de bocages som- bres, ou les mouvements agiles, les courses rapides, et, pour ainsi dire, les évolutions variées de poissons argentés, qui, en se jouant au milieu d'un ruisseau limi)i(le, troublent seuls le silence et la paix d'une live ombragée et solitaire. Les premiers tableaux sont pour lo génie, les seconds appartiennent à la touchante sensibilité. DES POISSONS. TABLEAU DES GENRES DES POISSONS OSSEUX. CLASSE DES POISSONS. LE SANG ROI'GE; DES VEUTliBUES J DES DR.VXCIIIES AU LIEU DE POUMONS. SECONDE SOUS-CLASSE. POISSONS OSSEUX. Les parties solides de l'inlérieur du corps ^ osseuses. PREMIERE DIVISIOIN DE LA SECONDE SOUS-CLASSE, ou CINQUIÈME DIVISION DE LA CLASSE DES POISSONS. Un opercule branchial, et une membrane branchiale. DIX-SEPTIÈME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ou PREMIER ORDRE DE LA PKEMIÈRE DIVISION DES OSSEUX. GENRES. 22. Cécilie. 23. monoptère. 24. Leptocé- PlIALE. 25. Gymnote. 26. Trichiure. 27. notoptère. 28. Ophisure. 29. Triure. 30. Aptéronote. 51. Régalec. 32. Odontogna- THE. 55. Murène. 34. Ammodyte. 5S. Ophidie. 56.Macrognathe. 37. XipniAs. POISSONS APODES. Point de vogpoi/rs inférieures entre le museau et Vanus. CARACTÈRES. j Point (le nageoires, l'ouverture des branchies sous le cou. ( Point d'autre nageoire que celle de la queue ; les ouvertures des narines placées ( entre les yeux. I Point de nageoires pectorales ni caudales ; l'ouverture des branchies, située en par- ( lie au-dessous de la tête. I Des nageoires pectorales et de l'anus ; point de nageoires du dos ni de la queue. ( Point de nageoire caudale ; le corps et la queue très-allongés, très-comprimés, et en ( forme de lame; les opercules des branchies placés très-près des yeux. 1 Des nageoires pectorales, de l'anus et du dos; point de nageoire caudale; le corps ( très-court. / Point de nageoire caudale; le corps et la queue cylindriques et très-allongés rela- < tivement à leur diamètre; la tète petite ; les narines tubulées; la nageoire dorsale f et celle de l'anus très-longues et très-basses. l La nageoire de la queue très-courte ; celle du dos cl celle de l'anus étendues jus- < qu'au-dessus et au-dessous de la queue ; le museau avancé en forme de tube ; une ( seule deiil à chaque mâchoire. I Une nageoire de la queue; point de nageoire du dos; les mâchoires non extensibles. l Des nageoires pectorales, du dos et de la queue; point de nageoire de l'anus, ni de < série d'aiguillons à la place de cette dernière nageoire; le corps et la queue très- ' allongés. I Une lame longue, large, recourbée, dentelée, placée de chaque côté de la mâchoire \ supérieure, et entraînée par tous les mouvements de la mâchoire de dessous. i Des nageoires pectorales, dorsale, caudale, et de l'anus; les narines tubulées; les ( yeux voilés par une membrane, le corps serpentiforme et visqueux. iUne nageoire cie l'anus ; celle de la queue séparée de la nageoire de l'anus et de celle du dos; la tête comprimée et plus étroite que le corps ; la lèvre supérieure double; la mâchoire inférieure étroite et pointue; le corps très-allongé. t La tête couverte de grandes pièces écailleuses; le corps et la queue comprimés en < forme de lame, et garnis de petites écailles ; la membrane des branchies très- ( large : les nageoires du dos, de la queue et de l'anus, réunies. iLa mâchoire supérieure très-avancée et en forme de trompe; le corps et la queue comprimés comme une lame ; les nageoires du dos et de l'anus distinctes de celle de la queue. 1 La mâchoire supérieure prolongée en forme de lame ou d'épée, et d'une longueur au ( moins égale au tiers de la longueur totale de l'animal, 8 FIISTOIRE NATURELLE GENRES. 38. Makaira. 3'.). ,\narhiqi E. iO. CoMÉI'IIURt. il. Stromatée. i2. Rhombe. CARACTÈRES. !La iHiiclioiie sniJi-rifurc prolongée en forme de lame d'épée, et d'une longueur égale au cinquième ou tout au plus au quart de la longueur totale de l'animal ; deux Ijoucliers osseux et lancéolés de chaque côté de l'extrémité delà queue; deux nageoires dorsales. ( Le museau arrondi; plus de cinq dents coniques; des dents molaires en haut et en ) bas; une longue nageoire dorsale. l Le corps allongé et comprimé; la tête et l'ouverture de la Louche très-grandes; le \ museau large et déprimé; les dents très-petites; deux nageoires dorsales ; plu- f sieurs rajons de l;i seconde, garnis de longs filaments. I Le corps très-comprimé et ovale. iLe corps très-comprimé et assez court; chaque côté de l'animal représentant une sorte de rhombe; des aiguillons ou rayons non articulés aux nageoires du dos ou de l'anus. DIX-HUITIEME ORDRE DE L.\ CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, oc DEUXIÈME ORDRE DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX. GENRES. 43. Ml'REKOÏDE. •ii. Callio.nyme. 45. Calliomore. 46. Uranoscope. 47. Traciiine. 48. Gade. 49.Batracuoïue. SO. Blenme. SI. Olioopode. .^"2. KCRTE. tiû. CiiRvsos- TROMB. POISSONS JUGULAIRES. Des nageoires situées sotis la gorge. CARACTÈRES. L'ii seul rayon à chacune des nageoires jugulaires; trois rayons à la membrane des branchies; le corps allongé, comprimé, et en forme de lame. La tète plus grosse que le corps ; les ouvertures branchiales sur la nuque ; les nageoi- res jugulaires très-éloignées l'une de l'autre; le corps et la queue garnis d'écaillés à peine visibles. La tète plus grosse (jue le corps ; les ouvertures branchiales placées sur les côtés de l'animal; les nageoires jugulaires très-éloignées l'une de l'autre; le corps et la queue garnis d'écaillés à peine visibles. La tête déprimée, et |)lus grosse que le corps; les yeux sur la partie supérieure de la tête, et Irès-rappiochés; la mâchoire inférieure beaucoup plus avancée que la supérieure; l'ensemble formé par le corps et la queue, presque conique, et revêtu d'écaillés très-faciles à distinguer; chaque opercule branchial composé d'une seule pièce, tt garni d'une membrane ciliée. La tète comprimée, el garnie de tubercules ou d'aiguillons ; une ou plusieurs pièces (le cbaiiue opercule, dentelées : le corps et la queue allongés, comprimés, et couverts de [X'tites écailles; l'anus situé très-près des nageoires pectorales. La tête comprimée : les yeux peu rapprochés l'un de l'autre, et placés sur les côtés de la tête; le corps allon cules composes de |) |is allongé, peu comprimé, et revêtu de petites écailles; les oper- ; |)!usieurs |)ièccs, et bordes d'une membrane non ciliée. l'ouverture de la bouche très-grande; un ou )' La tête très dépiiiiH'e et très-large I plusieuis barbillons attachés autour ou au-dessous de la mâchoire inférieure. i Le corps et I.i ijuenc^allongés et comprimés; deux rayons au moins, et quatre rayons I au plus à ciiacune des nageoires jugulaires. \jnc seule nageoire dorsale ; cette nageoire du dos commençant au-dessus de la tête, el s'éteudant jus{|u'ii la nageoire caudale, ou à peu près; un seul rayon à cha- que nageoire jugulaire. I Le corps très-comprimé et caréné par-dessus ainsi que par- dessous; le corps élevé. 1 Le corps et la queue très-hauts, très-comprimés, et aj,;atis latéralement de manière ( à représenter un ovale; une seule nageoire dorsale. DIX-NEUVIEME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, CL' TROISIÈME ORDRE DE LA PIIE.MIÈRE DIVISION DES OSSELX. ge:e. 58. GOBIE. 59. GoBioÏDE. I 60. GOBIOMORE. l 61. GOOBIOMO- I ROÏDE. i 62. GOBIÉSOCE. < 65. SCOMBBE. l 6i. SCOMBÉROÏOE. | 65. Caranx. 66. Trachinote. 67.Caranxomore 68. CiCsiD. < 69. C^SIOMORE. \ 70. CoRis. ' I 71. gomphose. < 7-2. Naso.v. 73. KipHosE. < 74.0SPHR0KÈ.'UE. l 75. Trichopode. j 76. MONODACTYLE 77. PtECTORHIN- QUE. C\RACTÈRES. Point de nageoire de l'anus. Une nageoire de l'anns; plus d'un rayon à chaque nageoire thoiacinej le corps et la queue très allongés et comprimés en forme de lame ; le ventre à peu près de la longueur de la tète; les écailles très-petites. Une nageoire de l'anus; les nageoires pectorales en forme de disque, et composées d'un grand nombre de rayons ; le corps et la (lueue très-allongés et comprimés en foime de lame : le ventre à peu près de la longueur de la tête ; les écailles très- petites; les yeux a peine visibles j point de nageoire caudale. Les deux nageoires thoracines réunies l'une à l'autre ; deux nageoires dorsales. Les deux nageoires thoracines réunies l'une à l'autre; une seule nageoire dorsale; la tête petite ; les opercules attachés dans une grande pnrtie de leur contour. Les deux nageoires thoracines non réunies l'une à l'autre ; deux nageoires dorsales ; la tête petite ; les yeux rapprochés ; les opercules attachés dans une grande partie de leur contour. Les deux nageoires thoracines non réunies l'une à l'autre ; une seule nageoire dor- sale ; la tête petite; les yeuv rapprochés ; les opercules attachés dans une grande partie de leur contour. Les deux nageoires thoracines non réunies l'une à l'autre; une seule nageoire dor- sale; cette nageoire courte et placée au-dessus de l'extrémité de la queue, très- près de la nageoire caudale ; la tète très-grosse et plus large que le corps. Deux nageoires dorsales; une ou plusieurs petites nageoires au-dessus et au-dessous de la queue ; les côtés de la queue carénés, |ou une petite nageoire composée de deux aiguillons réunis par une membrane au-devant de la nageoire de l'anus. De petites nageoires au-dessus et au-dessous de la queue ; une seule nageoire dor- sale ; plusieurs aiguillons au-devant de la nageoire du dos. Deux nageoires dorsales; point de petites nageoires [au-dessus ni au-dessous de la queue; les côtés de la queue relevés longitudinalement en carène, ou une petite nageoire composée de deux aiguillons et d'une membrane au-devant de la na- geoire de l'anus. Deux nageoires dorsales; point de petites nageoires au-dessus ni au-dessous de la queue; les côtés de la queue relevés longitudinalement eu carène, ou une petite nageoire composée de deux aiguillons et d'une membrane au-devant de la nageoire de l'anus. Des aiguillons cachés sous la peau au-devant des nageoires dorsales. Une seule nageoire dorsale; point de petites nageoires au-dessus ni au-dessous de la queue ; les côtés de la queue relevés longitudinalement en carène, ou une petite nageoire composée de deux aiguillons et d'nne membrane au-devant de la nageoire de l'anus, ou la nageoire dorsale très-prolongée vers celle de la queue; la lèvre supérieure très-peu extensible ou non extensible ;point d'aiguil- lons isolés au-devant de la nageoire du dos. Une seule nageoire dorsale; point de petites nageoires au-dessus ni au-dessous delà queue; les côtés de la queue rele\és longitudinalement en carène, ou une petite nageoire composée de deux aiguillons et d'une membrane au-devant de la nageoire del'anus, ou la nageoire dorsale très-prolongée vers celle de la queue; la lèvre supérieure très-extensible ; point d'aiguillons isolés au-devant de la nageoire du dos. Une seule nageoire dorsale; point de petites nageoires au-dessus ni au-dessous de la queue; point de carène latérale à la queue, ni de petite nageoire au-devant de celle de l'anus ; des aiguillons isolés au-devant de la nageoire du dos. La tête grosse et plus élevée que le corps; le corps comprimé et très-allongé; le premier ou le second rayon de chacune des nageoires thoracines une ou deux fois plus allonge que les autres; point d'écaillés semblables à colles du dos sur les opercules ni sur la tète, dont la couverture lamelleuse et d'une seule pièce représente une sorte de casque. Le museau allongé en forme de clou ou de masse ; la tête et les opercules dénués d'éctfilles semblables à celles du dos. Une protubérance en forme de corne, ou de grosse loupe, sur le nez ; deux plaques ou boucliers de chaque côté de l'extrémité de la queue; le corps et la queue re- couverts d'une peau rude et comme chagrinée. Le dos très-élevé au-dessus d'une ligne tirée depuis le bout du museau jusqu'au milieu de la nageoire caudale; une bosse sur la nuque; des écailles semblables à celles du dos sur la totalité ou une grande partie des opercules, qui ne sont pas dentelés. Cinq ou six rayons à chaque nageoire thoracine ; le premier de ces rayons aiguil- lonné ; et le second terminé par un filament très-long. Un seul rayon beaucoup plus long que le corps à chacune des nageoires thoracines ; une seule nageoire dorsale. Un seul rayon très-court et à peine visible à chaque nageoire thoracine; une seule nageoire dorsale. Une seule nageoire dorsale; point d'aiguillons isolés au-devant de la nageoire du dos, de carène latérale ni de petite nageoire au-devant de celle de l'anus ; les lèvres plissées et contournées; une ou plusieurs lames de l'opercule branchial, dentelées. 10 HISTOIRE NATURELLE CE.NRE;). 78. POCOMAS. ) 79. BOSTRYCHE. ) SO.BosTRTcnoï IDE. ' I M. Hémiptéro NOTE. 81. ÉCHÉNÉIS. 82. Macroure. I 83. CORÏPHÉNE. -i .1 yô. CORYPH NOÏDE 86. ASPIDOPHORE. j 87. AspiDOPiio- ( ROÏDE. / 88. Cotte. ) 89. SCORPÉNE. 90. ScOMliÊRO- »ORE. 91.Gastérostée. 92. Centropode. 93. Centrocas- , TÈRE. ï 9't. Centronote. 9.J.LÉP1SACANTHE. ' 9G. Céphai.acan- THE. ' 97. Dactvlop- ^ TÈRE. t 98. Phionote. l 99. Trigle. I iOO.PÉRISTÉDION. ' 101. ISTIOPIIORE. ^jj2- GYMXiTBE. ; CARACTÈRES. L'iie si'iik' Magf.'oirc tloisnlc ; point d'aiguillons isolés au-devaiil de la nageoire du dos, de carène latérale ni de petite nageoire au-devant de celle de l'anus ; un très-grand nombre de petits bari)illons à la mâchoire inférieure. Le corps allongé et seincntiforme ; deux nageoires dorsales, la seconde séparée de celle de la queue; deux barbillons à la mâchoire supérieure; les yeux assez grands et sans voile. Le corps allongé et serpentifornie; une seule nageoire dorsale; celle de la queue séparée de celle du dos; deux l)arbillons à la mâchoire supérieure; les yeux assez grands et sans voile. Une plaque très-grande, ovale, composée de lames transversales, et placée sur la tète, i]ui est déprimée. Deux nageoires sur le dos ; la queue deux fois plus longue que le corps. Le sommet de la t«He très-comprimé, et comme tranchant par le haut, ou très- élcvé et finissant sur le devant par un plan presque vertical, ou terminé anté- rieurement par un quart de cercle, ou garni d'écaillés semblables à celles du dos; une seule nageoire dorsale, et cette nageoire du dos presque aussi longue que le corps et la (lueuc. Le sommet de la tète très-comprimé, et comme tranchant par le haut, ou Irès-élevé et finissant sur le devant par un plan presque>ertical, ou terminé antérieure- ment par un quart de cercle, ou garni d'écaillcs semblables à celles du dos; une seule nageoire dorsale, et la longueur de cette nageoire du dos ne surpassant pas ou surpassant à peine la moitié de la longueur du corps et de la queue pris ensemble. Le sommet de la tête très-comprimé, et comme tranchant par le haut, ou très- élevc et finissant sur le devant par un plan presque vertical, ou terminé anté- rieurement par un quart de cercle, ou garni d'écaillés semblables à celles du dos ; une seule nageoire dorsale; l'ouverture des branchies ne consistant que dans une fente transversale. Le corps et la queue couverts d'une sorte de cuirasse écailleuse ; deux nageoires sur le dos ; moins de quatre rayons aux nageoires thoracines. Le corps et la queue couverts d'une sorte de cuirasse écailleuse ; une seule nageoire sur le dos ; moins de quatre rayons aux nageoires thoracines. La tête plus large que le corps ; la forme générale un peu conique ; doux nageoires sur le dos; des aiguillons ou des tubercules sur la tête ou sur les opercules des blanchies; plus de trois rajons aux nageoires thoracines. La tète garnie d'aiguillons, ou de protubérances, ou debarbillons, et dépourvue de petites écailles ; une seule nageoire dorsale. Une seule nageoire doisale; de petites nageoires au-dessus et an-dessous delà queue; point d'aiguillons isolés au-devant de la nageoire du dos. Une seule nageoire dorsale; des aiguillons isolés, ou presque isolés, au-devant de la nageoire du dos; une carène longitudinale de chaque côté de la queue ; un ou deux rayons au plus à cIkkiuc nageoire thoracine; ces rayons aiguillonnés. Deux nageoires dorsales; un aiguillon et cinq ou six rayons articulés très-petits à chaque nageoire thoracine ; point de piquants isolés au-devant des nageoires du dos, mais les rayons de la première dorsale à peine réunis par une membrane ; point de carène latérale à la (lucue. Quatre aiguillons et six rayons articulés à chaque nageoire thoracine. Une seule nageoire dorsale ; quatre rayons au moins à chaque thoracine; des pi- quants isolés au-devant de la nageoire du dos; une saillie longitudinale sur ehatiue côté de la queue, ou deux aiguillons au-do\anl de la nageoire de l'anus. Les écailles du dos grandes, ciliées et terminées par un aiguillon; les opercules dentelés dans leur partie postérieure, et dénués de petites écailles; des aiguil- lons isolés au-devant de la nageoire dorsale. Le derrière de la tête garni, de chaque côté, de deux pitpiants dentelés et très- longs; point d'aiguillons isolés au-devant de la nageoire du dos. Une |)('lile nageoire composée de rayons soutenus par une membrane auprès de la base de chaque nageoire pectorale. Des aiguillons dentelés entre les deux nageoires'dorsales; des rayons articules et non réunis par une membrane auprès de chacune des nageoires pectorales. Point d'aiguillons dentelés entre les deux nageoires dorsales ; des rayons articulés et non réunis par une membrane, auprès de chacune des nageoires pectorales. Des rajons articuli'S et non réunis par une membrane auprès des nageoires pec- torales; une seule nageoire dorsale; point d'aiguillons dentelés sur le dos, une ou [)lusieurs plaijues osseuses au-dessous du corps. Point de rayons articulés et libres auprès des nageoires pectorales, ni de plaques osseuses au-dessous du corps; la première nageoire du dos arrondie, très- longue, et d'une hauteur supérieure à celle du corps; deux rayons à chaque thoiacine. Point de nageoire de l'anus; une seule nageoire dorsale ; les rayons des nageoires thoracines très-allongés. DES POISSONS. il G£:«RES. lOÔ. 3ICLI.E. 104. Apogon. 103. LONCHl'RE. 106. Macropode. 107. Labre. 108. Cheiline. 109. Cheilodip- TÈRE. 110. Ophicé- PHALE. m. HOLOGYM- NOSE. 112. SCARE. î 113. OSTORHIX- i QUE. ' 114'. Spare. 115. DiPTÉRODON < 116. LUTJAN. I 117. Cemropome I 118. BODIAN. I 119. TvENiaxote. 120.SciÈ\E. \ 121,Microptère. 122. holocektre i 123. Persèqi'e. ( CARACTÈRES. Le corps couvert de grandes écailles qui se détachent aisément ; deux nageoires dorsales; plus d'un barbillon à la mâchoire inférieure. Les écailles grandes et faciles h détacher ; le sommet de la tête élevé ; deux nageoi- res dorsales ; point de barbillons au-dessous de la mâchoire inférieure. La nageoire de la queue lancéolée; cette nageoire et les pectorales aussi longues, au moins, que le quart de la longueur totale de l'animal; la nageoire dorsale longue et profond('ment écliancrée; deux barbillons à la mâchoire inférieure. Les thoracines au moins de la longueur du corps proprement dit ; la nageoire cau- dale très-fourchue, et à peu près aussi longue que le tiers de la longueur totale de ranimai; la tête proprement dite et les opercules revêtus d'écaillés semblables à celles du dos ; l'ouverture de la bouche très-petite. La lèvre supérieure extensible; point de dents incisives ou molaires ; les opercules des branchies dénués de piquants et de dentelure; une seule nageoire dorsale ; cette nageoire du dos très-séparée de celle de la queue, ou très-éloiguée de la nuque, ou composée de raj ons terminés par un filament. La lèvre supérieure extensible ; les opercules des branchies dénués de piquants e*- de dentelure ; ime seule nageoire dorsale; cette nageoire du dos très-séparée de celle de la queue, ou très-éloignée de la nuque, ou composée de rayons termi- nés par un filament; de grandes écailles ou des appendices placés sur la base de la nageoire caudale, ou sur les côtés de la queue. La lèvre supérieure extensible ; point de dents incisives ni molaires ; les opercu- les des branchies dénués de piquants et de dentelure; deux nageoires dorsales. Point de dents incisives ni molaires ; les opercules des branchies dénués de piquants et de dentelure ; une seule nageoire dorsale ; la tète aplatie, arrondie par devant, semblable à celle d'un serpent, et couverte d'écaillés polygones, plus grandes que celles du dos, et disposées à peu près comme celles que l'on voit sur la tête de la plupart des couleuvres; tous les rayons des nageoires articulés. Toute la surface de l'animal dénuée d'écaillés facilement visibles; la queue repré- sentant deux cônes tronqués, appliqués le sommet de l'un contre le sommet de l'autre, et inégaux en longueur ; la caudale très-courte, chaque thoracine com- posée d'un ou de plusieurs rayons mous et réunis ou enveloppés de manière à imiter un barbillon charnu. Les mâchoires osseuses très-avancées, et tenant lieu de véritables dents ; une seule nageoire dorsale. Les mâchoires osseuses très-avancées, et tenant lieu de véritables dents ; deux nageoires dorsales. Les lèvres supérieures peu extensibles, ou non extensibles; ou des dents incisives, ou des dents molaires disposées sur un ou plusieurs rangs ; point de piquants ni de dentelure aux opercules; une seule nageoire dorsale; cette nageoire éloignée de celle de la queue, ou la plus grande hauteur du corps proprement dit, supé- rieure, ou égale, ou presque égale à la longueur de ce même corps. Les lèvres supérieures peu extensibles , ovi non extensibles; ou des dents incisi- ves, ou des dents molaires disposées sur un ou plusieurs rangs; points de pi- quants ni de dentelure aux opercules; deux nageoires dorsales; la seconde na- geoire du dos éloignée do celle de la queue, ou la plus grande hauteur du corps proprement dit, supérieure, ou égale, ou presque égale à la longueur de ce même corps. Une dentelure à une ou plusieurs pièces de chaque opercule ; point de piquants à ces pièces; une seule nageoire dorsale; un seul barbillon ou point de barbil- lons aux mâchoires. Une dentelure à une ou à plusieurs pièces de chaque opercule; point d'aiguillons à ces pièces; un seul barbillon ou point de barbillons aux mâchoires; deux na- geoires dorsales. Un ou plusieurs aiguillons et point de dentelure aux opercules; un seul barbillon ou point de barbillons aux mâchoires ; une seule nageoire dorsale. Un ou plusieurs aiguillons, et point de dentelure aux opercules; un seul barbil- lon ou point de barbillons aux mâchoires; une nageoire dorsale étendue depuis l'entre-deux des yeux jusqu'à la nageoire de la queue, ou très-longue et com- posée de plus do quarante rayons. Un ou plusieurs aiguillons, et point de dentelure aux opercules; un seul barbillon ou point de barbillons aux mâchoires; deux nageoires dorsales. Un ou plusieurs aiguillons et point de dentelure aux opercules; un barbillon ou point de barbillons aux mâchoires; deux nageoires dorsales; la seconde très- basse, très-courte, et comprenant au plus cinq rayons. Un ou plusieurs aiguillons et une dentelure aux opercules; un barbillon ou point de barbillons aux mâchoires; une seule nageoire dorsale. Un ou plusieurs aiguillons et une dentelure aux opercules ; un barbillon ou point de barbillons aux mâchoires; doux nageoires dorsales. 42 IIISTOfRE NATURELLE GE:fRES. Harpe. 12j. Pimélep- TÈBE. 120. Cheilion. 127. POMATOME. 128. Léiostome. 120. Ce>troio- PI!E. 130. Chevalier. 131. Léioo'athe 132 CnÉTODON. 1.-3. ACANTIII- M0\. CARACTÈRES. Plusieurs dents tiès-longucs. fortes et recourbées au sommet et auprès de l'arti- culation de chamie mâchoire ; des dents petites, comprimées et triangulaires, de chaque côté ae la mâchoire supérieure, entre les grandes dents voisines de l'articulation et celles du sommet; un barbillon comprimé et triangulaire de chaque côté et aupri-s de la commissure des lèvres; les thoracines, la dorsale et l'anale très grancics, ot en forme de faux; In caud.ile convexe dans son milieu, et étendue m forme de faux très-allongée dans le haut et dans le bas; l'anale attachée autour d'une prolongation charnue, écailleusc, très-grande, comprimée et triangulaire. 1 La totalité ou une grande partie de la dorsale, de l'anale et de la nageoire de la j queue, adipeuse, ou presque adipeuse ; les nageoires inférieures situées plus ' loin de la gorge que les pectorales. (Le corps et la queuetrès-allongés; le bout du museau aplati ;la tète et les opercules dénués de petites écailles; les opercules sans dentelure et sans aiguillons, mais ciselés ; les lèvres, et surtout celle de la mâchoire inférieure, très-pcndantcs ; . les dents très-petites ; la dorsale basse et très-longue; les rayons aiguillonnes ou f non articulés de chaque nageoire, aussi mous ou presque aussi mous que les ar- ticulés; uneseiile dorsale; les thoracines très-petites, i L'opercule entaillé dans le haut de son bord postérieur, et couvert d'écaillés sem- I blabics à celles du dos ; je corps et la queue allongés : deux nageoires dorsales ; la ■ nageoire de l'anus très-adipeuse. . Les mâchoires dénuées de dents, et entièrement cachées sous les lèvres ; ces mêmes lèvres extensibles ; la bouche placée au-dessous du museau ; point de dentelure ni ' de piquant aux opercules; deux nageoires dorsales. Une crête longitudinale, et un rang longitudinal de piquants très-séparés les uns des autres, et cachés en partie sous la peau au-dessus de la nuque ; une seule nageoire du dos ; cette dorsale très-basse et très-longue ; les mâchoires garnies de dents très-petites, très-fines, égales et un peu écartées les unes des autres ; moins de cinq rayons à la membrane branchiale. Plusieurs rangs de dents à chaque mâchoire : deux nageoires dorsales; la première l presque aussi haute que le corps, triangulaire, et garnie de très-longs filaments \ à l'extrémité de chacun de ses rayons; la seconde, basse et très-longue; l'anale < très-courte, et moins grande que chacune des thoracines; cette anale, les deux nageoires du dos, et celle de la queue, couvertes presque en entier de petites écailles; l'opercule sans piquants ni dentelure; les écailles grandes et den- telées. Les mâchoires dénuées de dents proprement dites; une seule nageoire du dos; un aiguillon recourbé et très-fort, des deux côtés de chacun des rayons articulés de la dorsale ; un appendice écaillcux, long et aplati auprès de chaque thoracine; l'opercule dénué de petites écailles, et un peu ciselé; la hauteur du corps égale ou presque égale à la moitié de la longueur totale du poisson. Les dents petites, flexibles et mobiles; le corps et la queue très-comprimés; de petites écailles sur la dorsnle ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps supi-rieure ou du moins égale à sa longueur ; l'ouverture do la bouche petite ; le museau plus ou moins avancé, une seule n.igeoire dorsale ; point de dentelure ni de piquants aux opercules. Les dents petites, flexible' et mobiles; le corps et la queue très comprimés; de petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps sup('-rieure nu du moins ég;ile à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite; le museau plus ou moins avancé ; une seule dorsale ; plus de deux la nn^cire loi. ruÉTOUIP- TÈBE. aiguillons dénués ou presque dénués de membrane au-devant TRR ) supérieure ou du moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite; le 1 museau plus ou moins avancé; une dentelure, et i)ninl de longs pi(ju;iMts aux ' opeiTules ; une seule nageoire (lorsale. ; Les dents petites, flexibles et mobiles; le corps et la queue très comprimés; de petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoii-es ; ou la hauteur du corps, supérieure ou du moins égjile .'i sa longueur; l'ouverture de la bouche petite, le museau plus ou moins iuaneé ; une tlenloliire, et point de longs piipiants aux opercules; (ieu\ nageoires dorsales. Les dents petites, flexibles et mobiles: le corps et la queue très comprimés; de petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires : ou la hauteur du corps supérieure ou ilu moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite; le museau plus ou moins avanc('!; un ou plusieurs longs piquants et point de di-iite- lure aux opercules; une seule nagcoiiv dorsale. l!îfi. l'oMMiASTS. 137.PoMAr\MnE / DES POISSONS. i3 GENRES, 1Ô8. HOLACANTHE 139 Énoplose. 140. GtTPHISO- DON. 1 il. ACANTHURE. J'£2. ASPISURE. Mo. ACAMHO- PODE. i4'4'. Sélène. i-iS.ARGTRÉlOSE. U6. Zée. 147. Gal. 148. Chrysotose 149. Capros. 150. Pleuro- neCte. loi. Aciiire. CARACTÈRES, Les dents petites, flexibles et mobiles j le corps et la queue très-comprimés; de petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps supérieure ou du moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite; le museau plus ou moins avancé; une dentelure et un ou plusieurs longs piquants à chaque opercule ; une seule nageoire dorsale. Les dents petites, flexibles et mobiles; le corps et la queue très-comprimés; de très-petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps supérieure ou du moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche pe- tite; le museau plus ou moins avancé ; une dentelure et un ou plusieurs piquants à chaque opercule ; deux nageoires dorsales. Les dents crénelées ou découpées; le corps et la queue très-comprimés; de très- petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps supérieure ou du moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite; le museau plus ou moins avance ; une nageoire dorsale. Le corps et la queue très-comprimés; de très-petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps supérieure ou du moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite; le museau plus ou moins avancé; une nageoire dorsale ; un ou plusieurs piquants de chaque côté de la queue. Le corps et la queue très-comprimés ; de très-petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps supérieure ou du moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite; le museau plus ou moins avancé; une nageoire dorsale ; une plaque dure en forme de petit bouclier, de chaque côté de la queue. Le corps et la queue très-comprimés ; de très-petites écailles sur la dorsale ou sur d'autres nageoires, ou la hauteur du corps supérieure ou du moins égale à sa longueur; l'ouverture de la bouche petite ; le museau plus ou moins avancé ; une nageoire dorsale ; un ou deux piquants à la place de chaque thoracine. L'ensemble du poisson très-comprimé, et présentant de chaque côté la forme d'un pentagone ou d'un tétragone ; la ligne du front presque verticale ; la distance du plus haut de la nuque au-dessus du museau, égale au moins à celle de la gorge à la nageoire de l'anus; deux nageoires dorsales ; un ou plusieurs piquants entre les deux dorsales; les premiers rayons de la seconde nageoire du dos s'é- tendant au moins au delà de l'extrémité de la queue. Le corps et la queue très-comprimés ; une seule nageoire dorsale; plusieurs rayons de cette nageoire terminés par des filaments très-longs, ou plusieurs piquants le long de chaque côté de la nageoire du dos ; une membrane verticale placée transversalement au-dessous de la lèvre supérieure; les écailles très-petites; les thoracines très-allongées; des aiguillons au-devant de la nageoire du dos et de celle de l'anus. Le corps et la queue très-comprimés; des dents aux mâchoires; une seule nageoire dorsale; plusieurs rayons de cette nageoire terminés par des filaments très-longs, ou plusieurs piquants le long de chaque côté de la nageoire du dos; une mem- brane verticale placée transversalement au-dessous de la lèvre supérieure; les écailles très-petites; point d'aiguillons au-devant de la nageoire du dos, ni de celle de l'anus. Le corps et la queue très-comprimés; des dents aux mâchoires; deux nageoires dorsales ; plusieurs rayons de Tuile de ces nageoires terminés par des filaments très-longs, ou plusieurs piquants le long de chaque côté des nageoires du dos ; une membrane verticale placée transversalement au-dessous de la lèvre supé- rieure; les écailles très-petites; point d'aiguillons au-devant de la première ni de la seconde dorsale, ni de la nageoire de l'anus. Le corps et la queue très-comprimés; la plus grande hauteur de l'animal égale ou presque égale à la longueur du corps et de la queue pris ensemble; point de dents aux mâchoires; une seule nageoire dorsale; les écailles très-petites; point d'ai- guillons au-devant de la nageoire du dos, ni de celle de l'anus; plus de huit rayons à chaque thoracine. Le corps et la queue très-comprimés et très-hauts; point de dents aux mâchoires; deux nageoires dorsales; les écailles très-petites; point d'aiguillons au-devant de la première ni de la seconde dorsale, ni de la nageoire de l'anus. Les deux yeux du même côté de la tète. La tête, le corps et la queue très-comprimés ; les deux yeux du même côté de la tète ; point de nageoires pectorales. 14 HISTOIRE NATURELLE VLNGTIÈME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ou QUATRIEME ORDRE DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX. POISSONS ABDOMINAUX. De» nageoires inférieures placées sur Vahdomen au delà des pectorales, et en deçà de la nageoire de l'anus. GENRES. lo2. CiRRHITE. Ibô. Cheilodac- TYLE. Ib^. COBITE. lab. MisGi-R>'E. 136. AXABLEPS. Ib7. FlXDULE. 138. COLUBRINE. IbO. Armé. 160. BUTYRIN. 161. Triptéro- NOTE. 162. Ompok. 163. Silure. i(ài. Macropte- HONOTE. j6b. Malapté- Rl'RE. 166. PlMÉLODE. 167. Doras. 168. POGONATIIE. CARACTERES. Sept rayons à la membrane des branchies ; le dernier très-éloignë des autres ; des barbillons réunis par une membrane, et places auprès de la pectorale de ma- nière à représenter une nageoire scmblalilc à cotte dernière. Le corps et la queue très-comprimés; la lèvre supérieure double et extensible ; la partie antérieure et supérieure de la léle terminée par une ligne presque droite et qui ne s'éloigne de la verticale que de iO à bO degrés; les derniers rayons de chaque pectorale très-allongés au delà de la membrane qui les réunit; une seule nageoire dorsale. La tête, le corps et la queue cylindriques ; les yeux très-rapprochés du sommet de la tête; point de dents, et des barbillons aux mâchoires; une seule nageoire du dos ; la peau gluante et revêtue d'écaillés très-difficiles à voir. Le corps et la queue cylindriques; la peau gluante et dénuée d'écaillcs facilement visibles ; les yeux très-rapprochés du sommet de la tête ; des dents et des bar- billons aux mâchoires ; une seule dorsale ; cette nageoire très-courte. Le corps et la queue presque cylindriques ; des barbillons et des dents aux mâ- choires; une seule nageoire du dos; celte nageoire très-courte; deux prunelles à chaque œil. Le corps et la queue presque cylindriques; des dents et point de barbillons aux mâ- choires ; une seule nageoire du dos. La tête très-allongée; sa partie supérieure revêtue d'écaillés conformées et dispo- sées comme celles qui recouvrent le dessus de la tête des couleuvres; le corps très-allongé; point de nageoire dorsale. La tête dénuée de petites écailles, rude, recouverte de grandes lames oue réunissent des sutures très-marquées , des dents aux mâchoires et au palais, aes barbillons à la mâchoire supérieure, la dorsale longue, basse et rapprochée de la caudale, l'anale très-courte, plus de dix rayons à la membrane des branchies. La tête dénuée de petites écailles, et ayant de longueur à peu près le quart de la longueur totale de l'animal , une seule nageoire sur le dos. Trois nageoires dorsales, une seule nageoire de l'anus. Des barbillons et des dents aux mâchoires, point de nageoires dorsales, une longue nageoire de l'anus. La tête large, déprimée et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau vis- queuse, la bouche à l'extrémité du museau; des bariiillons aux mâchoires, le corps gros, la peau enduite d'une mucosité abondante, une seule nageoire dor- sale, cette nageoire très-courte. La tête large, déprimée et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau vis- queuse, la bouche à l'extrémité du museau; des barbillons aux mâchoires, le corps gros, la peau enduite d'une mucosité abondante, une seule nageoire dor- sale, cette nageoire très-longue. La tête déprimée et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau visqueuse, la bouche à l'extrémité du museau, des barbillons aux mâchoires, le corps gros, la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité abondante, une seule na- geoire dorsale, cette nageoire adipeuse, et placée assez près de la caudale. La tête déprimée et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau visqueuse, la bouche à l'extrémité du museau, des barbillons aux mâchoires, le corps gros, la peau du corps etde la queue cnduited'unc mucosité abondante, deux nageoires dorsales, la seconde adipeuse. La tête déprimée et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau visqueuse ; I la bouche à l'extrémité du museau ; des barbillons aux mâciioires; le corps gros; la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité abondante; deux I nageoires dorsales; la seconde adipeuse; des lames larges et dures, rangées lon- gitnilinalement de clia<|ue côté du |)oisson. La tète déprimée et couverte de lames grandes cl dures, ou d'une peau visqueuse; la bouche à l'extrémité du museau ; des barbillons auv mâchoires; le corps gros ; la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité abondante ; deux na- Seoircs dorsales, soutenues l'une et l'autre par des rayons ; des lames larges et ureS; rangées longitudinalement de chaque côté du poisson. DES POISSONS. 15 GENRES. 169. Cataphrao TE. \ 170. Plotose. 171 Agénéiose. 172.Macrorham- ; PHOSE. 173. Centrako- DON. 17'i. LORICAIRE. 179. OSMÈRE. 180. CORELOKE. î 17o. Hypostome. j I 176. CORYDORAS. ) I Vtl . Tachysure. ' {78. SALMo^E. 181. Characin. 182. Sehrasalme 183. Elope. 184. Mégalope. 18a. NOTACANTHK CARACTERES. La tête dcprinice et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau visqueuse ; la bouche à rextrcmité du museau ; dos barbillons aux mâchoires; le corps gros; la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité abondante; deux nageoires dorsales; la seconde soutenue par un seul rayon; des lames larges et dures rangées longitudinalement de chaque côté du poisson. La tète déprimée et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau visqueuse; la bouche à l'extrémité du museau; des barbillons aux mâchoires; le corps gros ; la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité abondante; deux nageoi- res dorsales; la seconde et celle de l'anus réunies avec la nageoire de la queue qui est pointue. La tète déprimée et couverte de lames grandes et dures, ou d'une peau visqueuse ; la bouche à l'extrémité du museau; point de barbillons ; le corps gros; la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité abondante; deux nageoires dor- sales ; la seconde adipeuse. La tète déprimée et couverte de lames Jgrandes et dures, ou d'une peau visqueuse ; la bouche à l'extrémité du museau; point de barbillons aux mâchoires; le corps gros; la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité abondante; deux nageoires dorsales, l'une et l'autre soutenues par des rayons; le premier rayon de la première nageoire dorsale, fort, très-long et dentelé ; le museau très-allongé. La tète déprimée et couverte de lames grandes et dures ou d'une peau visqueuse ; la bouche à l'extrémité du museau ; point de barbillons ni de dents aux mâ- \ choires ; le corps gros; la peau du corps et de la queue enduite d'une mucosité / abondante; deux nageoires dorsales; 1 une et l'autre soutenues par des rayons; ' un ou plusieurs piquants à chaque oj)ercule. Le corps et la queue couverts en entier d'une sorte de-cuirasse à lames; la bouche au-dessous du museau ; les lèvres extensibles; une seule nageoire dorsale. Le corps et la queue couverts en entier d'une sorte de cuirasse à lames; la bou- che au-dessous du museau; les lèvres extensibles ; deux nageoires dorsales. De grandes lames de chaque côté du corps et de la queue; la tète couverte de piè- ces larges et dures; la bouche à l'extrémité du museau, point de barbillons; deux nageoires dorsales; plus d'un rayon à chaque nageoire du dos. La bouche à l'extrémité du museau; des barbillons aux mâchoires; le corps et la queue très-allongés et revêtus d'une peau visqueuse; le premier rayon de la première nageoire du dos et de chaque pectorale, très-fort; deux nageoires dor- sales, l'une et l'autre soutenues par plus d'un rayon. La bouche à l'extrémité du museau; la tète comprimée; des écailles facilement vi- sibles sur le corps et sur la queue ; point de grandes lames sur les côtés, de cuirasse, de piquants aux opercules, de rayons dentelés, ni de barbillons; deux nageoires dorsales; la seconde adipeuse et dénuée de rayons ; la première plus près ou aussi près de la tête que les ventrales ; plus de quatre rayons à la mem- brane des branchies; des dents fortes aux deux mâchoires. La bouche à l'extrémité du museau; la tête comprimée; des écailles facilement visibles sur le corps et sur la queue ; point de grandes lames sur les côtés, de cui- rasse, de piquants aux opercules, de rayons dentelés, ni de barbillons; deux nageoires dorsales; la seconde adipeuse et dénuée de rayons; la première plus éloignée de la tête que les ventrales ; plus de quatre rayons à la membrane des branchies; des dents fortes aux deux mâchoires. La bouche à l'extrémité du museau ; la tête comprimée ; des écailles facilement visibles sur le corps et sur la queue ; point de grandes lames sur les côtés, de cuirasse, de piquants aux opercules, de rayons dentelés, ni de barbillons ; deux nageoires dorsales; la seconde adipeuse et dénuée de rayons; plus de quatre rayons à la membrane des branchies ; les mâchoires sans dents, ou garnies de dents très-petites et dilïiciles à voir. La bouche à l'extrémité du museau, la tète comprimée, des écailles facilement vi- sibles sur le corps et sur la queue, point de grandes lames sur les côtés, de cui- rasse, de piquants aux opercules, de raj^ons dentelés,. ni de barbillons; deux nageoires dorsales, la seconde adipeuse et dénuée de rayons; quatre rayons au plus à la membrane des branchies. La bouche à l'extrémité du museau, la tète, le corps et la queue comprimés, des écailles facilement visibles sur le corps et sur la queue; point de grandes lames sur les côtés, de cuirasse, de piquants aux opercules, de rayons dentelés, ni de barbillons; deux nageoires dorsales, la seconde adipeuse et dénuée de rayons, la partie inférieure du ventre carénée et dentelée comme une scie. Trente rayons ou plus à la membrane des branchies, les yeux gros, rapprochés l'un de l'autre et presque verticaux, une seule nageoire dorsale, un appendice écailleux auprès de chaque nageoire du ventre. Les yeux très-grands, vingt-quatre rayons ou plus à la membrane des branchies. Le corps et la queue très-allongés, la nuque élevée et arrondie, la tête grosse, la nageoire de l'anus très-longue, et réunie avec celle de la queue, point de na- geoire dorsale, des aiguillons courts, gros, forts et dénués de membrane à la place de cette dernière nageoire. ir> HISTOIRE NATURELLE GE^îBES. 186. EsocE. 187. Synode. 188. Spuyrève. 189. Lepisostée. 190. POLYPTÈRE. 191. SCOMBRESO- CE. 192, FlSTULAIRE. 193. Al'LOSTOME. 19i.SoLE>0STnME 195. ARCE^Tl^E. 196. Atiiérine. 197. HYDR.vROrHE l'»8. STOLKPlKiRr. 199. Mur.E. 200. MuGILO'iDE. 20 1. CHA>0S. 202. MlGILOMORh 203. Exocet. CARACTERE!). L'ouNeilure de la bouclie çrande; le gosier large, les mâchoires garnies de dents j nombreuses, fortes et pointues, le museau aplati, point de barbillons, l'opercule I (l les branchies très grands, le corps et la queu: très allongtis et comprimés laté- I ralcmenl, les écailles dures, point de nageoire adipeuse, les nageoires du dos et ' de l'anus courtes, une seule dorsale, cette dernière nageoire placée au dessus de l'anale ou à peu près, et beaucoup plus éloignée de la tète que les ventrales. L'ouverture de la bouche grande, le gosier large, les mâchoires garnies de dents nombreuses, fortes et pointues, point de barbillons, l'opercule et l'orifice des branchies très grands, le corps et la queue très-allongés et comprimés latérale- ment, b's écailles dures, point de nageoire adipeuse, les nageoires du dos et de l'anus courtes, une seule dorsale, cette dernière nageoire placée au-dessus ou un peu au dessus des ventrales, ou plus près de la tète que ces dernières. L'ouverture de la bouche grande, le gosier large, les mâchoires garnies de dents nombreuses, fortes et pointues, point de barbillons, l'opercule et l'orifice des branchies très-gi ands, le corps et la queue très-allongés et comprimés latérale- ment, point de nageoire adipeuse, les nageoires du dos et de l'anus courtes, deux nageoires dorsales. L'ouverture de la bouche grande, les mâchoires garnies de dents nombreuses, for- tes et pointues, point de barbillons ni de nageoire adipeuse, le corps et la queue très-allongés, une seule nageoire du dos, cette nageoire plus éloignée de la tète que les ventrales, le corps et la queue revêtus d'écaillés très-grandes, placées les unes au-dessus des autres, très épaisses, très-dures et de nature osseuse. Un seul rayon à la membrane des branchies, deux évents, un grand nombre de na- geoires du dos. Le corps et la queue très-allongés, les deux màchoii'es très-longues, très-minces, très-étroites et en forme d'aiguille, la nageoire dorsale située au-dessus de celle de l'anus, un grand nombre de petites nageoires au dessus et au-dessous de la queue, entre la caudale et les nageoires de l'anus et du dos. Les mâchoires très-étroites, très-allongées et en forme de tube, l'ouverture de la bouche à l'extrémité du museau, le corps et la queue très-allongés et très-d 'liés, les nageoires petites, une seule dorsale, ci'tle nageoire située au delà de l'anus et au dessus de l'anale. Les mâchoires étroites, très allongées et en forme de tube, l'ouverture de la bou- che à l'extrémité du museau, le corps et la queue très-allongés, les nageoires petites, une nageoire dorsale située au delà de l'anus et au-dessus de l'anale, une rangée longitudinale d'aiguillons, réunis chacun à une petite membrane placée sur le dos, et tenant lieu d'une première nageoire dorsale. Les mâchoires étroites, très-allongées et en forme de tube ; l'ouverture de la bou- che à rextrémilé du museau ; deux nageoires dorsales. Moins de trente rayons à la membrane des branchies, ou moins de rayons à la mem- brane branchiale d'un côté qu'à c<>lle de l'autre , des dents aux mâchoires, sur la langue et au palais , plus de neuf rayons à chaiiue ventrale , point d'appendice auprès des nageoires du ventre , le corps et la queue allongés , une seule nageoire du dos, la couleur générale argentée et très-brillante. Moins de huit rayons à chaque ventrale et à la membrane des branchies, point de dents au palais, le corps et la queue allongés et plus ou moins transparents, deux nageoires du dos, une raie longitudinale et argentée de chaque côté du poisson. Moins de huit rayons à chaque ventrale et à la membrane des branchies , point de dents au palais, le corps et la queue allongés et plus ou moins transparents, une nageoire du dos, une raie longitudinale plus ou moins large, plus ou moins di- stincte et argentée, de chaque côté du poisson. Moins de neuf rayons à chaque ventrale et à la membrane des branchies, point de dents, le corps et la queue allongés et plus ou moins transparents, une nageoire sui*le dos, une raie longitudinale et argentée de chaque côté du poisson. La mâchoire inférieure carénée en dedans, la tète revêtue de petites écailles, les écailles striées, deux nageoires du dos. La mâchoire inférieure carénée en dedans, la tète rcvêluc de petites écailles, les écailles striées, une nageoire du dos. La mâchoire inférieure carénée en dedans, points de dents aux deux mâchoires, les écailles striées, une seule nageoire du dos, la caudale garnie vers le milieu de chacun de ses côtés d'une sorte d'aile membraneuse. La mâciioire inf(''rieure carénée en dedans, les mâchoires dénuées de dents et gar- nies de petites protubérances, plus de trente rayons à la nicmbiiine des branchies, une seule nageoire du dos, un appendice à chacun des rayons de cette dorsale. La tête entièrement ou presque entièrement couverte de petites écailles , les nageoi- res pccloroles larges et assez longues pour atteindre jusqu'à la caudale, dix rayons ù la membrane des branchies, une seule dorsale, cette nageoire située au-dessus de celle de l'anus. DES POISSONS. 47 GEKRES. 20^. POLYNÈME. 203. POLYDAC TVLE. 206. BuRO. 207. CtupÉE. 208. JIyste. 209. Clupanodon 210. Serpe. 2M. Mené. 212. dorsuaire. 21.1. Xystère. 214. Ctprinodok 21 S. Cyprin. CARACTÈRES. Des rayons libres auprès de chaque pectorale, la tète revêtue de petites écailles, deux nageoires dorsales. Des rayons libres auprès de chaque pectorale, la tète dénuée de petites écailles, deux nageoires dorsales. Un double piquant entre les nageoires ventrales, une seule nageoire du dos, cette nageoire du dos très-longue, les écailles très-petites et très-difficiles à voir, cinq rayons à la niembiane branchiale. Des dents aux mâchoires, plus de trois rayons à la membrane des bralichies, une seule nageoire du dos, le ventre caréné, la carène du ventre dentelée ou très- aiguë. Plus de trois rayons à la membrane des branchies, le ventre caréné, la carène du ventre dentelée ou très aiguë, la nageoire de l'anus très-longue et réunie à celle de la queue, une seule nageoire sur le dos. Plus de trois rayons à la membrane des branchies, le ventre caréné, la carène du ventre dentelée ou très-aiguë, la nageoire de l'anus séparée de celle de la queue, une seule nageoire du dos, point du dents aux mâchoires. La tète, le corps et la queue très-comprimés, la parlie'inférieure de l'animal termi- née en dessous par une carène très-aiguë et courbée en demi cercle, deux nageoi- res dorsales, les ventrales extrêmement petites. La tète, le corps et la queue très-comprimés, la partie inférieure de l'animal ter- minée par une carène aiguë couibce en demi cercle, le dos relevé de manière que cha(|ue face latérale du poisson représente un disque ; une seule nageoire du dos, cette dorsale, et surtout l'anale, très basses et très-longues, les ventrales étroites et très-allongi''es. La partie antérieure du dos relevée en une bosse très-comprim'e et terminée dans le haut par une carène très aiguë; une seule dorsale. La tète, le corps et la queue très comprimés; le dos terminé comnie le ventre par une carène aiguë et courbée en portion de cercle; sept rayons à la membrane branchiale; la tète et les opercules garnis de petites écailles; les dents échan- crées de manière qu'à l'extérieur elles ont la forme d'incisives, et qu'à l'intérieur elles sont basses et un peu renflées; une fossette au-dessous de chaque ventrale. La tète, le corps et la queue ayant un peu la forme d'un ovoïde; trois rayons à la membrane des branchies ; des dents aux deux mâchoires. Quatre rayons au plus à la membrane des branchies ; point de dents aux mâciioires ; une seule nasieoire du dos. SECONDE DIVISION DE LA SECONDE SOIS-CLASSE, ci; SIXIÈME DIVISION DE LA CLASSE DES POISSONS. Un opercule; point de memlrane branchiale. VINGT ET UNIÈME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ou PREMIER ORDRE DE LA SECONDE DIVISION DES OSSEl'X. 216. Sternoptyx POISSONS APODES. Point de nageoires inférieures entre fanus et le museau. Le corps et la queue comprimés; le dessous du corps caréné et transparent; une seule nageoire dorsale. 48 GENRE. 217. Stylephore HISTOIRE NATURELLE TROISIÈME DIVISIO.X DE LA SECONDE SOLS-CLASSE, OL' SEPTIÈME DIVISION DE LA CLASSE DES POISSOXS. Point d'opercule; une membrane brunc/iiale. VINGT-CINQUIÈME ORDRE i DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ov PREMIER ORDRE DE LA TROISIK.ME DIVISION DES OSSEUX. POISSONS APODES. Point de nageoires inférieures entre l'anus et Je museau. CARACTÈRES. Le inusc'jiu avancé, relevé el susceptible d'être courbé en arrière par le moyeu d'une membrane , au point d'aller loucber la partie antérieure de la tète propre- ment dite ; l'ouverture de la bouche au bout du museau ; point de dents ; le corps et la queue très-allongés et comprimés ; la queue terminée par un filament très-long. VINGT-HUITIEME ORDRE 2 DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ou QUATRIÈME ORDRE DE LA TROISIÈME DIVISION DES OSSEUX. POISSONS ARDOMINAUX. Des WKjeoircs inférieures phtrves sur Cubdomen, au delà des pectorales et en deçà de la nageoire de l'anus. Le museau allongé; l'ouverture de la bouche à l'extrémité du museau; des dents aux mâchoires; une seule nageoire dorsale. 218. MORMVRE. QUAÏRIÈIME DIVISION DE LA SECONDE SOUS-CLASSE , Û'J HUITIÈME DIVISION DE LA CLASSE DES POISSONS. Point d'opercule ni de membrane branefiiale. VINGT-NEUVIÈME ORDRE 3 DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ou PREMIER ORDRE DE LA QUATRIÈME DIVISION DES OSSEUX. 219. MURÉNOPII POISSONS APODES. J'oint de nageoires inférieures entre l\inus et le museau. i Point de nageoires pectorales; une ouverture branchiale sur cha(|ue côté du pois- is. ) son ; le corps et la queue presque cylindriques; la dorsale et l'anale réunies à la ( nageoire de la queue. 1 On ne connaît point encore de poissons qui appartiennent au vingt deuxième, au vingt-troisième, ni nu vingt (lualriènie ordre. a On ne connaît point encore de poissons qui appartiennent au vingt-sixième ni au vingt-septième ordre. 3 On ne connait nas encore de poissons qui api):irlienncnl au trentième, au trente et unième ni au trente-deuxième ordre; c'est-à-dire au second , au troisième ni au quatrième ordre de la huitième et dernière division des animaux dont nous rerivons l'histoire. DES POISSONS. 19 GENRÏS. 220, Gymnomu- 221. MURÉKO- BLENNE. 222.Sphagebran- CHE. 223.Umbra\cha- PERTlîRE. CARACTÈRES. Point de nageoires pectorales; une ouverture branchiale sur chaque côté du pois- son; le corps et la queue presque cylindriques; point de nageoire du dos, ni de nageoire de l'anus, ou ces deux nageoires si basses et si enveloppées dans une peau épaisse, qu'on ne peut reconnaître leur présence que parla dissection. Point de nageoires pectorales ; point d'apparence d'autres nageoires; le corps et la queue presque cylindriques ; la surface de l'animal répandant en très-grande abondance une humeur laiteuse et gluante. Point de nageoires pectorales; ni d'autres nageoires, les deux ouvertures bran- chiales sous la gorge, le corps et la queue presque cylindriques. Point de nageoires pectorales , le corps et la queue scrpcntiformes , une seule ouver- ture branchiale, et cet orifice situé sous la gorge, la dorsale et l'anale basses et réunies à la nageoire de la queue. SECONDE SOUS-CLASSE. POISSONS OSSEUX. Les parties solides de Viniérieur du corps, osseuses. PREMIÈRE DIVISION. Poissons qui ont un opercule et une membrane des branchies. ESPÈCE. La Céciue bran- DÉR1ENNE. DIX-SEPTIEME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS , ou PRE3IIER ORDRE DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX. Poissons apodes, ou qui n'ont pas de nageoires inférieures entre le museau et Vamis. VINGT-DEUXIEME GENRE. LES CÉCILIES. Point de nageoires, Vouverlure des branchies sous le cou. CARACTÈRES. Le corps anguilliforme, le museau très-pointu, les dents aiguës, huit petits trous sur le devant de la tête, sept sur le sommet de cette même partie, sept sur l'oc- ciput. LA CÉCILIE BRANDÉRIENNE. Cœcilia branderiana, Lacep.; Murœna c3eca,Linn., Gmel.; Sphagebranchus csecus, Bl., Cuv. i. Nous avons dû nous déterminer d'autant plus aisément à placer les cécilies dans un genre différent de toutes les autres familles de poissons osseux, et particulièrement des murènes, parmi lesquelles elles ont été inscrites, qu'elles présentent un caractère distinctif des plus remarquables : elles n'ont absolument aucune sorte de nageoire; et ce défaut constant est d'autant plus digne d'attention, que, pendant longtemps, on a regardé la présence de plusieurs nageoires, ou au moins d'une de ces parties, comme une marque caractéristique de la classe des poissons. Cette absence totale de ces organes extérieurs de mouvement suflirait même pour séparer les cécilies de tous les poissons cartilagineux, puisqu'elle n'a encore été observée sur aucun de ces derniers animaux, ainsi qu'on a pu s'en convaincre en lisant leur histoire. D'ailleurs on n'a pas encore découvert un organe de la vue dans les cécilies : elles en paraissent entièrement privées; et par celte cécité, elles s'éloignent non-seulement de presque tous les poissons, mais même de presque tous les animaux vertébrés et à sang rouge, parmi lesquelson ne connaît encore qu'un mammi- fère nommé Typhle, et le genre des cartilagineux nommés Gastrobranches, qui aient paru complètement aveugles. C'est donc avec les gastrobranches qu'il faut particulièrement com- parer les cécilies. D'autres rapports que celui de la privation de la vue les lient d'assez près. Les ouvertures des branchies sont placées sous le corps, dans ces deux genres; mais dans les gastrobranches elles sont situées sous le ventre, pendant que dans les cécilies M. Cuvier place ce poisson dans le sous-genre Sphugebranche de son genre Anguillje {Murwna). D. 20 HISTOIRE NATURELLE on les voit sur la partie inférieure du cou. Ces deux familles ont le corps très-allongé, cylindrique, serpentiforme, souple comme celui des murènes, enduit d'une humeur abondante; et on dislingue aisément sur la tète des cécilies les principales ouvertures par lesquelles se répand ceîte viscosité. Dans la seule espèce de ce genre décrite jusqu'à présent, on remarque aisément huit pores ou petits trous sur le devant de la tète, sept au sommet de celle même partie, et sept autres sur l'occiput : ces vingt-deux orifices sont certainement les extrémités des vaisseaux destinés à porter à la surface du corps la liqueur onctueuse propre à la ramollir et à la lubrifier. Cette même espèce dont Linnée a dû la première connaissance à Brander, et que nous avons cru devoir en conséquence nommer la firaïuhhieniie, a les mâchoires très-avancées, et garnies de dents très-aiguës; c'est au-dessous de son museau, qui est très-pointu, que l'on voit de chaque côté, au bout d'un très-petit tube, l'ouverture des narines; et de plus, l'anus est plus près de la tête que de l'extrémilé de la queue. Cette cécilie vit dans les eaux de la Méditerranée, auprès des côtes de la Barbarie, où elle a été observée par Brander. Nous n'avons pas vu cette espèce. Nous soupçonnons qu'elle n'a ni opercule ni mem- brane des branchies. Si notre conjecture à cet égard était fondée, il faudrait ôter les céci- lies de la place que nous leur avons donnée dans le tableau général, et les transporter de la tête du premier ordre de la première division des osseux, au premier rang du premier ordre de la quatrième division de ces mêmes osseux. VINGT-TROISIÈME GENRE. LES MONOPTÈRES. Point d'autre nageoire que celle de la queue ; les ouvertures des narines placées entre les yeux. ESPÈCE. CARACTÈRES. Le .Mo>optere ^^ corps plus long que la queue, et dénué d'ccaillcs facilement visibles. LE MONOPTÈRE JAVANAIS. Monoptcrus javanensis, Lacr-p., Commerson, Cuv. i. Cepoisson n'est pasentièremcnt privé de nageoires, comme la cécilie brandérienne;mais il n'en a qu'à la queue, et même l'extrémité de cette partie est une sorte de pointe assez déliée, autour de laquelle on n'aperçoit qu'à peine la nageoire caudale. C'est de ce carac- ière que nous avons tiré le nom de Monoplèir, ou de Poisf^on à une seule nageoire, que nous avons donné au genre, non encore connu des naturalistes, dans lequel nous avons inscrit le javanais; et cette dénomination de Javanais indique le pays qu'habile l'espèce dont nous allons décrire rapidement les formes. Cette espèce se trouve en elFel dans le délroit de la Sonde, auprès des côtes de l'ile de Java : elle y a été vue par Commerson, au(|ucl nous devons d'être instruits de son existence, et qui a laissé dans ses manuscrits des observatio!is très-détaillées au sujet des formes et des dimensions de cet animal, qu'il avait rapporté au genre des anguilles ou des congres, parce qu'il n'avait pas fait atten- tion au caractère lire du nombre des nageoires. Elle y est très-bonne à manger, et si nom- breuse en individus, que chaque jour les naturels du pays apportaient une très-grande quanlilé de ces monoptèrcs javanais au vaisseau sur lequel était Commerson. Son goût doit ressembler beaucoup à celui des murènes, dont elle a en très-grande partie la con- formalion et parliculiéi'ement le corps serpentiforme, visqueux, et dénué d'écaillés facile- ment visibles. La têle est épaisse, comprimée, bombée cependant vers l'occiput, et ter- minée (Ml devant par un museau arrondi. L'ouverture de la bouche est assez grande : la mâchoire siipérieiiic n'avance guère au delà de l'inférieure; elles sont toutes les deux garnies de dents courtes et serrées comme celles d'une lime; et une rangée de dents sem- blables est placée dans l'intérieur de la gueule, tout autour du palais. La base de la langue, (|iii esl caililagiiiense el ereiisée par-dessous en goulliére, présente deux tubercules blan- châtres. Les onveilures des narines ne sont pas placées au haut d'un petit tube; on ne les voit pas au-devant des yeux, comme sur le plus grand nombie de poissons , mais au-dessus «le CCS mêmes organes. l>'operciile des branchies, mollasse, el flasque, paraît comme une I M. Cuvier conserve le genre Monoplèiede M. de Lac('pr'dc mais il le considère comme un sous-genre, dans le genre Anguille. U. DES POISSONS. 21 diiplicature de la peau; la membrane branchiale n'est soutenue que par trois rayons, que l'on ne dislingue qu'en disséquant cette même membrane : les branchies ne sont qu'au nombre de trois de chaque côté; les os qui les soutiennent sont très-peu courbés, et ne montrent, dans leur côté concave, aucune sorte de denticule ni d'aspérité. Si la nageoire caudale renferme des rayons, ils sont imperceptibles, tant que celte nageoire n'est pas altérée ; et comme la queue est très-comprimée, cette dernière partie ressemble assez à une lame d'épée à deux tranchants. La ligne latérale, plus rapprochée du dos que du ven- tre, s'étend depuis les branchies jusqu'à l'extrémité de celte même queue; elle est pres- que de la couleur de l'or. Le dos est d'un brun livide et noirâtre; les côtés présentent la même nuance, avec de petites bandes transversales couleur de fer : celle dernière teinte s'élend sur tout le ventre, qui est sans tache, La longueur des monoptères javanais est ordinairement de près de sept décimètres; leur circonférence, dans l'endroit le plus gros de leur corps, d'un décimètre; et leur poids, de plus d'un hectogramme. VINGT-QUATRIÈME GENRE. LES LEPTOCÉPIIÂLES. PoiiU de nageoires pectorales ni caudales; Vouverture des branchies située en partie au-dessous de la tête. ESPÈCE. CARACTÈRES. Le Leptocéphale j Le corps très-allongé et comprimé, les nageoires du dos et de l'anus très-longues et 3I0RRISIEN. ) très-étroites. LE LEPTOCÉPHALE MORRISIEN. Leptocephalus Morrisii, Penn., Linn., Gmel., Lac, Cuv. 1. Cette espèce est la seule que l'on connaisse dans le genre des leptocéphales. Elle n'est point entièrement privée de nageoires, comme les cécilies; elle n'est pas réduite à une seule nageoire, comme les monoptères; mais elle n'a point de nageoire de la queue, ni même de nageoires pectorales; elle ne présente qu'une nageoire dorsale et une nageoire de l'anus, toutes les deux très-longues, mais très-étroites, et dont l'une garnit presque toute la partie supérieure de l'animal, pendant que l'autre s'étend depuis l'anus jusque vers l'extrémité de la queue. La morrisien se rapproche encore des cécilies par la position des ouvertures branchiales, qui sont situées en partie au-dessous de la tète. Son corps n'est cependant pas cylindrique comme celui des cécilies; il est très-comprimé latéralement; et comme ses téguments extérieurs sont minces, mous et souples, ils indiquent par leurs plis le nombre et la place des différentes petites parties musculaires qui composent les grands muscles du dos, des côtés, et du dessous du corps. Ces plis ou ces sillons sont transversaux, mais inclinés et trois fois coudés, de telle sorte qu'ils forment un double rang longitudinal d'espèces de chevrons brisés, dont le sommet est tourné vers la queue. Ces deux rangées sont situées l'une au-dessus et l'autre au-dessous de la ligne latérale qui est droite et qui règne d'un bout à l'autre du corps et de la queue, à une dislance à peu près égale du bord supérieur et du bord inférieur du poisson; et chacun des che- vrons brisés de la rangée d'en haut rencontre, le long de celte ligne latérale, un de ceux de la rangée d'en bas, en formant avec ce dernier un angle presque droit. La tête est très-petite, et comprimée comme le corps, de manière que l'ensemble du poisson ressemblant assez à une lame mince, il n'est pas surprenant que l'animal ait une demi-transparence très-remarquable. Les yeux sont gros; les dents qui garnissent les deux mâchoires, très-pelites. Les individus les plus grands n'ont guère plus de douze centimètres de longueur. On trouve les leptocéphales dont nous nous occupons, auprès de la côle éeHolyhmd, et d'autres rivages de la Grande-Bretagne ; et on leur a donné le nom qu'ils portent à cause du savant Anglais Morris, qui les a observés avec soin. I Le genre Leptocéphale de Pcnnant et Lacépède est admis par M. Cuvier. D. LACEPEDË. — fOJIIi II. 23 HISTOIRE NATURELLE VINGT-CINQUIÈME GENRE. LES GYMNOTES. Des nageoires pectorales et de l'anus; point de nageoires du dos ni de la queue. PREMIER SOUS-GE.N'RE. La mâchoire inférieure plus avancée. ESPECES. CARACTÈRES. 1. Le Gymnote | La tcte parseniée de petites ouvertures. la nageoire de l'anus s'élendant jusqu'à ÉLFf.TBi()iE. / l'extrémité de la queue. 2. Le Gymnote | j^^^ ^^^^ petite, la queue eourte, les raies transversales. 3. Le Gymnote ( Dç^^ lobes à la lèvre supérieure la couleur blanche. BLANC. ( SECOND SOUS-GE^RE. La mâchoire supérieure plus avancée. i. Le (j^mnote [ j^g nageoire de l'anus étendue presque jusqu'à rcxtrémité delà queue. H. Le Gymnote . Une saillie sur le dos, la nageoire de l'anus ne s'étendaut pas jusqu'à l'extrémité FiERASFER. ' de la queue. 6. Le Gymnote i Le museau très-allongé, la nageoire de l'anus ne s'étendant pas jusqu'à l'extrémité lONG-MusEAU. dc la queue. LE GYMNOTE ÉLECTRIQUE. Gymnotus electricus, Linn., Gmel., Lac, Bl., Cuv. i. Il est bien peu d'animaux que le physicien doive observer avec plus d'altenlion que le gynuiole auquel on a donné jusqu'à présent le nom iV Electrique. L'explication des elFets remarquables qu'il produit dans un grand nombre de circonstances, se lie nécessairement avec la solution de plusieurs questions des |)lus importantes pour le progrès de la physio- logie et de la physique proprement dite. Tâchons donc, en rapprochant quelques vérités éparses, de jeter un nouveau jour sur ce sujet : mais pour suivre avec exactitude le plan que nous nous sommes tracé, et pour ordonner nos idées de la manière la plus convena- ble, commençons par exposer les caractères véritablement distinclifs du genre auquel appartient le poisson dont nous allons écrire l'histoire. Les cécilies ne présentent aucune sorte de nageoires; les monoplères n'en ont qu'une, qui est située à l'extrémité de la queue; on n'en voit que sur le dos, et auprès de l'anus des leplocéphales. Les trois genres d'osseux que nous venons de considérer, sont donc dénués de nageoires pectorales. En jetant les yeux sur les gymnotes, nous apercevons ces nageoires latérales pour la première fois, depuis que nous avons passé à la considération de la seconde sous classe de poissons. Les gymnotes n'ont cependant pas autant de diiïé- renies sortes de nageoires que le plus grand nombre des autres poissons osseux qu'il nous reste à examiner. En effet, ils n'en ont ni sur le dos, ni au bout de la queue, et c'est ce dénûmcnt, celte espèce de nudité de leur dos, qui leur a fait donner le nom qu'ils portenl. et qui vient du mot grec yu//.voT05 dos nu. L'ensemble du corps et de la queue des gymnotes est, comme dans les poissons osseux que nous avons déjà lait connaître, très-allongé, presque cylindrique et serpentiforme. Les yeux sont voiles par une membrane qui n'est qu'une continuation du tégument le plus extérieur dc la tète. Les opercules des blanchies sont très-grands; on compte ordinaire- ment cinq rayons à la membrane branchiale. Le corps proprement dit est très-court, souvent un peu comprimé, et (juclquefois terminé par-dessous en forme de carène : l'anus est par conse(|iieiit très-près de la tète. Et comme cependant, ainsi que nous venons de le dire, l'iMisemble de l'animal, dans le genre des gymnotes, forme une sorte de long cylin- dre, on voit facilement que la queue proprement dite de tous ces poissons doit être extrê- Uiemeiil longue relativement aux autres parties du corps. Le dessous de cette portion est ordintiiiemenl garni, presipie d.ins la totalité de sa longneur, d'uiu* nageoire d'autant plus remaniuable, (|ue non-seulement elle s'étend sur une ligne très-étendue, mais qu'elle oUre nicme une largeur as.scz considérable. De plus, les muscles dans lesquels s'insèrent les ailerons osseux auxquels sont attachés les nombreux rayons qui la composent, et les I Type du sous genre Gymnote proprement dit, (l.uis le genre Gymnote de M. Cuvicr. D. DES POISSONS. 25 autres muscles trés-multij3liés qui sont destinés à mouvoir ces rayons, sont conformés et disposés de manière qu'ils représentent comme une seconde nageoire de l'anus, placée entre la véritable et la queue très-prolongée du poisson, ou, pour mieux dire, qu'ils paraissent augmenter de beaucoup, et souvent même du double, la largeur de la nageoire de l'anus. Tels sont les traits généraux de tous les vrais gymnotes : quelles sont les formes qui distinguent celui que l'on a nommé Électrique? Cette épithète &' Électrique a déjà été donnée à cinq poissons d'espèces très-différentes : à deux cartilagineux et à trois osseux; à la raie torpille, ainsi qu'à un tétrodon dont nous avons déjà parlé; à un trichiure, à un silure et au gymnote que nous décrivons. Mais c'est celui dont nous nous occupons dans cet article, qui a le plus frappé l'imagination du vulgaire, excité l'admiration des voyageurs, et étonné le physicien. Quelle a dû être en effet la surprise des premiers observateurs, lorsqu'ils ont vu un poisson en apparence assez faible, assez semblable, d'après le premier coup d'œii, aune anguille ou à un congre, arrêter soudain, et malgré d'assez grandes distances, la poursuite de son ennemi ou la fuite de sa proie, suspendre à l'instant tous les mouvements de sa victime, la dompter par un pouvoir aussi invisible qu'irrésistible, l'immoler avec la rapidité de l'éclair au travers d'un très-large intervalle, les frapper eux-mêmes comme par enchantement, les engour- dir et les enchaîner, pour ainsi dire, dans le moment où ils se croyaient garantis, par l'éloignement, de tout danger et même de toute atteinte! Le merveilleux a disparu même pour les yeux les moins éclairés, mais l'intérêt s'est accru et [l'attention a redoublé, lorsqu'on a rapproché de ces effets remarquables les phénomènes de l'électricité, que cha- que jour l'on étudiait avec plus de succès. Peut-être cependant croira-t-on, en lisant la suite de cette histoire, que cette puissance invisible et soudaine du gymnote ne peut être considérée que comme une modification de cette force redoutable et en même temps si féconde, qui brille dans l'éclair, retentit dans le tonnerre, renverse, détruit, disperse dans les foudres, et qui, moins resserrée dans ses canaux, moins précipitée dans ses mouve- ments, plus douce dans son action, se répand sur tous les points des êtres organisés, en pénètre toute la profondeur, en parcourt toutes les sinuosités, en vivifie tous les éléments. Peut-être faudrait-il, en suivant ce principe et pour éviter toute erreur, ne donner, avec quelques naturalistes, au poisson que nous examinons, que le nom de Gymnote engour- dissant, de Gymnote torporipque, qui désigne un fait bien prouvé et indépendant de toute théorie. Néanmoins, comme la puissance qu'il exerce devra être rapportée dans toutes les hypothèses à une espè(;e d'électricité; comme ce mot électricité peut être pris pour un mot générique, commun à plusieurs forces plus ou moins voisines et plus ou moins ana- logues; comme les phénomènes les plus imposants de l'électricité proprement dite sont tous produits par le gymnote qui fait l'objet de cet article, et enfin comme le plus grand nom- bre de physiciens lui ont donné depuis longtemps cette épithète d'Électrique, nous avons cru devoir, avec ces derniers savants, la préférer à toute autre dénomination. Mais avant de montrer en détail ces différents effets, de les comparer, et d'indiquer quelques-unes des causes auxquelles il faut les rapporter, achevons le portrait du gym- note électrique : voyons quelles formes particulières lui ont été départies, comment et par quels organes il naît, croît, se meut, voyage et se multiplie au milieu des grands fleuves qui arrosent les bords orientaux de l'Amérique méridionale, de ces contrées ardentes et humides, où le feu de l'atmosphère et l'eau des mers et des rivières se disputent l'empire, où tous les éléments de la reproduction ont été prodigués, où une surabondance de force vitale fait naître les végétaux et les animaux vénéneux; où, si je puis employer cette expression, les excès de la nature, indépendamment de ceux de l'homme, sacrifient chaque jour tant d'individus aux espèces; où tous les degrés du développement, entassés, pour ainsi dire, les uns contre les autres, produisent nécessairement toutes les nuances du dépérissement; où des arbres immenses étendent leurs branches innombrables, pres- sées, garnies des fleurs les plus suaves, et chargées d'essaims d'oiseaux resplendissants des couleurs de l'iris, au-dessus de savanes noyées, ou d'une vase impure que parcourent de très-grands quadrupèdes ovipares, et que sillonnent d'énormes serpents aux écailles dorées; où les eaux douces et salées montrent des légions de poissons dont les rayons du soleil réfléchis avec vivacité changent, en quelque sorte, les lames luisantes en diamants, en saphirs, en rubis; où l'air, la terre, les mers, et les êtres vivants, et les corps ina- nimés, tout attire les regards du peintre, enflamme l'imagination du pocte, élève le génie du philosophe. 24 HISTOIRE NATURELLE C'est, en effet, auprès de Surinam qu'habite le gymnote électrique; et il parait même qu'on n'a encore observé de véritable gymnote que dans l'Amérique méridionale, dans quelques parties de l'Afrique occidentale, et dans la Méditerranée, ainsi que nous le ferons remarquer de nouveau en traitant des notoptères. Le gymnote électrique parvient ordinairement jusqu'à la longueur d'un mètre un ou deux dccimctres; et la circonférence de son corps, dans l'endroit le plus gros, est alors de trois à quatre décimètres : il a donc onze ou douze fois plus de longueur que de lar- geur. Sa lèle est percée de petits trous ou pores très-sensibles, qui sont les orifices des vaisseaux destinés à répandre sur sa surface une liqueur visqueuse; des ouvertures plus peliles, mais analogues, sont disséminées en très-grand nombre sur son corps et sur sa queue : il n'est donc pas surprenant qu'il soit enduit d'une matière gluante très-abon- dante. Sa peau ne présente d'ailleurs aucune écaille rncilcmenl visible. Son museau est arrondi; sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure, ainsi qu'on a pu le voir sur le tableau du genre des gymnotes; ses dents sont nombreuses et acérées; et on voit des verrues sur son palais ainsi que sur sa langue qui est large. Les nageoires pectorales sont très-petites et ovales; celle de l'anus s'étend jusqu'à rexlrémilé de la queue, dont le bout, au lieu de se terminer en pointe, paraît comme tionqué. La couleur de l'animal est noirâtre, et relevée par quelques raies étroites et longitudi- nales d'une nuance plus foncée. Quoique la cavité du ventre s'étende au delà de l'endroit où est située l'ouverture de l'anus, elle est cependant assez courte relativement aux principales dimensions du poisson; mais les eflets de cette brièveté sont compensés par les replis du canal intestinal, qui se recourbe plusieurs fois. Je n'ai pas encore pu me procurer des observations bien sûres et bien précises sur la manière dont le gymnote électrique vient à la lumière : il paraît cependant qu'au moins le plus souvent la femelle pond ses œufs, et qu'ils n'éclosent pas dans le ventre de la mère, comme ceux de la torpille, de plusieurs autres cartilagineux, et même de quelques indi- vidus de l'espèce de l'anguille et d'autres osseux, avec lesquels le gymnote que nous exami- nons a de très-grands rapports. On ignore également le temps qui est nécessaire à ce même gymnote pour parvenir à son entier développement : mais comme il n'a pas fallu une aussi longue suite d'observa- tions pour s'assurer de la manière dont il exécute ses différents mouvements, on connaît bien les divers phénomènes relatifs à sa natation; phénomènes qu'il était d'ailleurs aisé d'annoncer d'avance, d'après une inspection attentive de sa conformation extérieure et intérieure. ^'ous avons déjà fait voir que la queue des poissons était le piincipal instrument de leur natation. Plus celte partie est étendue, et plus, tout égal d'ailleurs, le poisson doit se mouvoir avec facilité. Mais le gymnote électrique, ainsi que les autres osseux de son geni e, a une queue beaucoup plus longue que rensemble de la tête et du corps propre- ment dit; la hauleui' de cette partie est assez considérable; co'le hauteur est augmentée par la nageoire de l'anus, qui en garnit la partie inféiicure : l'animal a donc à sa dispo- sition une rame beaucoup plus longue et beaucoup plus haute à proportion que celle de presque tous les autres poissons ; celte rame peut donc agir à la fois sur de grandes lames d'eau. Les muscles destinés à la mouvoir sont très-puissants, le gymnote la remue avec une agilité très-remarquable : les deux éléments de la force, la masse et la vitesse, sont donc ici réunis; et en elfel, l'animal nage avec vigueur et rapidité. Comme tous les poissons très-allongés, plus ou moins cylindriques, et dont le corps est entretenu dans une grande souplesse par une viscosité copieuse et souvent renouvelée, il agit successivement sur l'eau qui l'environne par diverses portions de son corps ou de sa queue, (ju'il met en mouvement les unes après les antres, dans l'ordre de leur moindre èloigncnicnt de la tète; il ondnlc, il iiariage son action en plnsi(;urs actions parliculières, dont il combine les degrés de force et les directions de la manière la plus convenable pour vaincre les obslacles et parvenii- à son but; il commence à recouri)er les paities anté- rieures de sa (|ueue, lorsqu'il veut aller en avant; il contourne, au contraire, avant toutes les autres, les parties postérieures de cette même queue, lorsqu'il désire d'aller en arrière; et, ainsi que nous l'expliquerons un peu plus en détail en traitant de l'anguille, il se meut de la même manière que les serpents qui rampent sur la terre; il nage comme eux; il serpente véritablement au milieu des eaux. DES POISSONS. 25 On a cru, pendaiil quelque lemps, et même quelques naturalistes très-habiles ont publié que le gymnote électrique n'avait pas de vessie aérienne ou natatoire. On a pu être induit en erreur par la position de cette vessie dans l'électrique, position sur laquelle nous allons revenir en décrivant l'organe torporifique de cet animal. Miiis, quoi qu'il en soit de la cause de cette erreur, cette vessie est entourée de plusieurs rameaux de vaisseaux sanguins (pie Hunter a fait connaître, et qui partent de la grande artère qui passe au-des- sous de l'épine dorsale du poisson; et il nous paraît utile de faire observer que cette disposition de vaisseaux sanguins favorise l'opinion du savant naturaliste Fischer, biblio- thécaire de l'école centrale de Mayence, qui, dans un ouvrage très-intéressant sur la respi- ration des poissons, a montré comment il serait possible que la vessie aérienne de ces animaux servît non-seulement à faciliter leur natation, mais encore à suppléer à leur respiration et à maintenir leur sang dans l'état le plus propre à conserver leur vie. Il ne manque donc rien au gymnote électrique de ce qui peut donner des mouvements prompts et longtemps soutenus; et comme parmi les causes de la rapidité avec laquelle il nage, nous avons compté la facilité avec laquelle il peut se plier en différents sens, et par conséquent appliquer des parties plus ou moins grandes de son corps aux divers objets qu'il rencontre, il doit jouir d'un toucher plus délicat, et présenter un instinct plus relevé que ceu\ d'un très-grand nombre de poissons. Cette intelligence particulière lui fait distinguer aisément les moyens d'atteindre les animaux marins dont il fait sa nourriture, et ceux dont il doit éviter l'approche dange- reuse. La vitesse de sa natation le tiansporte dans des temps très-courts auprès de sa proie, ou loin de ses ennemis; et lorsqu'il n'a plus qu'à immoler des victimes dont il s'est assez approché, ou à repousser ceux des poissons supérieurs en force auxquels il n'a point échappé par la fuite, il déploie la puissance redoutable qui lui a été accordée, il met en jeu sa vei'tu engourdissante, il frappe h grands coups, et répand autour de lui la mort ou la stupeur. Cette qualité torporifique du gymnote électrique découverte, dit-on, auprès de Cayenne, par Van-Berkel, a été observée dans le même pays, par le naturaliste Richer, dès 1671. Mais ce n'est que quatre-vingts ans, ou environ, après cette époque, que ce même gymnote a été de nouveau examiné avec attention par La Condamine, Ingram, Gra- vesand, AUamand, Muschoubroeck, Gronou, Vander-Lott, Fermin, Bankroft, et d'autres habiles physiciens qui l'ont vu dans l'Amérique méridionale, ou l'ont fait ai)porter avec soin en Europe. Ce n'est que vers 1773 que Williamson à Philadelphie, Garden dans la Caroline, Walsh, Pringle, Magellan, etc., à Londres, ont aperçu les phénomènes les plus propres à dévoiler le principe de la force torporifique de ce poisson. L'organe particulier dans lequel réside cette vertu, et que Hunter a si bien décrit, n'a été connu qu'à peu prés dans le même temps, pendant que l'organe électi'ique de la torpille a été vu par Stenon, dès avant 1673, et peut-être vers la môme année par Lorenzini. Et l'on ne doit pas être étonné de cette différence entre un gymnote que l'on n'a rencontré, en quelque sorte, que dans une partie de l'Amérique méridionale ou de l'Afrique, et une raie qui habite sur les côtés de la mer d'Europe. D'un autre côlé, le gymnote torporifique n'ayant été fréquem- ment observé que depuis le commencement de l'époque brillante de la physique moderne, il n'a point été l'objet d'autant de théories plus ou moins ingénieuses, et cependant plus ou moins dénuées de preuves, que la torpille. Ou n'a eu, dans le fond, qu'une même manière de considérer la riature des divers phénomènes présentés par le gymnote : on les a rapportés ou à l'électricité proprement dite, ou à une force dérivée de cette puissance. Et comment des physiciens instruits des effets de l'électricité n'auraient-ils pas été entraî- nés à ne voir que des faits analogues dans les produits du pouvoir du gymnote engourdis- sant? Lorsqu'on touche cet animal avec une seule main, on n'éprouve pas de commotion, ou on n'en ressent qu'une extrêmement faible : mais la secousse est très-forte lorsqu'on applique les deux mains sur le poisson, et qu'elles sont séparées l'une de l'autre par une dislance assez grande. N'a-t-on pas ici une image de ce qui se passe lorsqu'on cherche à recevoir un coup électrique par le moyen d'un plateau de verre garni convenablement de plaques métalliques, et connu sous le nom de carreau fulminant? Si on n'approche qu'une main et qu'on ne touche qu'une surface, à peine est-on frappé; mais on reçoit une com- motion violente si on emploie les deux mains, et si, en s'appliquant aux deux surfaces, elles les déchargent à la fois. Comme dans les expériences électriques, le coup reçu par le moyen des deux mains a pu être assez fort pour donner aux doux bras une paralysie de plusieurs années. 26 HISTOIRE NATURELLE Les mi-taux, l'eau, les corps mouillés, et toutes les autres substances conductrices de l'électricité, transmettent la vertu engourdissante du gymnote; et voilà pourquoi on est frappé au milieu des fleuves, quoiqu'on soit encore à une assez grande distance de l'ani- mal; et voilà pourquoi encore les petits poissons, pour lesquels cette secousse est beau- coup plus dangereuse, éprouvent une commotion dont ils meurent ti l'instant, quoiqu'ils soient éloignés de plus de cinq mètres de l'animal torporiiique. Ainsi qu'avec l'électricilé, l'espèce d'arc de cercle que lorment les deux mains et que parcourt la force engourdissante, peut être très-agrandi, sans que la commotion soit sensi- blement diminuée; et vingt-sept personnes se tenant par la main et composant une chaîne dont les deux bouts aboutissaient à deux points de la surface du gymnote, séparés par un assez grand intervalle, ont ressenti, pour ainsi dire, à la fois, une secousse très-vive. Les différents observateurs, ou les diverses substances facilement perméables à l'électricité, qui sont comme les anneaux de cette chaîne, peuvent même être éloignés l'un de l'autre de près d'un décimètie, sans que cette interruption apparente dans la route préparée arrête la vertu lorpoiifique qui en parcourt également tous les points. Mais pour que le gymnote jouisse de tout son pouvoir, il faut souvent qu'il se soit, pour ainsi dire, progressivement animé. Ordinairement les prcmièi-es commotions qu'il fait éprouver ne sont pas les plus foites ; elles deviennent plus vives à mesure qu'il s'évertue, s'agite, s'irrite; elles sont terribles, lorsque, si je puis employer les expressions de plu- sieurs observateurs, il est livré à une sorte de rage. Quand il a ainsi frappé à coups redoublés autour de lui, il s'écoule fréquemment un intervalle assez marqué avant qu'il ne fasse ressentir de secousse, soit qu'il ait besoin de donner quelques moments de repos à des organes qui viennent d'être violemment exercés, ou soit qu'il emjjloie ce temps plus ou moins court à ramasser dans ces mêmes organes uwc nouvelle quantité d'un fluide foudroyant ou torporifique. Cependant il paraît qu'il peut produire non-seulement une commotion, mais même plu- sieurs secousses successives, quoiqu'il soit plongé dans l'eau d'un vase isolé, c'est-à-dire d'un vase entouré de matières qui ne laissent passer dans l'intérieur de ce récipient aucune quantité de fluide propre à remplacer celle qu'on pourrait supposer dissipée dans l'acte qui frappe et engourdit. Quoi (|u'il en soit, on a assuré qu'en serrant fortement le gymnote par le dos, on lui était le libre exercice de ses organes extérieurs, et on suspendait les effets de la vertu dite électrique qu'il possède. Ce fait est bien plus d'accord avec les résultats du plus grand nombre d'expériences faites sur le gymnote, que l'opinion d'un savant physicien qui a écrit que l'aimant attirait ce poisson, et que par son contact cette substance lui enlevait sa propriété torporiiique. Mais, s'il est vrai vége. Le régalée glesne a d'assez grands rapports avec les Iridiiures et les ophisures. Le corps et la queue sont frès-allongés et cojii|)rimés, les mâ- choires armées do doits nombreuses, les opercules composés de cinq ou six pièces, les membranes branchiales soutenues par cinq ou six rayons, les nageoires pectorales très- ))etiles. Au-dessous de chacune de ces drux dernières nageoires, on voit un (ilament renflé par le bout, et dont la longueur csl égale ordinairement au tiers de celle de l'animal. On compte, en quelque sorte, deux nageoires dorsales : la première, qui cependant est une série de picpiants plutôt qu'une véritable nageoire, commence dés le sommet de la tête, et est composée de huit aiguillons; la seconde s'étend depuis la nuque jusqu'à la na- geoire caudale, avec la([uelle elle se réunit et se confond. Tout le corps du poisson est argenté, semé de petits points noirs disposés en raies longitudinales, et varié dans ses nuances par trois bandes brunes et placées Iransversa- lenient sur la partie poslèi'icure de la queue. Comme on le rencontre souvent, ainsi que la chimère arctique, au milieu des innom- brables légions de harengs, qu'il est argenté comme ces derniers animaux, qu'il a l'air de lesconduire, et qu'il parvient à des dimensions assez considérables, on l'a nommé, ainsi que la chimère du Xord, Roi des HareiKjs', et c'est ce que désigne le nom géné- rique de Régalée, qui lui a été conservé. LE RÉGALEC LANCÉOLÉ., Rcgalccus lanceolalus, Laccp. i. Nous plaçons dans le même genre que le glesne une espèce de poisson dont nous avons vu une figure coloriée, exécutée avec beaucoup de soin, parmi les dessins chinois cédés par la Hollande et la France, et desquels nous avons déjà parlé plusieurs fois. Nous avons donné à ce régalée, dont les naturalistes d'Europe n'ont encore publié aucune des- cription, le nom spécifique de Lancéolé, parce que la nageoire qui termine sa queue a la forme d'un fer de lance. Cet animal est dénué d'une nageoire de l'anus comme le glesne : il a, comme ce dernier osseux, deux nageoires dorsales, très-basses et très-rapprochées; mais ces deux nageoires sont, en quelque sorte, triangulaires : la première n'est point composée d'aiguillons détachés, et la seconde ne se confond pas avec l'anale comme sur le glesne. Chacun des opercules n'est composé que de deux ou trois pièces, tandis qu'on en compte cinq ou six dans chaque opercule du régalée de Norwége. Le lancéolé a d'ailleurs le corps très-allongé et serpentiforme, comme le régalée d'Eu- rope; mais ce poisson chinois, au lieu d'être argenté, est d'une couleur d'or mêlée de brun. TRENTE-DEUXIÈME GENRE. LES ODONTOGNATHES. Une }nm( lonrjHP, large, recourhée, âeniclèo, placée de chaque côté de la mâchoire supérieure 2, ef entrainée par tous les )uouvemenls de la mâchoire de dessous. ESPÈCE. CARACTÈRE. Do.vTooATHE ( Iluit aiguillons tecourbcs, sllucs 8ur la poil AiGi'iLLON,>É. ( poses suF dcux raiigs longitudinaux, et places sur le ventre. L'Odo.vtooathe ( Huit aiguillons recourbes, situés sur la poitrine, vingt-huit autres aiguillons dis- ( posés L'ODONTOGNATHE AIGUILLONNÉ. Odontognalhus mucronatus, Lac.,Cuv.; Gnalhobolus mucronatus, Schn. Parmi plusieurs poissons que M. Leblond nous a fait parvenir assez récemment, de Cayenne, s'est trouvé celui que j'ai cru devoir nommer Odontognathe aiguillonné. Non- 1 M. Ciivicr remaniup que lo Régalée lancéolé ou ophidie chinoise des planches de Laccpcdc, gi/mne- Ints cepidianus .Shaw, n'aj)particnt pas au genre Gymnclrc. D. S M. Cuvier remarque que M. de Lacépède n'ayant vu qii'un individu mal conservé, a cru que ses maxillaires élaionl nalurcllcment diriges en avant de la bouche, comme deux cornes j mais que ce DES POISSONS. 4^ seulement cet osseux n'a encoie été décrit par aucun naturaliste, mais il ne peut être placé dans aucun des genres admis jus(|u'à présent par ceux qui cultivent l'histoire natu- relle. Sa tète, son corpset saqueue sont très-comprimés. Maiscequi doit le faire observer avec le plus d'atlenlion, c'est le mécanisme particulier que présentent ses mâchoires et dont on ne trouve d'exemple dans aucun poisson connu. Montrons en quoi consiste ce mécanisme. ' La mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure, est très-relevée contre cette dernière, lorsque l'animal a sa bouche entièrement fermée; elle est même si redressée dans celte position, qu'elle paraît presque verticale. Elle s'abaisse, en quelque sorte comme un pont-levis, lorsque le poisson ouvre sa bouche; et on s'aperçoit facilement alors qu'elle forme une espèce de petite nacelle écailleuse, très-transparente, sillonnée par-dessous, et hnement dentelée sur ses bords. Cette mâchoire de dessous entraîne en avant, lorsqu'elle s'abaisse deux pièces très longues, ou, pour mieux dire, deux lames très-plates, irrégulières, de substance écailleuse un peu recourbées a leur bout postérieur, plus larges à leur origine qu'à leur autre extrémité, dentelées sur leur bord antérieur, et attachées, l'une d'un côté l'autre de l'autre, à la partie la plus saillante de la mâchoire supérieure. Lorsque ces'deux lames ont obei le plus possible au mouvement en en-bas de la mâchoire inférieure elles se trouvent avancées de manière que leurs extrémités dépassent la verticale que Ton peut supposer tirée du bout du museau vers le plan horizontal sur lequel le poisson repose C'est au milieu de ces deux pièces que l'on voit alors la mâchoire inférieure abaissée et étendue en avant; et dans cette attitude, le contour de la bouche est formé par cette même mâchoire de dessous, et par les deux lames dentelées qui sont devenues comme les deux côtés de la mâchoire supérieure. Tant que la bouche reste ouverte, les lames dépassent par le bas la mâchoire inférieure- mais lorsque celle-ci remonte pour s'appliquer de nouveau contre la mâchoire supérieure et fermer la bouche, chacune des deux pièces se couche contre un des opercules et paraît n'en être que le bord antérieur dentelé. ' C'est des dentelures que nous venons d'indiquer, en montrant le singulier mécanisme des machmres de 1 aiguillonne, que nous avons tiré le nom générique de cet animal, Odon- fo^/mt/^e signifiant par un seul mot, ainsi que cela est nécessaire pour la dénomination d un genre, a mâchoires dentelées. Au milieu de ces mâchoires organisées d'une manière si particulière, on voit une lan- gue pointue et assez libre dans ses mouvements. Les opercules, composés de plusieurs pièces, sont tres-transparents dans leur partie postérieure, écailleux et très-areentés dans leur partie antérieure. La membrane des branchies, qui est soutenue par cinq ravons est aussi argentée par-dessus; et il n'est pas inutile de faire observer à ceux qui auront encore présentes a leur esprit les idées que notre premier Discours renferme sur les cou- leurs des poissons, que dans un très-grand nombre d'osseux qui vivent aux environs de la Guyane et d autres contrées équatoriales de l'Amérique, la membrane branchiale est plus ou moins couverte de ces écailles très-petites et très-écla tantes qui arijentent les diverses parties sur lesquelles elles sont répandues. Lapoitrine, terminée par le bas en carène aiguë, présente sur cette sorte d'arête huit aiguillons recourbes. On distingue de plus, au travers des téguments et de chaque côté du corps, quatorze cotes peu courbées, dont chacune est terminée par un aiguillon saillant a 1 extérieur et se réunit, pour former le dessous du ventre, à celle qui iSi est analogue dans le cote du corps opposé à celui auquel elle appartient. Il résulte de cet arrangement que la carène du ventre est garnie de vingt-huit aiguillons disposés sur deux rangs longi- tudinaux; et c est de cette double rangée que vient le nom spécifique d'Aiguillonné, par lequel nous avons cru devoir distinguer le poisson osseux que nous décrivons La nageoire de l'anus est très-longue, et s'étend presque jusqu'à la base de celle de la queue, qui est fourchue. ^ j ^ Celle du dos est placée sur la queue proprement dite, vers les trois quarts de la lon- gueur totale de l animal ; mais elle est très-petite. D'après l'état dans lequel nous avons vu l'individu envoyé au Muséum d'Histoire natu- relle par M. Leblond, et conservé déjà depuis quelque temps dans de l'alcool afï'aibli, nous îîlf!!'.-^^"'"'^ accident. Ils sont placés, dit-il, dans ce genre comme dans tous les autres- et c'est «ur cette idée erronée qu'a été formé le nom de Gnathohulm (lançant ses mâchoires) d' 42 HISTOIRE NATrRFME pouvons seiik-mcnl conjecturer que l'odonlognanie aiguillonné présente, sur presque tout son corps, le vif éclat de l'argent. Nous le présumons d'autant plus, que cet animal a reçu dans les environs de Cayennc, suivant le rapport de M. Leblond, le nom vulgaire de Sar- dine; nom donné depuis longtenips à une dupée argentée sur une grande partie de son corps, et qui d'ailleurs n'a aucune ressemblance extérieure bien frappante avec l'aiguil- lonué. Comme la sardine, l'odontogualhe dont nous parlons est bon à manger, et vit dans l'eau salée. Il parvient à la longueur de trois décimètres. TRENTE-TROISIÈME GENRE. LES MURÈNES. Des nageoires pcclo'-nfi». dorsale, cuiida/e et de l'anus; les narines tubulées, les yeux voilés par «we mem- lirane, le corps serpentiforme et visqueux. ESPÈCES. CARACTÈRES. I. La Mirèm; | La mi'ietioirc iiifirieure plus avancée que la supérieure, cent rajons ou environ à la ANCIILI.E. ( nageoire de l'anus, le dessus du corps et de la queue sans tache. ^^ . «f . • l La màclioire inféiicuire plus avancée que la supérieure, Irentc-six rayons ou en- ^. La ^Krene I viion à la nageoire de l'anus, la couleur verdâtre ; de petites taches noires, une TACHETEE. | grande tochc de chaque côté et auprès de la tête. 3. La Murène ( Le museau un peu pointu, deux petits appendices un peu cylindriques à la lèvre MVRE. \ supc'rieure. la nageoire du dos toute cendrée, ou blanche et lisérée de noir. i. La Mvrène i Deux appendices un peu cylindriques à la lèvre supérieure, la ligne latérale CONGRE. ( blanche. LA MURÈNE ANGUILLE. Murœna Anguilla, Linn., Cuv,, Lacep. 11 est peu d'animaux dont on doive se retracer l'image avec autant de plaisir que celle de la murène anguille. Elle peut être offerte, cette image gracieuse, et à l'enfance folâtre, que la variété des évolutions amuse, et à la vive jeunesse, que la rapidité des mouve- ments enflamme, et à la beauté, que la grâce, la souplesse, la légèreté, intéressent et séduisent, et à la sensibilité, que les affections douces et constantes louclient si profondé- ment, et à la pliilosopliie même, qui se plaît à contempler cl. le principe et l'effet d'un instinct supérieur. Nous l'avons déjà vu, cet instinct supérieur, dans l'énorme et terrible requin : mais il y était le ministre d'une voracité insatiable, d'une cruauté sanguinaire, d'une force dévastatrice. Nous avons trouvé dans les jioissons électriques une puissance l)our ainsi dire magique; mais ils n'ont pas eu la beauté en partage. Nous avons eu à représenter des formes remarquables; prescjue toujours leurs couleurs élaienl ternes et obscures. Des nuances éclatantes ont frappé nos regards; rarement elles ont été unies avec des |)roporlions agréables; plus i-aremcnt encore elles ont servi de parure à un être d'un instinct élevé. El celte sorte d'intelligence, ce mélange de l'éclat des métaux et des couleurs de l'arc céleste, celte rare conformation de toutes les i)arties qui forment un même tout et qu'un lieureux accord a rassemblées, quand les avons-nous vus départis avec des habitudes pour ainsi dire sociales, des affections douces el des jouissances en quelque; sorte senlimenlales? C'est cette réunion si digue d'intérêt que nous allons cepen- dant montrer dans l'anguille. El lorsque nous aurons compris sous un seul point de vue sa forme déliée, ses |)roporlions sveltes, ses couleurs élégantes, ses flexions gracieuses, ses circonvolutions faciles, ses élans rapides, sa natation soutenue, ses mouvements sem- blables à ceux du ser|)enl, son industrie, son instinct, son affection pour sa compagne, son espèce de sociabilité el tous les avantages que l'homme en retire chaque jour, on ne sera p.is surpris que les (Jrecques et les Romaines les plus fameuses par leurs cliarmes aient donné sa forme à un de leurs ornements les plus recherchés, el que l'on doive en reconnaître les traits, de même que ceux des murénophis, sur de riches bracelets anti- ques, peut-être aussi souvent que ceux des couleuvres venimeuses dont on a voulu pen- dant longtemps retrouver exclusivement l'imago dans ces objets de luxe et de parure; on ne sera pas même étonné rpic ce i)euple ancien el célèbre (|ui adorait tous les objets dans lesquels il voyait quelque empreinte de la beauté, de la bonté, de la prévoyance, du pouvoir ou du courroux célestes, et qui se prosternait devant les ibis et les crocodiles, eût aussi accordé les honneurs divins h l'animal que nous examinons. C'est ainsi que nous avons vu l'énorme serpent devin obliger, par l'effroi, des nations encore peu civili- H' W o o H t-^ > g o I— 1 DES POISSONS. 45 sées des deux conlineiils, à courber une lèle tremblante devant sa force redoutable, que l'ignorance et la terreur avaient divinisée; et c'est ainsi encore que par l'effet d'une mylliologie plus excusable sans doule, mais bien plus surprenante, car, tille cette fois de la reconnaissance el non pas de la crainte, elle consacrait l'utilité et non pas la puis- sance, les premiers habitants de l'île Saint-Domingue, de même que les Troglodytes dont Pline a parlé dans son Histoire naturelle, vénéraient leur dieu sous la forme d'une (ortue. On ne s'attendait peut-être pas à trouver dans l'anguille tant de droits à l'attention. Quel est néanmoins celui qui n'a pas vu cet animal? Que! est celui qui ne croit pas être bien instruit de ce qui concerne un poisson que l'on pêche sur tant de rivages, que l'on trouve sur tant de tables frugales ou somptueuses, dont le nom est si souvent prononcé, et dojit la facilité à s'échapper des mains qui le retiennent avec trop de force, est devenue un objet de proverbe pour le sens boi-nê du vulgaire, aussi bien que pour la prudence éclairée du sage? Mais, depuis Aristote jusqu'à nous, les naturalistes, les Apicius, les savants, les ignorants, les têtes fortes, les esprits faibles, se sont occupés de l'anguille ; et voilà pourquoi elle a été le sujet de tant d'erreurs séduisantes, de préjugés ridicules, de contes puérils, au milieu desquels très-peu d'observateurs ont distingué les formes et les habitudes propres à insi)irer ainsi qu'à satisfaire une curiosité raisonnable. Tâchons de démêler le vrai d'avec le faux; représentons l'anguille telle qu'elle est. Ses nageoires pectorales sont assez petites, et ses autres nageoires assez étroites, pour qu'on puisse la confondre de loin avec un véiitable sei-pent : elle a de même le corps très-allongé et presque cylindrique. Sa tête est menue, le museau un peu pointu, et la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure. L'ouverture de chaque narine est placée au bout d'un très-petit tube qui s'élève au- dessus de la partie supérieure de la tête; et une prolongation des téguments les plus ex- térieurs s'étend en forme de membrane au-dessus des yeux et les couvre d'un voile demi- transparent, comme celui que nous avonsobservé sur les yeuxdes gymnotes, des ophisures el des aptéronoles. Les lèvres sont garnies d'un grand nombre de petits oi'ifices par lesquels se répand une liqueur onctueuse; une rangée de petites ouvertures analogues compose, de chaque côté de l'animal, la ligne que l'on a nommée latérale; et c'est ainsi que l'anguille est perpétuel- lement arrosée de celte substance qui la rend si visqueuse. Sa peau est sur tous les points de son corps enduite de cette humeur gluante qui la fait paraître comme vernie. Elle est pénétrée de cette sorte d'huile qui rend ses mouvements très-souples; el l'on voit déjà pourquoi elle glisse si facilement au milieu des mains inexpérimentées qui, la serrant avec trop de force, augmentent le jeu de ses muscles, facilitent ses efforts, et, ne pouvant la saisir par aucune aspérité, la sentent couler et s'échapper comme un fluide i. A la vérité, cette même peau est garnie d'écaillés dont on se seit même, dans plusieurs pays du Nord, pour donner une sorte d'éclat argentin au ciment dont on enduit les édifices : mais ces écailles sont si petites, que plusieurs physiciens en ont nié l'existence; et elles sont attachées de manière que le touchei' le plus délicat ne les fait pas reconnaître sur l'animal vivant, et que même un œil perçant ne les découvre que lorsque l'anguille est morte, et la peau assez desséchée pour que les petites lames écailleuses se séparent faci- lement. On aperçoit plusieurs rangs de petites dents, non-seulement aux deux mâchoires, à la partie antérieure du palais, et sur deux os situés au-dessus du gosier, mais encore sur deux autres os un peu plus longs et placés à l'origine des branchies. L'ouverture de ces branchies est petite, très-voisine de la nageoire pectorale, verticale, étroite, el un peu en croissant. On a de la peine à distinguer les dix rayons que contient communément la membrane destinée à fermer celte ouverture ; et les quatre branchies de chaque côté sont garnies de vaisseaux sanguins dans leur partie convexe, et dénuées de toute apophyse et de tout tu- bercule dans leur partie concave. Les nageoires du dos et de l'anus sont si basses, que la première s'élève à peine au- dessus du dos d'un soixantième de la longueur totale. Elles sont d'ailleurs réunies à celle de la queue, de manière qu'on a bien de la peine à déterminer la fin de l'une et le com- 1 Le mot mut'œna, qui vient du grec /^■^p^ij, lequel signifie couler, s'échapper, désigne cette faculté de l'anguillt' et dfs autres poissons de son genre. 41 flISTOlRE NATUREFLE mencemenl de lautre; el on peul les considérer comme une bande lrès-élroi(e, qui com- mence sur le dos à une certaine distance de la lèle, s'étend jusqu'au bout de la queue, entoure celle extrémité, y l'orme une pointe assez aiguë, revient au-dessous de lanimal jusqu'à l'anus, el présente toujours assez peu de bauteur pour laisser subsister les plus grands rapports entre le corps du serpent et celui de l'anguille. L'épaisseur de la partie membraneuse de ces trois nageoires réunies, fait qu'on ne compte que trés-dillicilemeiil les petits rayons qu'elles renferment, et qui sont ordinaire- ment au nombre de plus de mille, depuis le commencement de la nageoire dorsale jus- qu'au bout de la queue. Lescouleui's que l'anguille présente sont toujours agréables, mais elles varient assez fréquemment; el il parait que leurs nuances dépendent beaucoup de l'âge de l'animal, et de la qualité de l'eau au milieu de laquelle il vit. Lorsque celte eau est limoneuse, le dessus du corps de la muiéne que nous décrivons est d'un beau noir, et le dessous d'un jaune plus ou moins clair. Mais si l'eau est pure et limpide, si elle coule sur un fond de sable, les teintes qu'offre l'anguille sont plus vives et plus riantes : sa partie supérieure est d'un vert nuancé, quelquefois même rayé d'un brun qui le fait ressortir; et le blanc de lait, ou la couleur de l'argent, brillent sur la partie inférieure du i)oisson. D'ailleurs la nageoiie de l'anus est communément lisérée de blanc, et celle du dos de rouge. Le blanc, le rouge el le vert, ces couleurs que la nature sait marier avec tant de grâce, et fondre les unes dans les autres par des nuances si douces, composent donc l'une des pa- rures élégantes que l'espèce de l'anguille a reçues, et celle qu'elle déploie lorsqu'elle passe sa vie au milieu d'une eau claire, vive et pure. Au reste, les couleurs de l'anguille paraissent quelquefois d'autant plus variées par les différents reflets rapideset successifs de la lumière plus ou moins intense qui parvient jusqu'aux diverses [)arties de l'animal, que les mouvements très-prompts et très-mulli- pliés de cette muiéne peuvent faire changer à chaque instant l'aspect de ces mêmes por- tions colorées. Cette agilité est secondée par la nature de la charpente osseuse du corps et de la (pieue de l'animal. Ses vertèbres un peu comprimées et par conséquent un peu étroites à i)roporlion de leur longueur, pliantes et petites, peuvent se prêter aux diverses circonvolutions qu'elle a besoin d'exécuter. A ces vertèbres, qui communément sont au nombre de cent seize, sont atlacbées des côtes très-courtes, retenues par une adhérence très-légère aux a|)opbyses des vertèbres, et très-propres à favoriser les sinuosités néces- saires à la natation de la murène. De plus, les muscles sont soutenus et fortifiés dans leur action par une quanlilé très-considérable de petits os disséminés entre leurs divers faisceaux, et connus sous le nom iVarêles proprement dites, ou de petites tirètes. Ces os intermusculaires, que l'on ne voit dans aucune autre classe d'animaux que dans celle des poissons, et qui n'appartiennent même qu'à un certain nombre de poissons os- seux, sont d'autant plus grands qu'ils sont placés plus près de la tête; et ceux qui occu- pent la partie antérieure de l'animal, sont communément divisés en deux petites branches. Un instinct relevé ajoute aussi à la fréquence des mouvements; et nous avons déjà in- diqué que l'anguille, ainsi que les autres poissons osseux et serpcnlilbrmes, avait le cer- veau plus étendu, plus allongé, composé de lobes moins inégaux, plus développés et plus nombreux, que le cerveau de la plupart des poissons dont il nous reste à parler, et par- ticulièrement de ceux qui ont le corps très-aplat i, comme les pleuroncctes. Le cœui- est (juadrani^ulaiic; l'aorte grande; le foie rougeâlre, divisé en deux lobes, dont legauche est le plus volumineux; la vésicule du fiel séparée du foie commedans plu- sieurs espèces de serpents; la rate allongée et triangulaire; la vessie natatoire très-grande, attachée à l'épine est garnie par devant d'un long conduit à gaz ; le canal intestinal dénué de ces appendices que l'onremarqueauprès du pylore de plusieurs espèces de pois- sons, et presque sans sinuosités, ce qui indique la force des sucs digestifs de l'anguille, et en généial l'activité de ses humeurs et l'intensité de son principe vital. Les murènes anguilles parviennent à une grandeur très-considérable : il n'est pas très- lare d'en trouver en Angleterre, ainsi qu'en Italie, du poids de huit à dix kilogrammes. Dans l'Albanie, on en a vu dont on a comparé la grosseur à celle de la cuisse d'un homme; et des observateurs très-dignes de foi ont assuré que, dans des lacs de la Prusse, on en avait péché qui étaient longues de trois à quatre mètres. On a môme écrit que le Gange en avait nourri de plus de dix mètres de longueur; mais ce ne peut être qu'une erreur, et Ton aura vraisemblablementdonné le nom d'Anguille à quelque grand serpent, DES POISSONS. 45 à quelque boa devin que l'on aura aperçu de loin, nageant au-dessus de la surface du grand fleuve de l'Inde. Quoi qu'il en soit, la croissance de l'anguille se fait très-lentement; et nous avons sur la durée de son développement quelques expériences précises et curieuses qui m'ont été communiquées par un très-bon observateur, M. Septfontaines, auquel j'ai eu plu- sieurs fois, en écrivant cette Histoire naturelle, l'occasion de témoigner ma juste recon- naissance. Au mois de juin 1779, ce naturaliste mit soixante anguilles dans un réservoir; elles avaient alors environ dix-neuf centimètres. Au mois de septembre 4 783, leur longueur n'était que de cinquante et un centimètres ; au mois d'octobre I78G, cette même longueur n'était que de quarante à quarante-trois centimètres; et enfin, en juillet 1788, ces an- guilles n'étaient longues que de cinquante-cinq centimètres au plus. Elles ne s'étaient donc allongées en neuf ans que de vingt-six centimètres. Avec de l'agilité, de la souplesse, de la force dans les muscles, de la grandeur dans les dimensions, il est facile à la murène que nous examinons, de parcourir des espaces étendus, de surmonter plusieurs obstacles, de faire de grands voyages, de remontercontre des courants rapides. Aussi va-t-elle périodiquement, tantôt des lacs ou des rivages voisins de la source des rivières vers les embouchures des fleuves, et tantôt de la mer vers les sources ou les lacs. Mais, dans ces migrations régulières, elle suit quelquefois un ordre différent de celui qu'observent la plupart des poissons voyageurs. Elle obéit aux mêmes lois; elle est régie de même par les causes dont nous avons tâché d'indiquer la na- ture dans notre premier discours ; mais tel est l'ensemble de ses organes extérieurs et de ceux que son intérieur renferme, que la température des eaux, la qualité des aliments, la tranquillité ou le tumulte des rivages, la pureté du fluide, exercent, dans certaines circonstances, sur ce poisson vif et sensible, une action très-différente de celle qu'ils font éprouver au plus grand nombre des autres poissons non sédentaires. Lorsque le prin- temps commence de régner, ces derniers remontent des embouchures des fleuves vers les points les plus élevés des rivières; quelques anguilles, au contraire, s'abandonnant alors au cours des eaux, vont des lacs dans les fleuves qui en sortent, et des fleuves vers les côtes maritimes. Dans quelques contrées, et particulièrement auprès des lagunes de Venise, les anguilles remontent, dans le printemps, ou à peu près, de la mer Adriatique vers les lacs et les marais, et notamment vers ceux de Comachio, que la pêche des anguilles a rendus cé- lèbres. Elles y arrivent par le Pô, quoique très-jeunes; mais elles n'en sortent pendant l'automne pour retourner vers les rivages de la mer, que lorsqu'elles ont acquis un assez grand développement, et qu'elles sont devenues presque adultes. La tendance à l'imita- tion, cette cause puissante de plusieurs actions très-remarquables des animaux, et la sorte de prudence qui paraît diriger quelques-unes des habiludesdes anguilles, les déterminent à préférer la nuit au jour pour ces migrations de la mer dans les lacs, et pour ces retours des lacs dans la mer. Celles qui vont, vers la fin de la belle saison, des marais de Coma- chio dans la mer de Venise, choisissent même pour leur voyage les nuits les plus obscures, et surtout celles dont les ténèbres sont épaissies par la présence de nuages orageux. Une clarté plus ou moins vive, la lumière de la lune, des feux allumés sur le rivage, suftisent souvent pour les arrêter dans leur natation vers les côtes marines. Mais lorsque ces lueurs qu'elles ledoutent ne suspendent pas leurs mouvements, elles sont poussées vers la mer par un instinct si fort, ou, pour mieux dire, par une cause si énergique, qu'elles s'en- gagent entre des rangées de roseaux que les pêcheurs disposent au fond de l'eau jîour les conduire à leur gré, et que, parvenant sans résistance et par le moyen de ces tranchées aux enceintes dans lesquelles on a voulu les attirer, elles s'entassent dans ces espèces de petits parcs, au point de surmonter la surface de l'eau, au lieu de chercher à revenir dans l'habitation qu'elles viennent de quitter. Pendant cette longue course, ainsi que pendant le retour des environs de la mer vers les eaux douce? élevées, les anguilles se nourrissent, aussi bien que pendant qu'elles sont stationnaires, d'insectes, devers, d'œufs et de petites espèces de poissons. Elles attaquent quelquefois des animaux un peu plus gros. M. Septfontaines en a vu une de quatre- vingt-quatre centimètres présenter un nouveau rapport avec les serpents, en se jetant sur deux jeunes canards éclos de la veille, et en les avalant assez facilement pourqu'on pût les retirer presque entiers de ses intestins. Dans certaines circonstances, elles se contentent de la chair de presque tous les animaux morts qu'elles rencontrent au milieu ifi IIISTOIRR NATURELLE des eaux; mais elles causent souvent de ^lands ravages dans les rivières. 31. Noël nous écrit que dans la basse Seine elles détruisent beaucoup déperlans, de dupées feintes et de brèmes. Ce nest pas cependant sans danger quelles recherchent l'aliment qui leur convient le mieux : malgré leur souplesse, leur vivacité, la \itesse de leur fuite, elles ont des ennemis auxquels il leur est trés-dilficile d'échapper. Les loutres, plusieurs oiseaux d'eau, et les grands oiseaux de rivage, tels que les grues, les hérons et les ci- gognes, les pèchent avec habileté et les retiennent avec adresse; les hérons surtout ont dans la dentelure d'un de leurs ongles, des espèces de crochets qu'ils enfoncent dans le corps de l'anguille, et qui rendent inutiles tous les efforts qu'elle fait pour glisser au milieu de leurs doigts. Les poissons qui parviennent à une longueur un peu considérable, et, par exemple, le brochet et l'acipensère esturgeon, en font aussi leur pi'oie; et comme les esturgeons l'avalent tout entière et souvent sans la blesser, il arrive que, déliée, vis- queuse et flexible, elle parcourt toutes les sinuosités de leur canal intestinal, sort par leur anus, et se dérobe, par une prompte natation, à une nouvelle poursuite. 11 n'est presque personne qui n'ait vu un lombric avalé par des canards sortir de même des intestins de cet oiseau, dont il avait suivi tous les replis; et cependant c'est le fait que nous venons d'exposer, qui a donné lieu à un conte absurde accrédité pendant longtemps, à l'opinion de quelques observateurs très-peu instruits de l'organisation intérieure des animaux, et qui ont dit que l'anguille entrait ainsi volontairement dans le corps de l'esturgeon, pour aller y chercher des œufs dont elle aimait beaucoup à se nourrir. Mais voici un trait très-remarquable dans l'histoiie d'un poisson, et qui a été vu trop de fois pour qu'on puisse en douter. L'anguille, pour laquelle les petits vers des pi'és, et même quelques végétaux, comme, par exemple, les pois nouvellement semés, sont un ali- ment peut-être plus agréable encore que des œufs ou des poissons, sort de l'eau pour se procurer ce genre de nourriture. Elle rampe sur le rivage par un mécanisme semblable à celui qui la fait nager au milieu des fleuves; elle s'éloigne de l'eau à des distances assez considérables, exécutant avec son corps serpentiforme tous les mouvements qui donnent aux couleuvres la faculté de s'avancer ou de reculer; et après avoir fouillé dans la terre avec son museau pointu, pour se saisir des pois ou des petits vers, elle regagne en serpen- tant le lac ou la rivièi'e dont elle était sortie, et vers lequel elle tend avec assez de vitesse, lorsque le terrain ne lui oppose pas trop d'obstacles, c'est-à-dire de trop grandes inéga- lités. Au reste, pendant que la conformation de son corps et de sa queue lui permet de se mouvoir sur la terre sèche, l'organisation de ses branchies lui donne la faculté d'être pen- dant un temps assez long hors de l'eau douce ou salée sans en périr. En effet, nous avons vu qu'une des grandes causes de la mort des poissons que l'on retient dans l'atmosphère, est le grand dessèchement qu'éprouvent leurs branchies, et qui produit la rupture des artères et des veines brancliiales, dont le sang, qui n'est plus alors contre-balancé |)ar un lliiide aqueux environnant, tend d'ailleurs sans contrainte à rompre les membranes qui le contiennent. Mais l'anguille peut conserver plus facilement que beaucoup d'autres pois- sons l'humidilé, et ]iar conséquent la ductilité et la ténacité des vaisseaux sanguins de ses branchies; elle peut clore exactement l'ouverture de sa bouche; l'orifice branchial, par lequel un air desséchant paraîtrait devoir s'introduire en abondance, est très-étroit et peu allongé; l'opercule et la membrane sont placés et conformés de manière à former parfai- tement cet orifice; et de plus la liqueur gluante et copieuse dont l'animal est imprégné, entretient la mollesse de toutes les portions des branchies. Nous devons encore ajouter que, soit pour être moins exposée aux attaques des animaux qui cherchent à la dévorer, et à la poursuite des pécheurs ([ui veulent en faire leur proie, soit poui- obéir à quelque autre cause que l'on pourrai! trouversans beaucoup de peine, et qu'il est, dans ce momeni, inutile de considérer, l'anguille ne va à terre, au moins le plus fréquemment, que pendant la nuil. Une vapeur humide est très-souvent alors répandue dans l'atmosphère; le dessè- chement de ses branchies ne peut avoir lieu que plus difiicilement ; et l'on doit voir main- tenant pourquoi, dès le temps de Pline, on avait observé en Italie que l'anguille peut vivre hors de l'eau jusqu'à six jours, lorsqu'il ne souffle pas un vent méridional, dont l'effet le plus ordinaire, dans celte partie de l'Europe, est de faire évaporer l'humidité avec beaucoup de vitesse. Pendant le jour, la murène anguille, moins occupée de se procurer l'aliment qu'elle désire, se lient presque toujours dans un repos réparateur, et dérobée aux yeux de ses DES POISSONS. 47 ennemis par un asile qu'elle jîrépare avec soin. Elle se creuse avec son museau une retraite plus ou moins grande dans la terre molle du fond des lacs et des rivières; et par une attention particulière, résultat remarquable d'une expérience dont l'efTet se maintient de génération en génération, cette espèce de terrier a deux ouvertures, de telle sorte que si elle est attaquée d'un côté, elle peut s'échapper de l'autre. Cette industrie, pareille à celle des animaux les plus précautionnés, est une nouvelle preuve de cette supériorité d'inslincl que nous avons dû attribuer à l'anguille dès le moment où nous avons considéré dans ce poisson le volume et la forme du cerveau, l'organisation plus soignée des sièges de l'odo- rat, et enfin la flexibilité et la longueur du corps et de la queue, qui, souples et conti- nuellement humectés, s'appliquent dans toute leur étendue à presque toutes les suifiices, en reçoivent des impressions que des écailles presque insensibles ne peuvent ni arrêter, ni en quelque sorte diminuer, et doivent donner à l'animal un toucher assez vif et assez délicat. Il est à remarquer que les anguilles, qui, par une suite de la longueur et de la flexi- bilité de leur corps, peuvent, dans tous les sens, agir sur l'eau presque avec la même facilité et par conséquent reculer presque aussi vile qu'elles avancent, i)énétrent souvent la queue la première dans les trous qu'elles forment dans la vase, et qu'elles creusent quelquefois cette cavité avec cette même queue, aussi bien qu'avec leur tête. Lorsqu'il fait très-chaud, ou dans quelques autres circonstances, l'anguille quitte cepen- dant quelquefois, même vers le milieu du jour, cet asile qu'elle sait se donner. On la voit très-souvent alors s'approcher de la surface de l'eau, se placer au-dessous d'un amas de mousse flottante ou de plantes aquatiques, y demeurer immobile, et paraître se plaire dans cette sorte d'inaction et sous cet abri passager. On serait même tenté de croire qu'elle se livre quelquefois à une espèce de demi-sommeil sous ce toit de feuilles et de mousse. M. Septfontaines nous a écrit, en effet, dans le temps, qu'il avait vu plusieurs fois une anguille dans la situation dont nous venons de parler, qu'il était parvenu à s'en appro- cher, à élever progressivement la voix, à faire tinter plusieurs clefs Tune contre l'autre, à faire sonner très-près de la tête du poisson plus de quarante coups d'une montre à répétition, sans produire dans l'animal aucun mouvement de crainte, et que la murène ne s'était plongée au fond de l'eau que lorsqu'il s'était avancé brusquement vers elle, ou qu'il avait ébranlé la plante touffue sous laquelle elle goûtait le repos. De tous les poissons osseux, l'anguille n'est cependant pas celui dont l'ouïe est la moins sensible. On sait depuis longtemps qu'elle peut devenir familière au point d'accourir vers la voix ou l'instrument qui l'appelle et qui lui annonce la nourriture qu'elle préfère. Les murènes anguilles sont en très-grand nombre partout où elles trouvent l'eau, la température, l'aliment qui leur conviennent, et où elles ne sont pas privées de toute sûreté. Voilà pourquoi, dans plusieurs des endroits où l'on s'est occupé de la pêche de ces poissons, on en a pris une immense quantité. Pline a écrit que dans le lac Benaco des environs de Vérone, les lempêles qui, vers la fin de l'aulomne, en bouleversaiezit les flots, agitaient, entraînaient et roulaient, pour ainsi dire, un nombre si considérable d'anguilles, qu'on les prenait par milliers à l'endroit où le fleuve venait de sortir du lac. 3iartini rapporte dans son Dictionnaire, qu'autrefois on en péchait jusqu'à soixante mille dans un seul jour et avec un seul filet. On lit dans l'ouviage de Redi sur les Animaux vivanis dans les animaux vivants, que lors du second passage des anguilles dans l'Arno, c'est-à- dire lorsqu'elles remontent de la mer vers les sources de ce fleuve de Toscane, plus de deux cent mille peuvent tomber dans les filets, quoique dans un très-court espace de temps. Il yen a une si grande abondance dans les marais de Comachio, qu'en 1782 on en pécha 990,000 kilogrammes. Dans le Jutland, il est des livages vers lesquels, dans certaines saisons, on prend quelquefois d'un seul coup de filet plusde neufmille anguilles, dont quelques-unes pèsent de quatre à cinq kilogrammes. Et nous savons, par M. Noël, (|u'à Cléon prés d'Elbeuf, et même auprès de presque toutes les rives de la basse Seine, il passe des troupes ou plutôt des légions si considérables de petites anguilles, qu'on en remplit des seaux et des baquets. Cette abondance n'a pas empêché le goût le plus diflicile en bonne chère, et le luxe même le plus somptueux, de rechercher l'anguille, et de la servir dans leurs banquets. Cependant sa viscosité, le suc huileux dont elle est imprégnée, la difficulté avec laquelle les estomacs délicats en digèrent la chair, sa ressemblance avec un serpent, l'ont fait regarder dans certains pays, comme un aliment un peu malsain par les médecins, et comme un être impur par les esprits superstitieux. Elle est comprise parmi les poissons 48 ffisTomn: naturellh: en apparence dénués d'écaillés, que les lois religieuses des Juifs iiilerdisaient à ce peu- ple; et les règlements de Nunia ne |)eiinet(aienl |)as de les servir dans les sacrifices, sur les tables des dieux. Mais les défenses de quelques législateurs, cl les recommandations de ceux qui ont écrit sur Thygiéne, ont été peu suivies et peu imitées; la saveur agréable de la chair de l'anguille, et le peu de rareté de cette espèce, l'ont emporté sur ces ordres ou ces conseils: on s'est rassuré par l'exemple d'un grand nombre d'hommes, à la vérité, laborieux, qui, vivant au milieu des marais, et ne se nourrissant que d'anguilles, comme les pécheurs des lacs de Comachio auprès de Venise, ont cependant joui d'une santé assez forte, présenté un tempérament robuste, atteint une vieillesse avancée; et l'on a, dans tous les temps et dans presque tous les pays, consacré d'autant plus d'instants à la pêche assez facile de cette murène, que sa peau peut servir à beaucoup d'usages, que dans plu- sieurs contrées on en fait des liens assez forts, et que dans d'autres, comme, par exemple, dans quelques ])arlies de la Tartarie. et particulièrement dans celles qui avoisinent la Chine, celle même peau remplace, sans trop de désavantages, les vitres des fenêtres. Dans plusieurs pays de l'Europe, et notamment aux environs de l'embouchure de la Seine, on prend les anguilles avec des haims ou hameçons. Les plus petites sont attirées par des lombrics ou vers de terre, plus que par toute autre amorce : on emploie contre les plus grandes des haims garnis de moules, d'autres animaux à coquilles, ou de jeunes éperlans. Lorsqu'on pêche les anguilles pendant la nuit, on se sert d'un iilet nommé Seine drue, et pour la description duquel nous renvoyons le lecteur à l'article de la Raie bouclée. On substitue quelquefois à cette Seine un autre filet appelé, dans la rivière de Seine, Dranguel, ou Dranguel dru, dont les mailles sont encore plus serrées que celles de la Seine drue; et M. Noël nous fait observer, dans une note qu'il nous a adressée, que c'est par une suite de cette substitution, etparce qu'en général on exécute mal les lois rela- tives à la police des pèches, que les pécheurs de la Seine détruisent une grande quantité d'anguilles du premier âge et qui n'ont encore atteint qu'une longueur d'un ou deux déci- mètres, pendant qu'ils prennent, peut-être plus inutilement encore, dans ce même dran- guel, beaucoup de frai de barbeau, de vaudoise,del)rèmect d'autres poissons recherchés. Mais l'usage de ce filet à mailles tiès-serrées n'est pas la seule cause contraire à l'avanta- geuse reproduction, ou, pour mieux dire, à l'accroissement convenable des anguilles dans la Seine : M. >'o(M nous en fait remarquer deux autres dans la note que nous venons de citer. Premièrement, les pêcheurs de cette rivière ont recours quelquefois, pour la pêche de ces murènes, à la Vermille, sorte de corde garnie de vers, à laquelle les très-jeunes individus de celte espèce viennent s'attacher très-fortement, et par le moyen de laquelle on enlève des milliers de ces petits animaux. Secondement, les fossés qui communiquent avec la basse Seine, ont assez peu de pente pour que les iielites anguilles, poussées par le flux dans ces fossés, y restent à sec lorsque la marée se retire, et y périssent en nombre extrêmement considérable, par l'elfet de la grande chaleur du soleil de juin. Au reste, c'est le plus souvent depuis le commencement du printemps jusque vers la (in de l'automne, qu'on pêche les murènes anguilles avec facilité. Ou a communément assez de peine à les prendre au milieu de l'hivei-, au moins à des latitudes un peu élevées : elles se cachent, pendant cette saison, ou dans les terriers qu'elles se sont creusés, ou dans quelques autres asiles à peu près semblables. Elles se réunissent même en assez grand nombre, se serrent de très-près, et s'amoncellent dans ces retraites, où il paraît qu'elles s'engourdissent lorsque le fioid est rigouieux. On en a quelquefois trouvé cent qualre- vingls dans un trou de quarante décimètres cubes; et M. Noi'l nous mande qu';\ Aisiey près de Ouillebeuf, on eu |)rend souvent, pendant l'hiver, de très-grandes quantités, en fouillant dans le sable, entre les pierres du rivage. Si l'eau dans laquelle elles se trouvent est peu profonde, si par ce peu d'épaisseur des couches du fluide elles sont moins à cou- vert des impressions funestes du froid, elles périssent dans leur terrier, malgré toutes leurs précautions; et le savant Spallanzani rapporte qu'un hiver fit périr, dans les marais de Commachio, une si grande quantité d'anguilles , qu'elles pesaient, 1,800,000 kilo- grammes. Dans toute autre circonstance, une grande quantité d'eau n'est pas aussi nécessaire aux murènes dont nous nous occupons, que plusieurs auteurs l'ont prétendu. M. Septfontaines a pris dans une fosse (jui contenait à peine quatre cents décimètres cubes de ce fluide, une anguille d'une grosseur très-considérable; et la distance de la fosse à toutes les eaux de l'arrondissement, ainsi que le défaut de toute communication entre ces mêmes eaux et la petite mare, ne lui ont pas permis de douter que cet animal n'eût vécu très-longtemps DES rOlSSONS. 49 dans cet étroit espace, des effels duquel l'état de sa chair prouvait qu'il n'avait pas souf- fert. Nous devons ajouter néanmoins que si la chaleur est assez vive pour produire une très - grande évaporation et altérer les plantes qui croissent dans l'eau, ce fluide peut être corrompu au point de devenir morte! pour l'anguille, qui s'efforce en vain, en s'abritant alors dans la fange, de se soustraire à l'influence funeste de celle chaleur desséchante. On a écrit aussi que l'anguille ne supportait pas des changements rapides et très-mar- qués dans la qualité des eaux au milieu desquelles elle habitait. Cependant M. Seplfon- taines a prouvé plusieurs fois qu'on pouvait la transporter, sans lui faire courir aucun danger, d'une rivière bourbeuse dans le vivier le plus limpide, du sein d'une eau froide dans celui d'une eau tempérée. Il s'est assuré que des changements inverses ne nuisaient pas davantage à ce poisson ; et sur trois cents individus qui ont éprouvé sous ses yeux ces diverses transmigrations, et qui les ont essuyées dans différentes saisons, il n'en a péri que quinze, qui lui ont paru ne succomber qu'à la fatigue du transport et aux suites de leur réunion et de leur séjour très-prolongé dans un vaisseau trop peu spacieux. Néanmoins, lorsque leur passage d'un réservoir dans un autre, quelle que soit la nature de l'eau de ces viviers, a lieu pendant des chaleurs excessives, il arrive souvent que les anguilles gagnent une maladie épidémique pour ces animaux, et dont les symptômes con- sistent dans les taches blanches qui leur surviennent. Nous verrons dans noire Discours sur la manière de multiplier et de conserver les individus des diverses espèces de poissons, quels remèdes on peut opposer aux effets de cette maladie, dont les taches blanches et accidentelles dénotent la présence. Les murènes dont nous parlons sont sujettes, ainsi que plusieurs autres poissons, et particulièrement ceux que l'homme élève avec plus ou moins de soin, à d'autres maladies dont nous traiterons dans la suite de cet ouvrage, et dont quelques-unes peuvent être causées par une grande abondance de vers dans quelque partie intérieure de leur corps, comme, par exemple, dans leurs intestins. Pendant la plupart de ces dérangements, lorsque les suites peuvent en être très-graves, l'anguille se tient renfermée dans son terrier, ou, si elle manque d'asile, elle remonte souvent vers la superficie de l'eau; elle s'y agite, va, revient sans but déterminé, tour- noie sur elle-même, ressemble par ses mouvements à un serpent prêt à se noyer et lut- tant encore un peu contre les flots. Son corps enflé d'un bout à l'autre, et par là devenu plus léger relativement au fluide dans lequel elle nage, la soulève et la retient ainsi vers la surface de l'eau. Au bout de quelque temps, sa peau se flétrit et devient blanche; et lorsqu'elle éprouve celte altération, signe d'une mort prochaine, on dirait qu'elle ne prend plus soin de conserver une vie qu'elle sent ne pouvoir plus retenir : ses nageoires se remuent encore un peu; ses yeux paraissent encore se tourner vers les objets qui l'en- tourent : mais sans force, sans précaution, sans intérêt inutile pour sa sûreté, elle s'abandonne, pour ainsi dire, et souffre qu'on l'approche, qu'on l'enlève même sans qu'elle cherche à s'échapper. Au reste, lorsque des maladies ne dérangent pas l'organisation intérieure de l'anguille, lorsque sa vie n'est attaquée que par des blessures, elle la perd assez diflicilement; le principe vital parait disséminé d'une manière assez indépendante, si je puis employer ce mol, dans les diverses parties de cette murène , pour qu'il ne puisse être éteint que lorsqu'on cherche à l'anéantir dans plusieurs points à la fois ; et, de même que dans plusieurs serpents et particulièrement dans la vipère, une heure après la séparation du tronc et de la tête, l'une et l'autre de ces portions peuvent donner encore des signes d'une grande irritabilité. Cette vitalité tenace est une des causes de la longue vie que nous croyons devoir attri- buer aux anguilles, ainsi qu'à la plupart des autres poissons. Toutes les analogies indi- quent cette durée considérable, malgré ce qu'ont écrit plusieurs auteurs, qui ont voulu limiter la vie de ces murènes à quinze ans, et même à huit années : et d'ailleurs nous savons, de manière à ne pouvoir pas en douter, qu'au bout de six ans une anguille ne pèse quelquefois que cinq hectogrammes : que des anguilles conservées pendant neuf ans n'ont acquis qu'une longueur de vingt-six centimètres; que ces anguilles, avant d'être devenues l'objet d'une observation précise, avaient déjà dix-neuf centimètres, et par con- séquent devaient être âgées de cinq ou six ans: qu'à la fin de l'expérience elles avaient au moins quatorze ans ; qu'à cet âge de quatorze ans elles ne présentaient encore que le quart ou tout au plus le tiers de la longueur des grandes anguilles pêchées dans des lacs 80 HISTOIRE NATURELLE de la Prusse, el qu'elles n'auraient pu parvenir à cette dernière dimension qu'après un intervalle de quatre-vingts ans. Les anguilles de trois ou quatre mètres de longueur, vues dans des lacs de la Prusse par des observateurs dignes de foi , avaient donc au moins quaire-vingt quatorze ans : nous devons dire que des preuves de fait et des témoignages irrécusables se réunissent aux piobabililés fondées sur les analogies les plus grandes pour nous faire attribuer une longue vie à la murène anguille. Mais comment se perpétue cette espèce utile et curieuse? L'anguille vient d'un vérita- ble œuf, comme tous les poissons. L'œuf éclôt le plus souvent dans le ventre de la mère comme celui des raies, des squales, de plusieurs blennies, de plusieurs silures ; la pres- sion sur la partie inférieure du corps de la mère facilite la sortie des petits déjà éclos. Ces faits bien vus, bien constatés par les naturalistes récents, sont simples et conformes aux vérités physiologiques les mieux prouvées, aux résultats les plus sûrs des recherches anatomiques sur les poissons et particulièrement sur l'anguille; et cependant combien, depuis deux mille ans, ils ont été altérés et dénaturés par une trop grande confiance dans des observations précipitées et mal faites, qui ont séduit les plus beaux génies, parmi lesquels nous comptons non-seulement Pline, mais même Aristote! Lorsque les anguilles mettent bas leurs petits, communément elles reposent sur la vase du fond des eaux; c'est au milieu de cette terre ou de ce sable humecté qu'on voit frétiller les murènes qui \ienncnl de paraître à la lumière : Aristote a pensé que leur génération était due à cette fange. Les mères vont quelquefois fi'otter leur ventre contre des rochers ou d'autres corps durs, pour se débariaser plus facilement des petits déjà éclos dans leur intérieur; Pline a écrit que par ce frottement elles faisaient jaillir des fragments de leur corps, qui s'ani- maient, et que telle était la seule origine des jeunes murènes dont nous exposons la véri- table manière de riailre. D'autres anciens auteurs ont placé cette même origine dans les chairs corrompues des cadavres des chevaux ou d'autres animaux jetés dans l'eau, cada- vres autour desquels doivent souvent fourmiller de très-jeunes anguilles forcées de s'en nourrir par le défaut de tout autre aliment placé à leur portée. A des époques bien plus rapprochées de nous, Ilelmont a cru que les anguilles venaient de la rosée du mois de mai; et Leuwenhoeck a piis la jK-ine de montrer la cause de cette erreur, en faisant voir que dans celle belle partie du piinlemps, lorsque l'atmosphère est tranquille^ et que le calme règne sur l'eau, la portion de fluide; la plus chaude est la plus voisine de la surface, et que c'est cette couche plus échauffée, plus vivifiante et plus analogue A leur état de faiblesse, que les jeunes anguilles peuvent alors préférer. Schvvenckfeld, de Breslaw en Silésie, a fait naiire les murènes anguilles des branchies du cyprin bordelière; Schone- \cld, de Kiel dans le Ilolslein, a voulu qu'elles vinssent à la lumière sur la peau des gades morues, ou des salmones éperlans. Ils ont pris l'un et l'aulre pour de très-pelites murènes anguilles, des gordius, des sangsues, ou d'autres vers qui s'attachent à la peau ou aux branchies de iilusiours poissons. Ellor, Charlefon, Fahiberg, Gcsner, Birckhollz ont leconnu, au contraire, la véritable nianièie dont se reproduit l'espèce que nous décri- vons. Plusieurs observateurs des temps récents sont tombés, à la vérité, dans une erreur comballuc même par Aristote, en prenant les vers qu'ils voyaient dans les intestins des anguilles qu'ils disséquaient, pour des fœtus de ces animaux. Leuwenhoeck a eu lorlde chercher des œufs de ces poissons dans leur vessie urinaire, et Vallisnieri dans leur vessie natatoire : mais Muller, et peut-être Mondini, ont vu les ovaires ainsi que les œufs de la femelle; et la lailc du mâle a été également reconnue. D'après toutes ces considèralions, on doit éprouver un assez grand étonnement, et ce vif intérêt qu'inspirent les recherches et les doutes d'un des plus habiles et des plus célè- bres physiciens, lorsqu'on lit dans le Vojjufje de Spallanzani, que des millions d'anguilles ont été pèchées dans les marais, les lacs ou les fleuves de l'Ilalie et de la Sicile, sans qu'on ail vu dans leur intérieur ni oeufs ni fcetus. Ce savant observateur explique ce phé- nomène, en disant que les anguilles ne multiplient que dans la mer; el voilà pourquoi, continue-l-il, on n'en trouve pas, suivant Senebier, dans le lac de Genève, jus(pie auquel la chute du ithone ne leur permet pas de remonter, tandis (pi'on en pèche dans le lac de \cufchàlel, qui c()mmnni(|iu^ avec la mer par le Rhin et le lac de lîrcnna. 11 invile, en conséquence, les naturalistes à l'aire de nouvelles recherches sur les anguilles qu'ils rencontreroni au milieu des eaux salées el de la mer proprement dite, dans le temps du frai de ces animaux, c'esl-à-dire vers le milieu de l'automne, ou le commencement de l'hiver. Les œufs de l'anguille éclosant presque toujours dans le ventre de la mère, y doivent DES POISSONS. SI être fécondés : il est donc nécessaire qu'il y ait dans cette espèce un véritable accouple- ment du mâle avec la femelle, comme dans celles des raies, des squales, des syngnathes, des blennies et des silures; ce qui confirme ce que nous avons déjà dit de la nature de ses affections. Et comme la conformation des murènes est semblable en beaucoup de points à celle des serpents, l'accouplement des serpents et celui des murènes doivent avoir lieu, à peu près, de la même manière. Rondelet a vu, en effet, le mâle el la femelle entrelacés dans le moment de leur réunion la plus intime, comme deux couleuvres le sont dans des circonstances analogues; et ce fait a été observé depuis par plusieurs natu- ralistes. Dans l'anguille, comme dans tous les autres poissons qui èclosent dans le ventre de leur mère, les œufs renfermés dans l'intérieur de la femelle sont beaucoup plus volumineux que ceux qui sont pondus par les espèces de poissons auxquelles on n'a pas donné le nom de Vivipares ou de Vipères : le nombre de ces œufs doit donc être beaucoup plus petit dans les premiers que dans les seconds : et c'est ce qui a été reconnu plus d'une fois. L'anguille est féconde au moins dès sa douzième année. M. Seplfontaines a trouvé des petits bien formés dans le ventre d'une femelle qui n'avait encore que trente-cinq centi- mètres de longueur, et qui, par conséquent, pouvait n'être âgée que de douze ans. Cette espèce croissant au moins jusqu'à sa quatre-vingt-quatorzième année, chaque individu femelle peut produire pendant un intervalle de quatre-vingt-deux ans; et ceci sert à expli- quer la grande quantité d'anguilles que l'on rencontre dans les eaux qui leur conviennent. Cependant, comme le nombre des petits qu'elles peuvent mettre au jour chaque année est très-limitè, et que, d'un autre côté, les accidents, les maladies, l'activité des pêcheurs, et la voracité des grands poissons, des loutres et des oiseaux d'eau, en détruisent fré- quemment une multitude, on ne peut se rendre raison de leur multiplication qu'en leur aitribuant une vie et même un temps de fécondité beaucoup plus long qu'unsiècle etbeau- coup plus analogues à la nature des poissons, ainsi qu'à la longévité qui en est la suite. Au reste, il parait que dans certaines contrées, et dans quelques circonstances, il arrive aux œufs de l'anguille ce qui survient quelquefois à ceux des raies, des squales, des blennies, des silures, etc.; c'est que la femelle s'en débarrasse avant que les petits ne soient éclos, et l'on peut le conclure des expressions employées par quelques naturalistes en traitant de cette murène, et notamment par Redi dans son ouvrage des Animaux vivants dans les animaux vivants. Tous les climats peuvent convenir à l'anguille : on la pêche dans des contrées très- chaudes, à la Jamaïque, dans d'autres poi lions de l'Amérique voisines des tropiques, dans les Indes orientales; elle n'est point étrangère aux régions glacées, à l'Islande, au Groenland; el on la trouve dans toutes les contrées tempérées, depuis la Chine, où elle a été ligurée très-exactement pour l'intéressante suite de dessins donnés par la Hollande à la France, el déposés dans le Muséum d'histoire naturelle, jusqu'aux côtes occidentales du loyaume el à ses départements méridionaux, dans lesquels les murènes de cette espèce deviennent très-belles et très-bonnes, particulièrement celles qui vivent dans le bassin si célébré de la poétique fontaine de Vaucluse. Dans des temps plus reculés et antérieurs aux dernières catastrophes que le globe a éprouvées, ces mêmes murènes ont dû être aussi très-répandues en Europe, ou du moins très multipliées dans un grand nombre de contrées, puisqu'on reconnaît leurs restes, ou leur empreinte, dans presque tous les amas de poissons pétrifiés ou fossiles que les natu- ralistes ont été à portée d'examiner, el surfout dans celui que l'on a découvert à .Eningen, auprès du lac de Constance, el dont une notice a été envoyée dans le lemps par le célèbre Lavaler à l'illustre Saussure. jSous ne devons pas cesser de nous occuper de l'anguille sans faiie mention de quelques murènes que nous considérerons comme de simples variétés de celle espèce, jusqu'au moment où de nouveaux faits nous les feront regarder comme constituant des espèces par- ticulières. Ces variétés sont au nombre de cinq : deux diffèrent par leur couleur de l'anguille commune; les autres trois en sont distinguées par leur forme. INous devons la connaissance de la première à Spallanzani; el la notice des autres nous a été envoyée par M. Noël de Rouen, que nous avons si souvent le plaisir de citer. Premièrement, celle de ces variétés qui a été indiquée par Spallanzani, se trouve dans les marais de Chiozza auprès de Venise. Elle est jaune sous le ventre, constamment plus petite que l'anguille ordinaire; et ses habitudes ont cela de remarquable, qu'elle ne quitte pas périodiquement ses marais, comme l'espèce commune, pour aller, vers la fin de la 32 HISTOIRE NATURELLE saison des chaleurs, passer un temps plus ou moins long dans la mer. Elle porte un nom particulier : on la nomme Acerine. Sccoiulemcnt, des pécheurs de la Seine disent avoir remarqué que les premières anguilles qu'ils prennent sont plus blanches que celles qui sont pèchées plus lard. Selon d'autres, de morne que les anguilles sont communément plus rouges sur les fonds de roche, et deviennenl en pou do jours d'une teinte plus foncée lorsqu'on les a mises dans des réser- voirs, elles sont plus blanches sur des fonds de sable, 3Iais, indépendamment de ces nuances plus ou moins constantes que présentent les anguilles communes, on observe dans la Seine une anguille qui vient de la mer lorsque les marées sont fortes, et qui remonto dans la rivière en mémo temps que les merlans. Sa léle est un peu menue. Elle est d'ail- leurs très-belle et communément assez grosse. On la prend quelquefois avec la Seine; mais le plus souvent on la pèche avec une ligne dont les appâts sont des éperlans et d'autres petits poissons. Troisièmement, le Plmperneau est, suivant ))lusieurs pêcheurs, une autre anguille de la Seine, qui a la tète menue comme l'anguille blanche, mais qui de plusTatrès-allongée, et dont la couleur est brune. Quatrièmement, une autre anguille de la même rivière est nommée Gitisean. Elle a la tète plus courte et un peu plus large que l'anguille commune. Le guiseau a d'ailleurs le corps plus court; son œil est plus gros, sa chair plus ferme, sa graisse plus délicate. Sa couleur varie du noir au brun, au gris-sale, au roussâtre. On le prend depuis le Hoc jusqu'à Villequier, et rarement au-dessus. M. Noël pense que le bon goût de sa chair est dû à la nourriture substantielle et douce qu'il trouve sur les bancs de l'embouchure de la Seine, ou au grand nombre de jeunes et petits poissons qui pullulent sur les fonds do la mer. Il croit aussi que cette murène a beaucoup de rap- ports, par la délicatesse de sa chair, avec l'anguille que l'on pèche dans l'Eure, et que l'on désigne par le nom de Breteini. Les troupes de guiseaux sont quelquefois détrilléen, suivant l'expression des pécheurs, c'est-à-dire qu'ils ne sont, dans certaines circonstances, mêlés avec aucune autre murène; et d'autres foison pèche, dans le même temps, des quantités presque égales d'anguilles communes et de guiseaux. Un pêcheur de Villequier a dit à M. Noël qu'il avait pris, un jour, d'un seul coup de filet, cinq cents guiseaux, au pied du château d'Orcher. Cinquièmement, ÏAnfjuille chien a la tète plus longue que la commune, comme le pimperneau, et plus large, comme le guiseau. Cette partie du corps est d'ailleurs aplatie. Ses yeux sont gros. Ses dimensions sont assez grandes ; mais son ensemble est peu agréa- ble à la vue, et sa chair est filamenteuse. On dit qu'elle a des barbillons à la bouche. Je n'ai pas été à même do vérifier l'existence de ces barbillons , qui pcut-èlre nesont que les petits tubes à l'extrémité desquels sont placés les orifices des narines. L'Anguille chien est très-goulue; et de là vient le nom qu'on lui a donné. Elle dévore les petits poissons qu'elle peut saisir dans les nasses, déchire les filets, ronge même les fils de fer des lignes. Lorsqu'elle est prise à l'hameçon, on remarque qu'elle a avalé l'Iiaim de manière à le faire parvenir jusqu'à l'œsophage, tandis que les anguilles ordinaires ne sont retenues avec l'hameçon que par la pnrli(^ antérieure de leur palais. On la pèche avec plus de facilité vers le commencement de l'automne; elle paraît se plaire beaucoup sur les fonds qui sont au-dessus de Canteleu. Dans l'automne de 1798, une troupe d'Anguilles chiens remonta jusqu'au passage du Croisset : elle y resta trois ou quatre jours; et n'y trouvant pas apparemment une nourriture suflisante ou convenable, elle redescendit vers la mer, LA MURÈNE TACHETÉE. Miir.Tna maculata, Laccp. ; Mur.Tiia guttata. Liiin., Gmel. ET LA :\rURKNE MYRE. Murmna lon{];icollis, Ciiv,; Murrena Myrus, Lacep. Forskael a vu dans l'Arabie la murène tachetée, et en a publié le premier la descrip- tion. Celle murène a la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure, comme l'anguille, avec laquelle elle a d'ailleurs beaucoup de ressemblance; mais elle en diffère par une callosité placée entre les yeux, par le nombre des rayons de ses nageoires ainsi que de sa membrane branchiale, et par la disposition de ses couleurs. Elle est d'un verl DES POISSONS. 55 de mer, relevé par un grand nombre de taches noires ; el une tache plus grande est placée auprès de la tète, de chaque côté du corps. La myre habite dans une mer très-voisine des contrées dans lesquelles on a péché la tachetée : on la trouve dans la Méditerranée. Son museau est un peu pointu ; les bords des mâchoires et le milieu du palais sont garnis de deux ou trois rangées de petites dents presque égales; deux appendices très-courts et un peu cylindriques sont placés sur la lèvre supérieure. Plusieurs raies blanchâtres, les unes longitudinales et les autres trans- versales, régnent sur la partie supérieure de la tête. La nageoire du dos, celle de la queue et celle de l'anus, qui sont réunies, présentent une belle couleur blanche et un liseré d'un noir foncé. Telles sont du moins les couleurs que l'on remarque sur le plus grand nom- bre des myres : mais Forskael a fait connaître une murène qu'il regarde comme une variété de l'espèce que nous décrivons, et qui est d'un gris cendré sur toute sa surface. On a soupçonné que cette variété contenait dans sa léte un poison plus ou moins actif. Pour peu qu'on se souvienne de ce que nous avons dit au sujet des qualités vénéneuses des poissons, on verra sans peine de quelle nature devront être les observations dont cette variété sera l'objet, pour que l'opinion des naturalistes soit fixée sur la faculté malfaisante attribuée à ces murènes myres d'une couleur cendrée. Au reste, si l'existence d'un véritable poison dans quelque vaisseau de la tête de cette variété est bien constatée, il faudra, sans hésiter, la considérer comme une espèce différente de toutes les murènes déjà connues. LA MURÈNE CONGRE. Murœna Conger, Linn., Lacep. i. Le congre a beaucoup de rapports avec l'anguille : mais il en diffère par les proportions de ses diverses parties; par la plus grande longueur des petits appendices cylindriques placés sur le museau, et que l'on a nommés barbillons; par le diamètre de ses yeux, qui sont plus gros; par la nuance noire que présente presque toujours le bord supérieur de sa nageoire dorsale; par la place de cette nageoire, ordinairement plus rapprochée de la tête; par la manière dont se montre aux yeux la ligne latérale composée d'une longue série de points blancs ; par sa couleur, qui sur sa partie supérieure est blanche , ou cendrée, ou noire, suivant les plages qu'il fréquente, qui sur sa partie inférieure est blanche, et qui d'ailleurs offre fréquemment des teintes vertes sur la tête, des teintes bleues sur le dos, et des teintes jaunes sous le corps ainsi que sous la queue; par ses dimensions supé- rieures à celles de l'anguille, puisqu'il n'est pas très-rare de lui voir de trente à quarante décimètres de longueur, avec une circonférence de près de cinq décimètres, et que, suivant Gesner , il peut parvenir à une longueur de près de six mètres ; et enfin par la nature de son habitation, qu'il choisit presque toujours au milieu des eaux salées. On le trouve dans toutes les grandes mers de l'ancien et du nouveau continent; il est très-répandu surtout dans l'Océan d'Europe, sur les côtes d'Angleterre et de France, dans la Méditerranée, où il a été très-recherché des anciens, et dans la Propontide, où il l'a été dans des temps moins reculés. Ses œufs sont enveloppés d'une matière graisseuse très-abondante. Il est très-vorace; et comme il est grand et fort, il peut se procurer aisément l'aliment qui lui est nécessaire. La recherche à laquelle le besoin et la faim le réduisent, est d'ailleurs d'autant moins pénible, qu'il vit presque toujours auprès de l'embouchure des grands fleuves, où il se tient comme en embuscade pour faire sa proie et des poissons qui descendent des rivières dans la mer, et de ceux qui remontent de la mer dans les rivières. Il se jette avec vitesse sur ces animaux; il les empêche de s'échapper, en s'entortillant autour d'eux comme un ser- pent autour de sa victime; il les renferme pour ainsi dire dans un filet, et c'est de là que vient le nom de Filât (filet) qu'on lui a donné dans plusieurs départements méridionaux de France. C'est aussi de cette manière qu'il attaque et retient dans ses contours sinueux les poulpes ou sépies, ainsi que les crabes qu'il rencontre dépouillés de leur lét. Mais s'il est dangereux pour un grand nombre d'habitants de la mer, il est exposé à beaucoup d'ennemis : l'homme le poursuit avec ardeur dans les pays où sa chair est estimée; les très-grands poissons le dévorent; la langouste le combat avec avantage; et les muréno- phis, qui sont les murènes des anciens, le pressent avec une force supérieure. En vain, lorsqu'il se défend contre ces derniers animaux, emploie-t-il la faculté qu'il a reçue de 1 M. Cuvier forme dans le genre murène un sous-genre pour le congre et les espèces voisines, carac- térisées par leur dorsale qui commence assez près des pectorales. D. LACÉPllDr:. — TOMF. II. 1 54 HISTOIRE NATURELLE s'allacher loiloniont avec sa queue qu'il replie; en vain oppose-l-il par là une plus grande résistance àlamurénophis qui veut l'entraîner : ses eilbrts sont bientôt surmontés; et cette partie de son corps, dont il voudrait le plus se servir pour diminuer son infériorité dans une lulle trop inégale, est d'ailleurs dévorée, souvent dés la première approche, par la murénophis. On a pris souvent des congres ainsi mutilés, et portant l'empreinte dos dents acérées de leur ennemie. Au reste, on assure que la queue du congre se reproduit quel- quefois : ce qui serait une nouvelle preuve de ce que nous avons dit de la vitalité des poissons, dans notre premier Discours. Rcdi a trouvé dans plusieurs parties de l'intérieur des congres qu'il a disséqués, et, par exemple, sur la tunique externe de l'estomac, le foie, les muscles du ventre, la (unique extérieure des ovaires, et entre les doux tuniques de la vessie urinaire, des livdatidos à vessie blanche, de la grosseur d'une plume do coq, et de la longueur de vingl- cin(| à trente centimètres. Sur plusieurs côtes de l'Océan européen, on prend les congres par le moyen de plu- sieurs lignes longues chacune do cent trente ou cent quarante mètres, chargées, à une de leurs extrémités, d'un plomb assez pesant pour n'èlre pas soulevé par l'action de l'oau sur la ligne, et garnies de vingt-cinq ou trente piles ou cordes au bout de chacune dos- quelles sont un iiaim et un ajjpàl. Lorsqu'on veut faire sécher des congres pour les envoyer à des dislances assez grandes des rivages sur lesquels on les pèche, on les ouvre par-dessous, depuis la tète jusque vers l'extrémité de la queue; on fait des entailles dans les chairs trop épaisses ; on les lient ouverts par le moyen d'un bàlon qui va d'une extrémité à l'autre do l'animal ; on les sus- pend à l'air; et lorsqu'ils sont bien secs, on les rassemble ordiiiaironionl par paquets dont chacun pèse dix myriagrammes, ou environ. TRENTE-QUATRIEME GENRE. LES AMMODYTES. Une nageoire de l'anus; celle de la queue séparée de la nageoire de l'anus et de celle du dos ; la tète com- primée et plus étroite que le corps, la lèvre supérieure double : la mâchoire inférieure étroite et pointue, le corps très-allongé. ESPÈCE. CARACTÈRE. L'A.MMODYTE APPAT. | La nageoifc de la queue, fourchue. L'AMMODYTE APPAT. Ammodytcs tobianus. — Ammodytes alliciens, Laccp. i. On n'a encore inscrit que cette espèce dans le genre de l'ammodyle : elle a beaucoup de rapports avec l'anguille, ainsi qu'on a pu en juger par la seule énonciation des caractères dislinctifs de son genre; et comme elle a d'ailleurs l'habitude de s'enfoncer dans le sable des mers, elle a été appelée AncjuUle de sable en Suède, en Danemarck, en Angleterre, en Allemagne, en France, et a reçu le nom générique dWinniodijte, lequel désigne un animal qui plonge, pour ainsi dire, dans le sable. Sa tète comprimée, plus étroite que le corps, et pointue par devant, est l'instrument qu'elle emploie pour creuser la vase molle, et pénétrer dans le sable des rivages jusqu'à la profondeur de deux décimètres ou environ. Elle s'enterre ainsi par une habitude semblable à l'une de colles que nous avons remar- quées dans l'anguille, à laquelle nous venons de dire qu'elle ressemble par tant do traits ; et deux causes la portent à se cacher dans cet asile souterrain : non-seulement elle cherche dans le sable les dragonneaux et les autres vers dont elle aime t\ se nourrir, mais encore elle lâche de se dérober dans celte retraite à la dent de plusieurs poissons voraces, et particulièrement des scombres, qui la préfèrent à toute autre proie. De petits cétacées i Nos côtes nroduiscnt deux espèces d'ammodytes qui ont clé longtemps confondues : l" le lançon {A. tolnanus, VA.) à mâchoire inférieure très-pointue et maxillaires longs avec les pédicules des intér- maxillaircs très-courts, et à nageoire dorsale, commençant vis-à-vis la fin des pectorales; 2" l'équille (A. lunccu, l'enn.) à maxillaires plus courts, pédicules des intermédiaires plus longs, et à nageoire dorsale commençant vis-à-vis le milieu des pectorales. — Ils sont également communs sur nos côtes. Cuv., Règ. anim., t. II, p. 500, 2« édit. D. DES POISSONS. 33 même en font souvent leur aliment de choix ; et on a vu des dauphins poursuivre l'am- modyte jusque dans le limon du rivage, retourner le sable avec leur museau, et y fouiller assez avant pour déterrer et saisir le faible poisson. Ce goût très-marqué des scombres et d'autres grands osseux pour cet ammodyte le fait employer comme appât dans plusieurs pèches; et voilà U'où vient le nom spécifique que nous lui avons conservé. C'est vers le printemps que la femelle dépose ses œufs très-près de la côte. Mais nous avons assez parlé des habitudes de cette espèce : voyons rapidement ses principales formes. Sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure; deux os hérissés de petites dents sont placés auprès du gosier; la langue est allongée, libre en grande partie, et lisse ; l'orifice de chaque narine est double; les yeux ne sont pas voilés par une peau demi- transparente, comme ceux de l'anguille. La membrane des branchies est soutenue par sept rayons; l'ouverture qu'elle ferme est très-grande; et les deux branchies antérieures sont garnies, dans leur concavité, d'un seul rang d'apophyses, tandis que les deux autres en présentent deux rangées. On voit de chaque côté du corps trois lignes latérales; mais au moins une de ces trois lignes paraît n'indiquer que la séparation des muscles. Les écailles qui recouvrent l'ammodyte appât sont très-petites; la nageoire dorsale est assez haute, et s'étend presque depuis la tète jusqu'à une très-petite distance de l'extrémité de la queue, dont l'ouverture de l'anus est plus près que de la tète. Le foie ne parait pas divisé en lobes ; un cœcum ou grand appendice est placé auprès du pylore; le canal intestinal est grêle, long et contourné, et la surface du péritoine parsemée de points noirs. On compte ordinairement soixante-trois vertèbres avec lesquelles les côtes sont légè- rement articulées; ce qui donne à l'animal la facilité de se plier en différents sens, et même de se rouler en spirale, comme une couleuvre. Les intervalles des muscles présen- tent de petites arêtes qui sont un peu appuyées contre l'épine du dos. La chair est peu délicate. La couleur générale de l'ammodyte appât est d'un bleu argentin, plus clair sur la partie inférieure du poisson que sur la supérieure. On voit des raies blanches et bleuâtres placées alternativement sur l'abdomen; et une tache brune se fait remarquer auprès de l'anus. TRENTE-CINQUIE3IE GENRE. LES OPHIDIES. La tête couverte do grandes pièces écail/euscs, le corps et la queue comprimes en forme de lame, et garnis de petites écailles, la membrane des branchies très-large, tes nageoires du dos, de la queue et de l'anus réunies. PRK3IIER SOUS-GENRE. Des barbillons aux mâchoires. ESPÈCES. CARACTÈRES. •1, L'Ophidie I Quatre barbillons à la mâchoire inférieure; la mâchoire supérieure plus avancée BARBU, I que l'inférieure. SECOND SOUS-GENRE. Point de barbillons aux mâchoires. l. L UPHiDiE i j^g naeeoire de la queue un peu arrondie. IMBERBE. ^ O l r 3. L'Ophidie 1 Une ou plusieurs cannelures longitudinales au-dessus du museau ; la nageoire de uiVERNAK. ( la queue pointue; la mâchoire inférieure un peu plus avancée que la supérieure. 4. b6 HISTOIRE NATURI'LLl' L'OPHIDIE BARBU. Ophidium barbatuni, Bl., Lacep.. Ciiv. L'OPHIDIE IMBERBE. Ophidium imberbe, Linn.. Sch., Lacep. i. ET L'OPHIDIE rXERNAK. Ophidium Uncrnak. Lacep. 2. C'est au milieu des eaux salées qu'on rencontre les opliidies. Le bai bu liabile parlicu- licrement dans la mer Rouge et dans la Méditerranée, dont il fréquente même les rivages soplenlrionaux. Il a beaucoup de lossemblance, ainsi que les autios espèces de sou genre, avec les muiènes el les ammodytes : mais la réunion des nageoii es du dos, do la queue et de l'anus, sullirail pour qu'on ne confondit pas les opliidies avec les amniodyles; et les traits génériques que nous venons d'exposer à la tète du tableau méthodique du genre que nous décrivons. séi)arcnl ce même genre de celui des muiènes. Pour achever de don- ner une idée netic de la conformation du barbu, nous pouvons nous contenler dajouter aux caractères génériques, sous-génériques et spécifiques, que nous avons tracés dans cette lable méthodique des opliidies que le barbu a les yeux voilés par une membrane demi-lransparente, comme les gymnotes, les murènes et d'autres poissons; que sa lèvre supérieure est double et épaisse; que l'on voit de petites dents à sa mâchoire, sur son palais, auprès de son gosier; que sa langue est étroite, courte et lisse; que sa membrane branchiale présente sept rayons : que sa ligne latérale est droite, el que l'anus est plus près de la tète que du bout de la queue. Quant à ses couleurs, en voici l'ordre et les nuances. Le corps et la queue sont d'un argenté mêlé de teintes couleur de chair, relevé sur le dos par du bleuâtre, et varié par un grand nombre de petites taches. La ligne latérale est brune; les nageoires pectorales sont également brunes, mais avec un liséré gris; et celles du dos, de l'anus et de la queue sont ordinairement blanches et bordées de noir. Cet ophidie a la chair délicate, aussi bien que l'imberbe. Ce dernier, qui n'a pas de barbillons, ainsi qu'on peut le voir sur le tableau méthodique de son genre, et comme son nom l'indique, est d'une couleur jaune. On le trouve non-seulement dans la Méditerranée, où' on le pèche particulièrement auprès des côtes méridionales de Franco, mais encore dans l'Océan d'Europe, et même auprès de rivages très-septentrionaux. C'est vers ces mêmes plages boréales, et jusque dans la mer du Groenland, quhabite l'unernak dont on doit la connaissance au naturaliste Othon Fabricius. Sa couleur n'est ni argentée comme celle du barbu, ni jaune comme celle de l'imberbe, mais d'un beau vert que l'on voit régner sur toutes les parties de son corps, excepté sur les nageoires du dos, de l'anus, de la queue, et le dessous du ventre, qui sont blancs. Ses mâchoires sont sans barbillons, comme celles de l'imberbe; sa tète est large, ses yeux sont gros; l'ouverture de sa bouche est très-grande. Il est très-bon à manger comme les autres opliidies : mais comme il passe unegrandepartiede saviedanslahautemer,onlerencoiitre plus rarement. Il parvient aux dimensions de plusieurs gades, avec lesquels on l'a souvent comparé, et par conséquent devient plus grand que le baibu, dont la longueur n'est ordinairement que de trois à quatre décimètres. TRENTE-SIXIÈME GENRE. LES iMACROGNATHES 5. La mâchoire supérieure tr'es-nvancéc cl en forme de trompe, le corps et In queue comprimes comme une tome y les nageoires du dus el de l'anus distinctes de celle de la queue. espèces. caractères. 1. Le Macuocna- ( „ . . .,, , , , • , , THE AiGiii-LiiNNÉ. | V"" i"i'ze aiguilloiis au-dcvanl de la nageoire dvi dos. 2. Le JIacro(;.na- J ..... , , , . , THE AHMÉ. ) ireiilc trois aiguillons au-devant de la nageoire du dos. 1 M. Cuvior dit qu'il ne connaît pas VOfihldintn imberbe des naturalistes du Nord, mais qu'il le croit voisin des anguilles. Quant à VOiiliidimn iinb( rbc de Linnéc, il le range avec les Fierasl'ers, qui forment un sous-genre dans son genre Don/elle. I). 2 Ce poisson n'est pas cité par AL Cuvicr. D. r> Les Macrognathes de M. de Lacépcdc composent, pour M. Cuvier, un sous-genre de son genre Rui.NCHOBDELLE. Règ. auim., t. Il, p. 2(li, 2«' édit. D. DES POISSONS. 57 LE MACROGNATHE AIGUILLOxNNÉ. Macrognalhus aculeatus, Lacep. ; Rhinchobdellaorientalis, Bl.. Schn., Cuv. ; Ophidium aculeatum, Bl. Ce nom générique de MacrognatJie, qui signifie longue mâchoire, désigne le très-grand allongement de la mâchoire supérieure de l'espèce que nous allons décrire, et que nous avons cru devoir séparer des ophidies, non-seulement à cause de sa conformation qui est très-différente de celle de ces derniers osseux, mais encore à cause de ses habitudes. En effet, les ophidies se tiennent au milieu des eaux salées, et l'aiguillonné habite dans les eaux douces : il y vit des petits vers et des débris de corps organisés qu'il trouve dans la vase du fond des lacs ou des rivières. Sa mâchoire supérieure lui donne beaucoup de faci- lité pour fouiller dans la terre humectée et y chercher sa nourriture : elle est un peu pointue et extrêmement prolongée; aussi a-t-elle été comparée à une sorte de trompe. Le docteur Bloch, qui a examiné et décrit avec beaucoup de soin un individu de cette espèce, n'a vu de dents ni à cette mâchoire supérieure, ni à l'inférieure, ni au palais, ni au gosier; ce qui s'accorde avec la nature molle des petits animaux sans défense, ou des parcelles végétales ou animales que recherche l'aiguillonné. L'opercule des branchies n'est composé que d'une lame. Au-devant de la nageoire du dos, on voit une rangée longitudi- nale de quatorze aiguillons recourbés, et séparés l'un de l'autre; et deux autres aiguil- lons semblables sont placés entre la nageoire de l'anus et l'ouverture du même nom, qui est plus loin de la tête que du bout de la queue. D'ailleurs les couleurs de l'animal sont agréables; sa partie supérieure est rougeâtre, et l'inférieure argentée. Les nageoires pectorales sont brunes à leur base, et violettes dans le reste de leur surface. Celle du dos est rougeâtre, variée de brun, et remarqua- ble par deux taches rondes, noires, bordées de blanchâtre, et semblables à une prunelle entourée de son iris. La nageoire de l'anus est rougeâtre avec un liséré noir; et un bleu nuancé de noir règne sur la nageoire de la queue, qui est un peu arrondie. La chair de l'aiguillonné est très-bonne à manger. On le pêche dans les grandes Indes Il parvient ordinairement à la longueur de seize à vingt et un centimètres. LE MACROGNATHE ARMÉ. Macrognalhus armatus, Lacep. ; Rliincliobdella polyacantha, Bl., Sclin. Nous avons trouvé un individu de cette espèce encore inconnue aux naturalistes, dans une collection de poissons desséchés cédée par la Hollande à la France avec un grand nombre d'autres objets précieux d'histoire naturelle. Elle diffère de l'armé par plusieurs traits de sa conformation et par sa grandeur : l'individu que nous avons décrit était long de près de trente-six centimètres tandis que l'aiguillonné n'en a communément qu'une vingtaine de longueur totale. La mâchoire supérieure est façonnée eu trompe ; mais elle n'est pas aussi prolongée que dans l'aiguillonné; elle ne dépasse l'inférieure que de la moitié de sa longueur. Les deux mâchoires sont garnies de plusieurs rangs de très-petites dents, et l'aiguillonné n'en a ni aux mâchoires, ni au gosier, ni au palais. On voit un piquant auprès de chaque œil de l'armé, et trois piquants à chacun de ses opercules. Au lieu de quatorze rayons recourbés, on en compte trente-trois au-devant de la nageoire du dos, et chacun de ces aiguillons disposés en série longitudinale est renfermé en partie dans une sorte de gaîne. Les nageoires du dos et de l'anus ne sont pas séparées par un grand intervalle de celle de la queue, comme dans l'aiguillonné; mais elles la touchent immédiatement, et n'en sont distinguées que par une petite échancrure dans leur mem- brane. L'état dans lequel était l'individu que nous avons examiné, ne nous a pas permis de compter exactement le nombre des rayons de ses nageoires : mais nous en avons trouvé plus de soixante-dix dans celle du dos, et plus de vingt dans chaque pectorale; et cepen- dant le docteur Bloch n'en a vu que seize dans chacune des pectorales de l'aiguillonné, et cinquante et un dans la nageoire dorsale de ce dernier macrognathe. Au reste, l'armé a, comme l'espèce décrite par le docteur Bloch, deux aiguillons recour- bés au devant de la nageoire de l'anus. Nous ignorons dans quel pays vit le macrognalhe armé. 58 HISTOIRE NATURELLE TRENTE-SEPTIÈME GENRE. LES XIPHIAS. La mâchoire supérieure prolongée en forme de lame ou d'êpée, el d'une longueur au moins égale au tiers delà longueur totale de l'animal. ESPÈCES. CARACTÈRES. 1. Le Xipnus ( La urolongalion du museau, plate, sillonnée par-dessus et par-dessous, et tran- ESPAUON. \ clianto sur SCS Loids. 2. Le Xiphias | La prolongation du museau, convexe par dessus, non sillonnée, et émoussée sur ses ÉPÉE. ( bords. LE XIPHIAS ESPADON. Xiphias Gladius, Linn., Bl., Lacep., Cuv. Voici un de ces géants de la mer, de ces émules de plusieurs cétacées dont ils ont reçu le nom, de ces dominateurs de l'Océan qui réunissent une grande force à des dimensions très-étendues. Au premier aspect, le xiphias espadon nous rappelle les grands acipen- sères, ou plutôt les énormes squales et même le terrible requin. Il est l'analogue de ces derniers; il tient parmi les osseux une place semblable à celle que les squales occupent parmi les cartilagineux; il a reçu comme eux une grande taille, des muscles \igoureux, un corps agile, une arme redoutable, un courage intrépide, tous les attributs de la puis- sance; et cependant tels sont les résultats de la différence de ses armes à celles du requin et des autres squales, qu'abusant bien moins de son pouvoir, il ne porte pas sans cesse autour de lui, comme ces derniers, le carnage et la dévastation. Lorsqu'il mesure ses forces contre les grands habitants des eaux, ce sont plutôt des ennemis dangereux pour lui qu'il repousse, que des victimes qu'il poursuit. Il se contente souvent pour sa nourri- ture, d'algues et d'autres plantes marines ; et bien loin d'attaquer et de chercher à dévo- rer les animaux de son espèce, il se plaît avec eux; il aime surtout à suivre sa femelle, lors même qu'il n'obéit pas à ce besoin passager, mais impérieux, que ne peut vaincre la |)lus hoirible férocité. Il paraît donc avoir et des habitudes douces et des affections vives. On peut lui supposer une assez grande sensibilité, et si l'on doit comparer le requin au tigre, le xiphias peut être considéré comme l'analogue du lion. Mais les effets de son organisation ne sont pas seuls remarquables; sa forme est aussi très-digne d'attention. Sa tête surtout frappe par sa conformation singulière. Les deux os de la mâchoire supéiieure se prolongent en avant, se réunissent et s'étendent de manière que leur longueur égale à peu près le tiers de la longueur totale de l'animal. Dans cette prolongation , leur matière s'organise de manière à pi'ésenter un grand nombre de \)c[\\s cylindres, ou plutôt de petits tubes longitudinaux; ils forment une lame étroite el plate, qui s'amincit et se rétrécit de plus en plus jusqu'à son extrémité, et dont les bords sont tranchants comme ceux d'un espadon ou d'un sabre antique. Trois sillons longitudinaux régnent sur la surface supérieuie de cette longue lame, au bout de laquelle parvient celui du milieu; et l'on aperçoit un sillon semblable sur la face inférieure de cette même pro- longation. Une extension de l'os frontal, triangulaire, pointue el très-allongée, concourt à la formation de la face supérieure de la lame, en s'étendanl entre les deux os maxillaires, au moins jusque vers le tiers de la longueur de cette arme; cl sur la face inférieure de cette lame osseuse, on voit une extension analogue et également triangulaire des os pala- tins s'avancer entre les deux os maxillaires, mais moins loin que l'extension pointue de l'os frontal. Ce sabre à deux tranchants est d'ailleurs revêtu d'une peau légèrement cha- grinée. La mâchoire inférieure est pointue par devant; et sa longueur égalant le tiers de la lon- gueur de la lame tubulée, c'est-à-dire le neuvième de la longueur totale de l'animal, il n'est pas surprenant que l'ouverture de la bouche soi! grande; ses deux bords sont gar- nis d'un nombre considérable de petits tubercules très-durs, ou plutôt de petites dents tournées vers le gosier, auprès duquel sont quelques os hérissés de pointes. La langue est forte et libre dans ses mouvements. Les yeux sont saillants, el l'iris est verdàtre. L'espadon a d'ailleurs le corps el la queue très-allongés. L'orifice des branchies est grand, et son opercule composé de deux pièces; sept ou huit rayons soutiennent la mem- brane bram hialc. Los nageoires sont en forme de faux, excepté celle do la queue, qui est DES POISSONS. 89 en croissant. Une membrane adipeuse placée au-dessous d'une peau mince , couvre tout le poisson. La ligne latérale est pointillée de noir : celte même couleur règne sur le dos de l'ani- mal dont la partie inférieure est blanche. Les nageoires pectorales sont jaunâtres; celle du dos est brune ; et toutes les autres présentent un gris cendré. L'espadon habile dans un grand nombre de mers. On le trouve dans l'Océan d'Europe, dans la Méditerranée, et jusque dans les mers australes. On le rencontre aussi entre l'Afrique et l'Amérique : mais, dans ces derniers parages, sa nageoire du dos paraît être constamment plus grande et tachetée; et c'est aux espadons, qui, par les dimensions et les couleurs de leur nageoire dorsale, composent une variété plus ou moins durable, que l'on doit, ce me semble, rapporter le nom brasilien de Gtiehucu. Les xiphias espadons ont des muscles très-puissants : leur intérieur renferme de plus une grande vessie natatoire; ils nagent avec vitesse; ils peuvent atteindre avec facilité de très-grands habitants de la mer. Parvenus quelquefois à la longueur de plus de sept mètres, frappant leurs ennemis avec un glaive pointu et tranchant de plus de deux mètres, ils mettent en fuite, ou combattent avec avantage les jeunes et les petils cétacées, dont les téguments sontaisément traversés parleur arme osseuse, qu'ils poussentavecviolence, qu'ilsprécipKent avec rapidité, et dont ils accroissent la puissance de toute celle de leur masse et de leur vitesse. On a écrit que dans les mers dont les côtes sont peuplées d'énormes crocodiles, ils savaient se placer avec agilité au-dessous de ces animaux cuirassés, et leur percer le ventre avec adresse à l'endroit où les écailles sont le moins épaisses et le moins fortement attachées. On pourrait même, à la rigueur, croire, avec Pline, que lorsque leur ardeur est exaltée, que leur instinct est troublé, ou qu'ils sont le jouet de vagues furieuses qui les roulent et les lancent, ils se jettent avec tant de force contre les bords des embar- cations que leur arme se brise, et que la pointe de leur glaive pénètre dans l'épaisseur du bord, et y demeure attachée, comme on y a vu quelquefois également implantés des frag- ments de l'arme dentelée du squale scie, ou de la dure défense du narval. Malgré celle vitesse, cette vigueur, cette adresse, cette agilité, ces armes, ce pouvoir, l'espadon se contente souvent, ainsi que nous venons de le dire, d'une nourriture purement végétale. Il n'a pas de grandes dents incisives ni laniaires, elles rapports de l'abondance et de la nature de ses sucs digestifs avec la longueur et la forme de son canal intestinal, sont tels, qu'il préfère fréquemment aux poissons qu'il pourrait saisir, des algues et d'autres plantes marines : aussi sa chair est-elle assez communément bonne à manger, et même très-agréable au goût; aussi, lorsque la présence d'un ennemi dangereux ne le contraint pas à faire usage de sa puissance, a-t-il des habitudes assez douces. On ne le i-enconlre presque jamais seul : lorsqu'il voyage, c'est quelquefois avec un compagnon, et |)resque toujours avec une compagne; et cette association par paires prouve d'autant plus que les espadons sont susceptibles d'all'ection les uns pour les autres, qu'on ne doit pas supposer qu'ils sont réunis pour atteindre la même proie ou éviter le même ennemi, ainsi qu'on peut le croire de l'assemblage désordonné d'un très-grand nombre d'animaux. Un sentiment dilTérent de la faim ou de la crainte peut seul, en produisant une sorte de choix, faire naître et conserver cet arrangement deux k deux; et de plus leur sensibilité doit être considérée comme assez vive, puisque la femelle ne donne pas le jour à des petits tout formés, que par conséquent il n'y a pas d'accouplement dans cette espèce, que cette même femelle ne va déposer ses œufs vers les rivages de l'Océan que lors de la lin du prin- temps ou au commencement de l'été, et que cependant le mâle suit fidèlement sa compa- gne dans toutes les saisons de l'année. La saveur agréable et la qualité très-nourrissante de la chair de l'espadon font que dans plusieurs contrées on le pêche avec soin. Souvent la recherche qu'on fait de cet animal est d'autant plus infructueuse, qu'avec son long sabre il déchire et met en mille pièces les filets par le moyen desquels on a voulu le saisir. Mais d'autres fois, et dans cer- tains temps de l'année, des insectes aquatiques s'attachent à sa peau au-dessous de ses nageoires pectorales, ou dans d'autres endroits d'où il ne peut les faire tomber, malgré tous ses efforts; et quoiqu'il se frotte contre les algues, le sable ou les rochers, ils se cramponnent avec obstination, et le font souffrir si vivement, qu'agité, fu- rieux, en délire comme le lion et les autres grands animaux terrestres sur lesquels se précipite la mouche du désert, il va au-devant du plus grand des dangers, se jette au milieu des filets, s'élance sur le rivage, ou s'élève au-dessus de la ^urface^de l'eau, et retombe jusque dans les barques des pêcheurs, /^ 'iiS^y'^^^^L 60 HISTOIRE NATURELLE LE XIPHIAS ÉPÉE. Xiphias Ensis, Lacep. La description de celle espèce n'a encore été publiée par aucun naturaliste. Nous n'avons vu de ce poisson que la partie antérieure de la fête ; mais comme c'est dans cette portion du corps que sont placés les caractères distinctifs des xiphias, nous avons pu rap- porter l'épée à ce genre, et comme d'ailleurs celte même partie antérieure ne nous a pas seulement présenté les formes particulières à la famille dont nous nous occupons, mais nous a montré de plus des traits remarquables et très-différents de ceux de l'espadon, nous avons dû séparer de cette dernière espèce l'animal auquel avait appartenu cette portion, et nous avons donné le nom d'Epee à ce xiphias encore inconnu. Voici les grandes différences qui distinguent l'épée de l'espadon, et qui suffiraient seules pour empêcher de les réunir, quand bien même le corps et la queue de l'épée seraient entièrement semblables à la queue el au corps de l'espadon. Dans ce dernier animal, la prolongation est plate : elle esl convexe dans l'épée. L'arme de l'espadon est aiguë sur ses bords comme un sabre à deux tranchants : celle de l'épée est trés-arrondie le long de ses côlés, el par conséquent n'est point propre à tailler ou couper. La lame de l'espadon est très-mince : la défense de l'épée esl presque aussi épaisse, ou, ce qui est ici la même chose, presque aussi haute que large. On voit trois sillons longitudinaux sur la face supérieure du sabre de l'espadon, et un sillon également longitudinal sur la face inférieure de ce même sabre; on n'aperçoit de sillon sur aucune des surfaces de la prolongation osseuse de l'épée. Une extension de l'os frontal , pointue et triangulaire, s'avance au milieu des os maxil- laires supérieurs de l'espadon, jusqu'au delà de sa mâchoire inférieure : une extension analogue n'est presque pas sensible dans l'épée. Une seconde extension pointue el triangulaire, appartenant aux os intermaxillaires, se prolonge dans l'espadon sur la face inférieure de l'arme, mais ne va pas jusqu'au-dessus du bout de la mâchoire inférieure : dans l'épée elle dépasse de beaucoup cette dernière extrémité. La peau qui couvre la lame de l'espadon esl légèrement chagrinée : celle qui revêt la défense de l'épée présente dos grains bien plus gros ; et sous les os maxillaires, à l'endroit qui répond à la mâchoire inférieure, les tubercules de celle peau se changent, pour ainsi dire, en petites dents recourbées vers le gosier. Voilà donc sept différences qui ne permettent pas de rapporter à la même espèce l'es- padon et l'épée. Il peut d'ailleurs résulter de celte diversité dans la forme des armes, une variété assez grande dans les habitudes, une espèce ayant un glaive qui tranche et coupe, et l'autre espèce une épée qui perce et déchire. Au reste, la portion de la tête d'un xiphias épée, qui nous a montré la conformation que nous venons d'exposer, fait partie de la collection du 3Iuséum d'histoire naturelle. TRENTE-HUITIEME GENRE. LES MÂKAm.\S 1. Lu mûc/ioire supérieure prolongée en forme de lame ou d'èpêe, et d'une longueur égale au cinquième ou tout (III )iliis un (juiirt de la lotigueur lolale de ranimai] deux boucliers osseux et lancéolés, de chaque côté de rextri'milé de la queue; deux nageoires dorsales. ESPÈCES. CARACTÈRES. Le Makaira noi- I La première nageoire du dos Irès-grande; les deux doisalcs et l'anale, triangulaires} RATRE. ) la caudale grande et en croissant. LE MAKAIRA NOIRATRE. Makaira nigricans, Lacep., Cuv.; Xipliias makaira, Sliaw. Ce poisson esl digne de l'attention des naturalistes qui ne le connaissent pas encore. Il doit être compté parmi les grands habitants de la mer. L'individu dont nous avons fait I M. Cuvicr admet li' mukaira comme un sous-genre dans le genre Espadon. DES POISSONS. 61 graver la figure, avait trois mètres et près de trois décimètres de longueur, sur une hau- teur d'un mètre. Le makaira doit jouir d'ailleurs d'une puissance redoutable. Ses mouve- ments doivent être prompts; le nombre de ses nageoires, leur étendue, et la forme de sa queue, lui donnent une natation rapide; et, [comme lesxiphias, à côté desquels il faut le placer, il porte, à l'extrémité de sa mâchoire supérieure, une arme dangereuse, une épée qui perce et qui frappe. Ce glaive est sans doute plus court que celui des xiphias, à pro- portion des dimensions principales de l'animal; mais il est peut-élie plus fort; et nous voyons ainsi réunies dans le makaira, la taille, la vitesse, l'adresse, les armes, la vigueur, tout ce qui peut donner l'empire, et même faire exercer une tyrannie terrible sur les fai- bles habitants de l'Océan. Il est surprenant qu'avec tous ces attributs, et surtout avec son grand volume, le makaira noirâtre n'ait jamais été remarqué par un observateur, d'autant plus que cette espèce ne paraît pas habiter loin des côtes occidentales de France. Vraisemblablement il aura été vu très-souvent, mais confondu avec un xiphias. Quoi qu'il en soit, l'individu dont nous avons fait graver un dessin, avait été jeté très-récemment par une tempête sur un rivage de la mer, voisin de La Rochelle, où il a fait l'élonnement des pêcheurs et l'admira- tion des curieux. On lui a donné, je ne sais pourquoi, le nom de Makaira, dont nous avons fait son nom générique. M. Traversay, sous-préfet de la Rochelle, qui est venu à Paris peu de temps après que cet énorme poisson a échoué sur la côte, a eu la complaisance de m'apporter un dessin de cet animal, et une note qui renfermait, avec quelques particula- rités sur cet osseux, l'indication des principales dimensions de cet apode, que l'on avait mesuré avec exactitude i. Ce makaira pesait trois cent soixante-cinq kilogrammes. Des habitants de Tile de Ré en ont mangé avec plaisir. Sa chair était cependant un peu sèche. La mâchoire inférieure n'atteignait qu'au milieu de la longueur de la mâchoire supé- rieure. On ne voyait pas de dents. Le sommet de la tête était élevé et arrondi; l'œil gros et rond; l'opercule arrondi par derrière, et composé de deux pièces; chaque pectorale très-étroite, mais presque aussi longue quelamâchoired'en haut. L'animal pouvait incliner et replier sa première dorsale; et lorsque cette nageoire était couchée le long du dos, elle ne saillait plus que de deux décimètres. L'étendue de l'anale égalait à peu près celle de la seconde nageoire du dos. Les deux boucliers osseux qui revêtaient chaque côté de l'extré- mité de la queue, étaient placés l'un au-dessus de l'autre, et avaient chacun sa pointe tournée vers la tête. TRENTE-NEUVIEME GENRE. LES ANARHIQUES. Le museau arrondi , plus de cinq dents coniques à clmque mAcltoire , des dents mo'aires en fiant et en bas, une longue nageoire dorsale. ESPÈCES. CARACTÈRES. NARHiQUE l Qyjj(j,g Qj maxillaires à chaque mâchoire; les dents osseuses et très-dures. NARHiQiiE i Huit dents cartilagineuses et très-aiguës à la partie antérieure de chaque mâchoire, KARRAK. ( 3. L'AxARHiQUE ( Les lèvres douhles; la nageoire de la queue un peu lancéolée; des taches rondes et PANTHÉRm. ( brunes sur le corps et la queue. 1 Principales dimensions du makaira noirâtre. centimètres. Longueur totale 330 Longueur de la mâchoire supérieure 6.") Hauteur de la première dorsale ■ 62 Longueur de chaque pectorale 62 Hauteur de la .seconde dorsale 2i Longueur de chaque bouclier osseux 6 Longueur du côté le plus long de la nageoire de l'anus •if Distance d'une pointe du croissant formé par la caudale à l'autre point du même croissant. 130 Nota. — Je reçois de M. Fleuriau-Bellevue de La Rochelle, une note que M. Lamot*», le fils a bien voulu lui remettre pour moi, et par laquelle ce dernier observateur, qui demeure à Ars dans l'ile de Ré, m'apprend que le palais du makaira est extrêmement rude, que la chair de ce poisson est blanche, et que sa défense ou son épée est unie, sans sillons, arrondie sur ses bords, et que la partie osseuse de cette arme a quelques rapports avec l'ivoire. G2 HISTOIRE NATURELLE L'ANARIIIQUE LOUP. Anarhichas Lupus, Linn., Bl., Cuv., Lacep. Ce poisson peut figurer avec avantage à côté du xiphias, et par sa force, et par sa gran- deur. II parvient quelquefois, au moins dans les mers très-profondes, jusqu'à la longueur de cinq mètres; et s'il n'est point armé d'un glaive comme l'espadon et Tépée, s'il ne parait pas se mouvoir au milieu des ondes avec autant d'agilité que cesderniers animaux, il a reçu des dents redoutables et par leur nombre, et par leur forme^ et par leur dureté; il présente même des moyens plus puissants de destruction quele xiphias, et il nage avec assez de vitesse pour atteindre facilement sa proie. Son organisation inférieure lui donne d'ailleurs une très-grande voracité. Féroce comme les squales, terrible pour la plupart des habitants des mers, vrai loup de l'Océan, il porte le ravage parmi le plus grand nombre de poissons, comme la bête sauvage dont il a reçu le nom, parmi les troupeaux sans dé- fense; et bien loind'olfrir ces marques d'une affection douce, cette durée dans rattache- ment, ces traits d'une sorte de sociabilité que nous avons vus dans le xiphias, il montre, par l'usage constant qu'il fait de ses armes, tous les signes de la cruauté, et justifie le nom de Ravisseur qui lui a été donné dans presque toutes les contrées et par divers obser- vateurs. Son corps et sa queue sont allongés et comprimés : aussi nage-t-il en serpentant comme les trichiures, ou plutôt comme les murènes et le plus grand nombre de poissons de l'ordre que nous examinons; et c'est vraisemblablement parce que les diverses ondu- lations de son corps et de sa queue lui permettent quelquefois, et, pendant quelques mo- ments, de ramper comme l'anguille, et de s'avancer le long des rivages, qu'il a été appelé Grimpeur par quelques naturalistes. Sa peau est forte, épaisse, gluante, ainsi que celle de l'anguille; ce qui lui donne la facilité de s'échapper comme cette murène, lorsqu'on veut le saisir; et les petites écailles dont ce tégument est revêtu, sont attachées à celte peau visqueuse, ou cachées sous l'épiderme, de manière qu'on ne peut pas aisément les distinguei'. La tête de l'anarhique que nous décrivons, est grosse, le museau arrondi, le front un peu élevé, l'ouverture de la bouche très-grande; les lèvres sont membraneuses, mais fortes, et les mâchoires d'autant plus puissantes, que chacune de ces deux parties de la tête est composée, de chaque côté, de deux os bien distincts, grands, durs, solides, réunis par des cartilages, et s'arc-boutanl mutuellement. C'est au-devant de ces doubles mâchoires qu'on voit, tant en haut qu'en bas, au moins six dents coniques propres à couper ou plutôt à déchirer, divergentes, et cependant ressemblant un peu, par leur forme, leur volume et leur position, à celles du loup et de plusieurs autres quadrupèdes carnassiers. On voit d'ailleurs cinq rangs de dents molaires supérieures, plus ou moins irrégulières, plus ou moins convexes, et trois rangs de molaires inférieures semblables. La langue est courte, lisse, et un peu arrondie à son extrémité. Les yeux sont ovales. Il résulte donc de renscmblc de toutes ces formes que présente la tête de l'anarhique loup, que lorsque la gueule est ouverte, cette même tête a beaucoup de rapports avec celle de quelques quadrupèdes, et |)articuliérement de plusieurs phoques; et voilà donc cet anarhique rapproché des mammifères carnassiers, non-seulement par ses habi- ludes, mais encore par la nature de ses armes et par ses organes extérieurs les plus re- marquables. Au reste, comment le loup ne serait-il pas compris parmi les dévastateurs de l'Océan ? Il montre ces dents teriibles avec lesquelles une proie est si facilement saisie, retenue, 'liné et assez court , chaque côté de l'animal représeiilanl une sorte de rhoinbc , des aiguillons ou rayons non articulés aux nageoires du dos et de fanus ESPÈCE. CARACTÈRES. Le Rhombe alé- ( Le corps dénué d'écaillés facilement visibles; les nageoires du dos et de l'anus, en piDOTE. ( forme de faux. LE RHOMBE ALÉPIDOTE. Rhombus alepidotus, Lacep. 2. Ce poisson, que le docteur Garden avait envoyé de la Cai'oline à Linnée, et que l'il- lustre naturaliste de Suède a fait connaître aux amis des sciences, a été inscrit jusqu'à présent dans le genre des chétodons : mais, indépendamment de plusieurs autres traits qui le séparent de ces derniersosseux, l'absence de nageoires inférieures placéesau-devant de l'anus, non-seulement l'écarté du genre des chétodons, mais oblige à ne pas le placer dans le même ordre que ces thoracins, et à le comprendre dans celui des apodes dont nous nous occupons. Nous l'y avons mis à la suite des stromatées, avec lesquels la très- grande compression, la hauteur et la brièveté de l'ensemble formé par son corps et par 1 Ces trois poissons sont des pamples ou vrais stromatées pour M. Cuvier, qui rapporte au dernier la planche J(iO de Bloch, que M. oc Laccpèdc plaçait dans la synonymie du Stromatée noir. D. 2 Le genre Rhombus de M. de Lacépède est réuni au sous-genre Peprilus du genre Stromatée, par M. Cuvier. D. 68 HISTOIRE NATURELLE sa queue, lui donnent beaucoup de rappoiis. Il en dill'ere cependanl par plusieurs carac- tères, et notamment par la figure rhomboïdale des faces latérales, qui sont ovales dans les stromatées, et par la nature de plusieurs rayons de la nageoire du dos ou de celle de l'anus, dans lesquelles on ne remarque aucune articulation, et qui sont de véritables ai- guillons. La peau de l'alépidote ne présente d'ailleurs aucune écaille facilement visible ; et cette sorte de nudité qui lui a fait attribuer le nom de .V^/rf, ainsi que celui que j'ai cru devoir lui conserver, empêcherait seule de le confondre avec les stromatées, et lui donne une nouvelle ressemblance avec les cécilies, les gymnotes, les murènes et plusieurs autres apodes de la première division des osseux. Ses mâchoires ne présentent qu'un seul rang de dents; on voit de chaque côté de l'ani- mal deux lignes latérales, dont la supérieure suit le contour du dos, et dont l'inférieure est droite, et parait indiquer les intervalles des muscles. Les nageoires du dos et de l'anus sont placées au-dessus l'une de l'autre, et offrent la forme d'une faux; celle de la queue est fourchue. Le rhombe alépidote est bleuâtre dans sa partie supérieure. Nous ignorons si on le trouve dans quelque autre contrée que la Caroline. SUPPLEMENT AU TABLEAU DU GENRE DES CYCLOPTÈRES. PRE5I1ER SOUS-GENRE. Les nageoires du dos, de la queue et de /'anus, séparées l'une de faulre. ESPÈCE. CARACTÈRES. iCinq rayons à la membrane des branchies; trcnlc-cinq raj'ons à la dorsale; les deux mâchoires presque également avancées, et garnies l'une et l'autre de dents très- fines et très-rapprochées; rouverture de l'anus assez grande, et plus voisine de la tète que de la caudale; la peau dénuée d'écaillés facilement visibles; la couleur d'un gris roux et clair vers la tète, et d'un gris brun vers rcxtrémilc de la queue. LE CYCLOPTÈRE SOURIS. CyclopterusMusculus, Lacep. M. Noël nous a envoyé une note très-délaillée sur cecycloptère. Cet habile observateur a péché plusieurs individus de cette espèce dans les parcs de la digue de l'Eure, auprès du Havre. La souris, que l'on prend ordinairement pendant l'automne, a un décimètre de longueur sur vingt-cinq millimètres de largeur. La tête est plus large que haute. La langue occupe une grande partie de la gueule. Le palais est lisse; mais on voit auprès du gosier deux os garnis de petites dents. Les yeux sont petits et ronds. L'ouverture de chaque narine est ovale. Une peau molle recouvre chaque opercule, qui se prolonge vers la queue en appendice émoussé. Le corps cl la queue sont revêtus d'une peau très-souple. Une petite gouttière, légèrement creusée, est située sur la nuque. Au milieu des thora- cines, qui sont réunies en disque, comme sous tous les cycloplères, et frangées à l'exté- rieur, on trouvedesmamelons plus ou moins nombreux. La caudale estd'un gris cendré; les autres nageoires sont brunâtres. Le cycloptère souris, qui lire son nom de sa petitesse, de sa couleur ou de la rapidité de ses mouvements, se nourrit de petits poissons et de chevrettes, ou d'autres crustacées irés-jeiines. DES POISSONS. 69 DIX-HUITIÈME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, OD SECOND ORDRE DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX, Poîsson» jugulaires, ou qui ont des nageoires situées sous la gorge. QUARANTE-TROISIÈME GENRE. LES MURÉNOÏDES. Un seul rayon à chacune des nageoires jugulaires; trois rayons à la membrane des branchies; le corps allongé j comprimé et en forme de lame. ESPÈCE. CARACTÈRE. Le Murénoïde SUJEF. I Les mâchoires également avancées. LE MURÉNOÏDE SUJEF i. Blennins murenoides, Sujef ; Mursenoides Sujef, Lac. 2. Ce poisson a été inscrit parmi les blennies, mais il nous a paru en être séparé par de grandes différences. De plus, ses caractères ne permettent de le placer dans aucun autre genre des jugulaires. Nous nous sommes donc vus obligés de le comprendre dans un genre particulier; et comme les deux nageoires qu'il a sous la gorge sont très-petites, composées d'un seul rayon, et quelquefois difficiles à apercevoir, nous l'avons mis à la tête des jugulaires, qu'il lie avec les apodes par cette forme de nageoires inférieures. Il a d'ailleurs des rapports très-nombreux avec les murènes et les trichiures. Son corps est allongé, aplati latéralement, et fait en forme de lame d'épée, ainsi que celui des tri- chiures, et les écailles qui le revêtent sont aussi difficiles à distinguer que celles des murènes et particulièrement de l'anguille. Un double rang de dents garnit les deux mâ- choires. La tête présente quelquefois de petits tubercules; le dessus de cette partie est triangulaire et un peu convexe. Trois rayons soutiennent seuls la membrane des bran- chies. L'ouverture de l'anus est située à peu près vers le milieu de la longueur du corps. La couleur de l'animal est d'un gris cendré qui s'éclaircit et se change en blanchâtre sur la tête et sur le ventre. Ce murénoïde est ordinairement long de deux décimètres; et nous lui avons donné le nom de Sujef ^ afin de consacrer la reconnaissance que l'on doit au savant qui l'a fait connaître. QUARANTE-QUATRIÈME GENRE. LES CALLIONYMES. La iêle plus grosse que le corps; les ouvertures branchiales sur la nuque, les nageoires jugulaires très-éloi- gnées Vune de fautre , le corps et la queue garnis d^ écailles à peine visibles. PREMIER SOUS-GENRE. Les yeux très-rapprochés fun de Vautre. ESPÈCES. CARACTÈRES. T ç . (Le premier rayon de la première nageoire dorsale, de la longueur du corps et de Le tiALLioNYME ) j^ qucuc j l'ouverture de la bouche très-grande; la nageoire de la queue arron- ^^^^- { die. 2. Le Callionvme l Les rayons de la première nageoire du dos beaucoup plus courts que le corps et la DRAGONNEAu. < qucuc j l'ouverturc de la bouchc très-graudc j la nageoire de la queue arrondie. î5. LeCallioayme ( Trois rayons à la membrane des branchies; rouverlure de la bouche petite ; la FLÈCHE. l nageoire de la queue arrondie. i. Le Callionvmr < Le premier rayon de la première nageoire dorsale terminé par deux filaments; la JAPONAIS. ( nageoire de la queue fourchue. 1 Sujef, Act. acad. Petropol. 1779, 2, p. 195, tab. 6, lig. 1. 2 M. Cuvier place ce poisson dans le genre Blennie et le sous-genre Gonelle, qui correspond aux Centronotus à.eSc\ii\, D. LACÉPÈDE. — TOME 11. !j 70 HISTOIRE NATURELLE SECOND SOUS-GENRE. Les yeux très-peu rapproclics l'un de rmitre. ESPÈCE CARACTERE?* S.LeC roi .ALLio.NYME I L'ouverture de la bouche très-pclite; la nageoire de la queue arrondie. M1I.LÉ. \ LE CALLIOÎV'YiME LYRE. Callionymus Lyra, Linn., Lacep., Cuv. l. Callionyme 2, lyre; quelles images agréables, quels souvenirs louclianis rappellent ces deux noms! Beauté céleste, art enchanteur de la musique, loi qui charmes les yeux, et loi (jui émeus si profondément les cœurs sensibles, ces deux noms ingénieusement assor- tis renouvellent, pour ainsi dire, en la retraçant à la mémoire, votre douce maisiriésisti- ble puissance. Vous que la plus aimable desmythologiesfit naître du sein des flots azurés ou sur des rives fortunées, qui prés des poétiques rivages de la Grèce héroïque formâtes une alliance si heureuse, confondîtes vos myrics avec voslauriers, et échangeâtes \os cou- ronnes, que vos images riantes embellissent à jamais les tableaux des peintres de la na- ture ; béni soit celui qui, par deux noms adroitement rappiochés, associa vos emblèmes comme vos deux pouvoirs magiques avaient été réunis, et qui ne voulut pas qu'un des plus beaux habitants d'une mer témoin de votre double origine pût exposer aux regai-ds du naturaliste attentif ses couleurs brillantes, ni l'espèce de lyre qui parait s'élever sur son dos, sans ramener l'imagination séduite et vers le dieu des arts, et vers la divinité qui les anime et dont le beiceau fut placé sur les ondes! Non, nous ne voudrons pas sé- parer deux noms dont l'union est d'ailleurs consacrée par le génie; nous ne ferons pas de vains elîorts pour empêcher les amis de la science de l'être aussi des grâces ; nous ne croirons pas qu'une sévérité inutile doive repousser avec austérité des sentiments conso- lateurs; et si nous devons chercher à dissiper les nuages que l'igiioiance et l'erreur ont rassemblés devant la nature, à déchirer ses voiles ridicules et surchargés d'ornements étrangeis dont la main maladroite d'un mauvais goût fioidement imitateur a entouré le sanctuaire de cette nature si admirable et si féconde, nous n'oublicions pas que nous ne pouvons la connaître telle qu'elle est, qu'en ne blessant aucun de ses attraits. jSous dirons donc toujours Callionyme Lyre. Mais voyons ce qui a mérité au poisson que nous allons examiner, l'espèce de consécration qu'on en a faite, lorsqu'on lui a donné la dénomination rernai quable que nous lui conservons. Nous avons sous les yeux l'un des premiers poissons jugulaires que nous avons cru de- voir placer sur notre tableau; et déjà nous pouvons voir des traits très-prononcés de ces formes qui attireront souvent notre attention, lorsque nous déciirons les osseux thora- cins et les osseux abdominaux. Mais à des proportions particulières dans la tète, à des nageoires élevées ou prolongées, à des piquants plus ou moins nombreux, les callio- nymes, et surtout la lyre, réunissent un corps et une queue encore un peu serpcnliformes, et une peau dénuée d'écaillés facilement visibles. Ils montrent un grand nombre de litres de parenté avec les apodes que nous venons d'étudier. Et si de ce coup d'œil général nous passons à des considérations plus précises, nous trouverons que la tète est plus laige que le corps, très-peu convexe pas-dessus, et plus aplatie encore par-dessous. Les yeux sont très-iapprochés l'un de l'autre. On a écrit qu'ils étaient garnis d'une membrane clignotante : mais nous nous sommes assurés que ce qu'on a pris pour une telle membrane, n'est qu'une saillie du tégument le plus extérieur de la tète, laquelle se prolonge un peu au-dessus de chaque œil, ainsi qu'on a pu l'ob- server sur le plus grand nombre de raies et de squales. L'ouverture de la bouche est très-grande; les lèvres sont épaisses, les mâchoires hé- rissées de jilusieurs petites dents, et les mouvements de la langue assez libres. On voit à rexirémité des os maxillaires un aiguillon divisé en branches dont le nombre parait va- rier. L'opercule branchial n'est composé que d'une seule lame ; mais il est attaché, ainsi que la membrane branchiale, à la tète ou au coips de l'animal, dans une si grande pai- lle de sa circonférence, (ju'il ne reste d'autre ouverture pour la sortie ou pour l'inlroduc- * Du genre Callionyme, Cuv. I). 2 Cuflioni/mc vient du grec, et signilic beuu nom. DES POISSONS. 71 tion de l'eau, qu'une très-petite fente placée de chaque côté au-dessus de la nuque, etqui, par ses dimensions, sa position et sa figure, ressemble beaucoup à un évent. L'ouverture de l'anus est beaucoup plus près de la tête que la nageoire de la queue. La ligne latérale est droite. Sur le dos s'élèvent deux nageoires : la plus voisine de la tête est composée de quatre ou de cinq et même quelquefois de sept rayons. Le premier est si allongé et dépasse la membrane en s'étendant à une si grande hauteur, que sa longueur égale l'intervalle qui sépare la nuque du bout de la queue. Les trois ou quatre qui viennent ensuite sont beau- coup moins longs, et décroissent dans une telle proportion, que le plus souvent ils pa- raissent être entre eux et avec le premier dans les mêmes rapports que des cordes d'un instrument destinées à donner, par les seules différences de leur longueur, les tons ut, ut octave, sol, ut double octave, et mi, c'est-à-dire l'accord le plus parfait de tous ceux que la musique admet. Au delà, deux autres rayons plus courts encore se montrent quelque- fois et paraissent représenter des cordes destinées à faire entendre des sons plus élevés que le tni; et voilà donc une sorte de lyre à cordes harmoniquement proportionnées, qu'on a cru, pour ainsi dire, trouver sur le dos du callionyme dont nous parlons ; et comment dés lors se serait-on refusé à l'appeler Lyre ou Porte-Lyre i? Les autres nageoires, et particulièrement celle de l'anus et la seconde du dos, qui se prolongent vers l'extrémité delà queue en bandelette membraneuse, ont une assez grande étendue, et forment de larges surfaces sur lesquelles les belles nuances de la lyre peu- vent, en se déployant, justifier son nom de Callionyme. Lestons de couleur qui dominent au milieu de ces nuances, sont le jaune, le bleu, le blanc, et le brun qui les encadre, pour ainsi dire. Le jaune règne sur les côtés du dos, sur la partie supérieure des deux nageoires dor- sales, et sur toutes les autres nageoires, excepté celle de l'anus. Le bleu paraît avec des teintes plus ou moins foncées sur cette nageoire de l'anus, sur les deux nageoires dor- sales où il forme des raies souvent ondées, sur les côtés où il est distribué en taches irré- gulières. Le blanc occupe la partie inférieure de l'animal. Ces nuances, dont l'éclat, la variété et l'harmonie distinguent le callionyme lyre, sont une nouvelle preuve des rapports que nous avons indiqués dans notre Discours sur la nature des Poissons, entre les couleurs de ces animaux et la nature de leurs aliments : nous avons vu que très-fréquemment les poissons les plus richement colorés étaient ceux qui se nourrissaient de mollusques ou de vers. La lyre a reçu une parure magnifique, et communément elle recherche des oursins et des astéries. Au reste, ce callionyme ne parvient guère qu'à la longueur de quatre ou cinq déci- mètres : on le trouve non-seulement dans la Méditerranée, mais encore dans d'autres mers australes ou septentrionales; et on dit que, dans presque tous les climats qu'il ha- bite, sa chair est blanche et agréable au goût. LE CALLIONYME DRAGONNEAU. Callionymus dracunculus, Linn., Lacep. Ce callionyme habite les mêmes mers que la lyre, avec laquelle il a de très-grands rapports ; il n'en diffère même d'une manière très-sensible que par la brièveté et les proportions des rayons qui soutiennent la première nageoire dorsale, par le nombre des rayons des autres nageoires, par la forme de la ligne latérale qu'on a souvent de la peine à distinguer, et parles nuances et la disposition de ses couleurs. Beaucoup moins bril- lantes que celles de la lyre, ces teintes sont brunes sur la tête et le dos, argentées avec des taches sur la partie inférieure de l'animal ; et ces tons simples et très-peu éclatants ne sont relevés communément que par un peu de verdâtre que l'on voit sur les nageoires de la poitrine et de l'anus, du verdâtre mêlé à du jaune qui distingue les nageoires ju- gulaires, et du jaune qui s'étend par raies sur la seconde nageoire dorsale, ainsi que sur celle de la queue. D'ailleurs la chair du dragonneau est, comme celle de la lyre, blanche et d'un goût agréable. 11 n'est donc pas surprenant que quelques naturalistes, et particulièrement le 1 A la membrane des branchies 6 rayons, à la première nageoire dorsale, de 4 à 7, à la seconde nageoire du dos [0, à chacune des pectorales 18, à chacune des nageoires jugulaires 6, à celle de l'anus dO, à celle de la queue, qui est arrondie, 9. 2 M. Cuvier dit que ce poisson ne diffère du Callionyme lyre que parce que sa première dorsale est courte et sans filet. 11 ajoute qu'on le croit sa femelle. D. 72 HISTOIRE NATURELLE professeur Gmelin, aient soiip.onné que ces deux callionymes pourraient bien être de la même espèce, mais d'un sexe différent. Nous n'avons pas pu nous procurer assez de ren- seignements précis pour nous assurer de l'opinion que l'on doit avoir relativement à la conjecture de ces savants ; et dans le doute, nous nous sommes conformés à l'usage du plus grand nombre des auteurs qui ont écrit sur l'ichtyologie, en séparant de la lyre le callionyme dragonneau, qu'il sera, au reste, aisé de retrancher de notre tableau métho- dique. LE CALLIONYME FLÈCHE. Callionymus Sagitla, Pall., Lacep., Cuv. ET LE CALLI0NY3IE JAPONAIS. Callionymus japoniciis, Lacep. Ces deux espèces appartiennent, comme la lyre et le dragonneau, au premier sous- genre des callionymes; c'est-à-dire elles ont les yeux très-rapprochés l'un de l'autre. L'il- lustre Pallas a fait connaître la première, et le savant Houttuyn la seconde. La flèche décrite par le naturaliste de Saint-Pétersbourg avait à peine un décimètre de longueur. L'espèce à laquelle appartenait cet individu, vit dans la mer qui entoure l'île d'Amboine; elle est, dans sa partie supérieure, d'un brun mêlé de taches irrégulières et nuageuses d'un gris blanchâtres qui règne ens'éclaircissant sur la partie inférieure. Des taches ou des points bruns paraissent sur le haut de la nageoire caudale et sur les na- geoires jugulaires; une bande très-noire se montre sur la partie postérieure de la pre- mière nageoire dorsale; et la seconde du dos, ainsi que les pectorales, sont très-trans- parentes, et variées de brun et de blanc. Voici, d'ailleurs, les principaux caractères par lesquels la flèche est séparée de la lyre. L'ouverture de la bouche est très-pelite; les lèvres sont minces et étroites; les opercules des branchies sont mous, et composés, au moins, de deux lames, dont la première se termine par une longue pointe, et présente, dans son bord postérieur, une dentelure très-sensible; on ne voit que trois rayons à la membrane branchiale; la première nageoire du dos et celle de l'anus sont très-basses, ou, ce qui est la même chose, forment une bande très-étroite. Le nom de Callionyme japonais indique qu'il vit dans des mers assez voisines de celles dans lesquelles on trouve la flèche. Il parvient à la longueur de trois décimètres, ou en- viron. 11 présente différentes nuances. Sa première nageoire dorsale montre une tache noire, ronde, et entourée de manière à représenter l'iris d'un œil; les rayons de cette même nageoire sont noirs, et le premier de ces rayons se termine par deux filaments assez longs, ce qui forme un caractère extrêmement rare dans les divers genres de pois- sons. La seconde nageoire du dos est blanchâtre; les nageoires pectorales sont arrondies, les jugulaires très-grandes; et celle de la queue est très-allongée et fourchue. LE CALLIONYME POINTILLÉ. Callionymus ocellatus, Pall., Cuv. ; Callionymus punctulalus, Lacep. Ce poisson, qui appartient au second sous-genre des callionymes, et qui, par consé- quent, a lesyeux assez éloignés l'un de l'autre, neprésente que de très-petites dimensions. L'individu mesuré par le naturaliste Pallas, qui a fait connaître cette espèce, n'était que de la grandeur rft/ petit doigt de la main. Ce callionyme est d'ailleurs varié de brun et de gris, et parsemé, sur toutes les places grises, de points blancs et brillants; le blanchâtre régne sur la partie inférieui'e de l'animal ; la seconde nageoire du dos est brune avec des raies blanches et parallèles; les pectorales sont transparentes, et de plus pointillées de blanc à leur base, de même que celle de la queue; les rayons de ces trois nageoires pré- sentent d'ailleurs une ou deux places brunes; les jugulaires sont noires dans leur centre, et blanches dans leur circonférence; et la nageoire de l'anus est blanche à sa base et noire dans le reste de son étendue. Telles sont les couleurs des deux sexes; mais voici les différences qu'ils offrent dans leurs nuances : la première nageoire du dos du mâle est toute noire; celle de la fe- melle montre une variété de Ions qui se déploient d'autant plus facilement que cette na- geoire est plus haute que celle du mâle. Sui- la partie inférieure de cet instrument de natation, s'étendent des raies brunes relevées par une bordure blanche et par une bor- dure plus extérieure et noire; et sur la partie supérieure, on voit quatre ou cinq taches rondes, noires dans leur centre, entourées d'un cercle blanc bordé de noir, et imitant un iris avec sa prunelle. DES POISSONS. 75 Ces dimensions plus considérables et ces couleurs plus vives el plus variées d'un or- gane sont ordinairement dans les poissons, comme dans presque tous les autres ani- maux, un apanage du mâle, plulôt que de la femelle; et l'on doit remarquer de plus dans la femelle du callionyme pointillé un appendice conique situé au delà de l'anus, qui, étant très-petit, peut être couché el caché aisément dans une sorte de fossette, et qui vraisemblablement sert k l'émission des œufs. Dans les deux sexes, l'ouverture de la bouche est très-petite ; les lèvres sont épaisses; la supérieure est double, l'opercule branchial garni d'un piquant, et la ligne latérale assez droite. QUARANTE-CINQUIÈME GENRE. LES CALLIOMORES. La têle plus grosse que le corps , les ouvertures branchiales placées sur les côtés de ranimai, les nageoires jugulaires très-éloignées l'une de Vautre , le corps et la queue garnis d'écaillés à peine visibles. ESPÈCE. CARACTÈRES. Le Calliomore j Sept rayons à la membrane des branchies; deux aiguillons à la première pièce, et INDIEN. i un aiguillon à la seconde de chaque opercule. LE CALLIOiMORE INDIEN. Calliomorus indicus, Lacep.; Callionymus indicus, Linn. ; Platycephalus Spatula, Bloch. Cuv. i. Ce mot Ca//jo?nore, formé par contraction de deux mots grecs, dont l'un est et l'autre veut dire limitrophe, voisin, etc., désigne les grands rapports qui rapprochent le poisson que nous allons décrire des vrais callionymes; il a même été inscrit jusqu'à présent dans le même genre que ces derniers animaux : mais il nous a paru en différer par trop de caractères essentiels, pour que les principes qui nous dirigent dans nos dis- tributions méthodiques nous aient permis de ne pas l'en séparer. Le calliomore indien a des teintes bien différentes, par leur peu d'éclat et leur unifor- mité, des couleurs variées et brillantes qui parent les callionymes, et surtout la lyre : il est d'un gris plus ou moins livide. L'ensemble de son corps et de sa queue est d'ailleurs très-déprimé, c'est-à-dire aplati de haut en bas; ce qui le lie avec les uranoscopes dont nous allons parler, et ne contribue pas peu à déterminer la place qu'il doit occuper dans un tableau général des poissons. Les ouvertures de ses branchies sont placées sur les côtés de la têle, au lieu de l'être sur la nuque, comme celles des branchies des callio- nymes; ces orifices ont de plus beaucoup de largeur; la membrane qui sert à les fermer est soutenue par sept rayons; el l'opercule, composé de deux lames, présente deux pi- quants sur la première de ces deux pièces, et un piquant sur la seconde. La mâchoire inférieure est un peu plus avancée que celle de dessus; l'on voit sur la tête des rugosités disposées longitudinalemenl; et le premier rayon de la première nageoire dorsale est très-court et séparé des autres. C'est en Asie que l'on trouve le calliomore indien. QUARANTE-SIXIÈME GENRE. LES URANOSCOPES. Lu tcle déprimée et plus grosse que le corps, les yeux sur la partie supérieure de la tête, et très-rapprochés , la mâchoire inférieure beaucoup plus avancée que la supérieure , Vensemble formé par le corps et le queue, presque conique, et revêtu d'écaillés t7'ès-faciles à distinguer; chaque opercule branchial com- posé d'une seule pièce, et garni d'une membrane ciliée. ESPÈCES. CARACTÈRES. i . L'Uranoscope ^ Le dos dénué d'écaillés épineuses. RAT. ( '^ 2. L'Uranoscope ) Le dos garni d'écaillés épineuses. HOUTTUYN. * ° '^ t Selon M. Cuvier, le Callioraoïe indien n'est autre que le Platyaphalua Spatula de Bloch, pi. iHi. D. 74 HISTOIRE NATURELLE L'URANOSCOPE RAT. Uranoscopus scaber, Linn., Bloch ; Uranoscopus 3Ius, Lacep. Les noms de Callionyme et de Trachine, donnés h cet animal, annoncent les ressem- blances qu'il présente avec les vrais callionymes et avec le genre dont nous nous occu- perons après avoir décrit celui des uranoscopes. Nous n'avons pas besoin d'indiquer ces similitudes; on les remarquera aisément. D'un autre côté, cette dénomination d'Ura- noscope (qui regarde le ciel) désigne le caractère frappant que montre le dessus de la tête du rat et des autres poissons du même genre. Les yeux sont, en effet, non-seule- ment Irès-rapprochés l'un de l'autre, et placés sur la partie supérieure de la tête, mais tournés de manière que lorsque l'animal est en repos, ses prunelles sont dirigées vers la surface des eaux, ou le sommet des cieux. La tête très-aplatie et beaucoup plus grosse que le corps, est d'ailleurs revêtue d'une substance osseuse et dure, qui forme comme une sorte de casque garni d'un très-grand nombre de petits tubercules, s'étend jusqu'aux opercules qui sont aussi très-durs et verruqueux, présente, à peu près au-dessus de la nuque, deux ou plus de deux piquants renfermés quelquefois dans une peau membraneuse, et se termine sous la gorge par trois ou cinq autres piquants. Chaque opercule est aussi armé de pointes tournées vers la queue et engagées en partie dans une sorte de gaine très-molle. L'ouverture de la bouche est située à l'extrémité de la partie supérieure de la tête, et l'animal ne peut la fermer qu'en portant vers le haut le bout de sa mâchoire inférieure, qui est beaucoup plus longue que la mâchoire supérieure. La langue est épaisse, forte, courte, large, et hérissée de très-petites dents, de l'intérieur de la bouche et près du bout antérieur de la mâchoire inférieure, part une membrane laquelle se rétrécit, s'ar- rondit, et sort de la bouche en filament mobile et assez long. Le tronc et la queue représentent ensemble une espèce de cône recouvert de petites écailles, et sur chaque côté duquel s'étend une ligne latérale qui commence aux environs de la nuque, s'approche des nageoires pectorales, va directement ensuite jusqu'à la nageoire de la queue, et indique une série de pores destinés à laisser échapper cette humeur onctueuse si nécessaire aux poissons, et dont nous avons déjà eu tant d'occasion de parler. Il y a deux nageoires sur le dos; celles de la poitrine sont très-grandes, ainsi que la caudale. Des teintes jaunâtres distinguent ces nageoires pectorales; celle de l'anus est d'un noir éclatant : l'animal est d'ailleurs brun par-dessus, gris sur les côtés, et blanc par-dessous. Le canal intestinal de l'uranoscope rat n'est pas très-long, puisqu'il n'est replié qu'une fois; mais la membrane qui forme les parois de son estomac, est assez forte, et l'on compte auprès du pylore, depuis huit jusqu'à douze appendices ou petits cœcum propres à prolonger le séjour des aliments dans l'intérieur du poisson, et par conséquent à faci- liter la digestion. Le rat habile particulièrement dans la Méditerranée. Il y vit le plus souvent auprès des rivages vaseux; il s'y cache sous les algues; il s'y enfonce dans la fange; et par une habi- tude semblable à celles que nous avons déjà observées dans plusieurs raies, dans la lophie baudroie et dans quelques autres poissons, il se lient en embuscade dans le limon, ne laissant paraître qu'une petite partie de sa tête, mais étendant le filament mobile qui est attaché au bout de sa mâchoire inférieure, et attirant par la ressemblance de cette sorte de barbillon avec un ver, de |)ctils poissons qu'il dévore. C'est Rondelet qui a fait con- naître le premier cette manière dont l'uranoscope rat parvient h se saisir facilement de sa proie. Ce poisson ne peut se servir de ce moyen de pêcher qu'en demeurant pendant très- longtemps immobile, et paraissant plongé dans un sommeil profond. Voilà pourquoi, ;ipparcmment, on a écrit qu'il dormait plutôt pendant le jour que pendant la nuit, quoi- que dans son organisation rien n'indique une sensibilité aux rayons lumineux plus vive que celle des autres poissons, desquels on n'a pas dit que le temps de leur sommeil fût le plus souvent celui pendant lequel le soleil éclaire l'horizon. Il parvient jusqu'à la longueur de trois décimètres : sa chair est blanche, mais quel- quefois dure, et de mauvaise odeur; elle indique, par ces deux mauvaises qualités, les petits mollusques et les vers marins dont le rat aime à se nourrir, et les fonds vaseux qu'il préfère. Dè^ le temps des anciens naturalistes jjiecs et latins, ou savait que la vési- ce o s < zr j w ce a. > O DES POISSONS. 75 cule du fiel de cet iiranoscope est très-grande, et l'on croyait que la liqueur qu'elle con- tient était très-propre à guérir des plaies et quelques maladies des yeux i. L'URANOSCOPE HOUTTUYN. Uranoscopus japonicus, Linn., Gmel. ; Uranoscopus Houttuyn, Lacep. 2. Le nom que nous donnons à cet uranoscope, est un témoignage de la reconnaissance que les naturalistes doivent au savant Houttuyn, qui en a publié le premier la descrip- tion. On trouve ce poisson dans la mer qui baigne les îles du Japon. Il est, par ses couleurs, plus agréable à voir que l'uranoscope rat; en effet, il est jaune dans sa partie supérieure, et blanc dans l'inférieure. Les nageoires jugulaires sont assez courtes; des écailles épi- neuses sont rangées longitudinalement sur le dos de l'houttuyn. QUARANTE-SEPTIEME GENRE. LES TRÂCHINES. La tête comprimée et garnie de tubercules ou d'aiguillons ; une ou plusieurs pièces de chaque opercule, den- telées ; le corps et la queue allongés et couverts de petites écailles ; fanus situé très-près des nageoires pectorales. ESPÈCES. CARACTÈRES. i. La Trachine VIVE. 2. La Trachine OSBECK. La mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure. Les deux mâchoires également avancées. LA TRACHINE VIVE. Trachinus Draco, Linn., Trachinus Vividus, Lacep. 3. Cet animal a été nommé Dragon marin dès le temps d'Aristote. Et comment n'aurait- il pas, en effet, réveillé l'idée du dragon ? Ses couleurs sont souvent brillantes et agréables à la vue; il les anime par la vivacité de ses mouvements; il a de plus reçu le pouvoir ter- rible de causer des blessures cruelles, par des armes pour ainsi dire inévitables. Une beauté peu commune et une puissance dangereuse n'ont-elles pas toujours été les attributs distinctifs des encbanteresses crééesparl'antique mytbologie, ainsi que des fées auxquelles une poésie plus moderne a voulu donner le jour? Ne doivent-elles pas, lorsqu'elles se trouvent réunies, rappeler le sinistre pouvoir de ces êtres extraordinaires, retracer l'image de leurs ministres, présenter surtout à l'imagination amie du merveilleux ce composé fantastique, mais imposant, de formes, de couleurs, d'armes, de qualités effrayantes et douées cependant d'un attrait invincible, qui servant, sous le nom de Dragon, les complots ténébreux des magiciennes de tous les âges, au char desquelles on l'a attaché, ne répand l'épouvante qu'avec l'admiration, séduit avant de donner la mort, éblouit avant de consumer, enchante avant de détruire? Et afin que cette même imagination fût plus facilement entraînée au delà de l'intervalle qui sépare le dragon de la Fable, de la Vive de la nature, n'a-t-on pas attribué à ce pois- son un venin redoutable? Ne s'est-on pas plu à faire remarquer les brillantes couleurs de ses yeux, dans lesquels on a voulu voir resplendir, comme dans ceux du dragon poétique, tous les feux des pierres les plus précieuses? Il en est cependant du dragon marin comme du dragon terrestre. Son nom fameux se lie à d'immortels souvenirs : mais à peine l'a-t-on aperçu, que toute idée de grandeur s'évanouit; il ne lui reste plus que quelques rapports vagues avec la brillante chimère dont on lui a appliqué la fastueuse dénomination, et du volume gigantesque qu'on était porté à lui attribuer, il se trouve tout d'un coup réduit à de très-petites dimensions. Ce dragon des mers, ou, pour mieux dire et pour éviter toute cause d'erreur, la trachine \ Pline, 1. 3"2, c. 7. 2 M. Cuvier n'admet pas cette espèce qu'il soupçonne appartenir au genre Platycéphale. D. 3 M. Cuvier a éelairci la synonymie des Vives. Il résulte de son travail que nos rivages en possèdent uatre espèces, et que la vive commune n'a été décrite exactement que par les anciens ichthyologistes epuis Rondelet jusqu'à Artedi et Ascanius. Bloch et Lacépède, parmi les modernes, ont confondu l'his- toire des quatre espèces et ont rapporté à la vive commune les caractères des autres. D. 3 76 HISTOIRE NATURELLE >i\e, ne parvicnl, en rli'el, Irès-souvonl, qu'à la longueur de Irois ou quatre décimètres. Sa tête est comprimée et garnie dans plusieurs endroits de petites aspérités. Les yeux , rapprochés l'un de l'autre, ont la couleur et la vivacité de l'émeraude, avec l'iris jaune fachelé de noir. L'ouverture de la bouche est assez grande, la langue pointue, etlamiichoire intérieure, qui est plus a\ancée que la supérieure, est armée, ainsi que cette dernière, de dents très-aiguës. Chaque opercule recouvre une large ouverture branchiale, et se ter- mine par une longue pointe fournée vers la queue. Le dos présente deux nageoires : les rayons de la première ne sont qu'au nombre de cinq; mais ils sont non articulés, très- pointus et très-forts. La peau qui revêt l'animal est couverte d'écaillés arrondies, petites et faiblement attachées : mais elle est si dure, qu'on peut écorcher une trachine vive pres- que aussi facilement qu'une murène anguille. Il en est de même de l'uranoscope rat; et c'est une nouvelle ressemblance entre Ja vive et cet uranoscope. Le dos du poisson est d'un jaune brun; ses côtés et sa partie inférieure sont argentés et variés dans leurs nuances par des raies transversales ou obliques, brunâtres, et fré- quemment dorées; la première nageoire dorsale est presque toujours noire. On trouve dans son intérieur et auprès du pylore, au moins huit appendices ou petits cœcum. La vive habite non-seulement dans la Méditerranée, mais encore dans l'Océan. Elle se tient presque toujours dans le sable, ne laissant paraître qu'une partie de sa tête; et elle a tant de facilité à creuser son petit asile dans le limon, que lorsqu'on la prend et qu'on la laisse échapper, elle disparaît en un clin d'œil, et s'enfonce dans la vase. Lorsque la vive est ainsi retirée dans le sable humide, elle n'en conserve pas moins la faculté de frapper autour d'elle avec force et promptitude par le moyen de ses aiguillons et particulièrement de ceux qui composent sa première nageoire dorsale. Aussi doit-on se garder de maicher nu-pieds sur le sable ou le limon au-dessous duquel on peut supposer des vives : leurs piquants font des blessures très-douloureuses. Mais malgré le danger de beaucoup souf- frir, auquel on s'expose lorsqu'on veut prendre ces trachines, leur chair est d'un goût si délicat, que l'on va très-fréquemment à la pêche de ces poissons, et qu'on emploie plu- sieurs moyens pour s'en procurer un grand nombre. Pendant la fin du i>rintemps et le commencement de l'été, temps où les vives s'appi'o- chent des rivages pour déposer leurs œufs, ou pour féconder ceux dont les femelles se sont débarrassées, on en ti'ouve quelquefois dans les manets ou filets à nappes simples, dont on se serf jiour la pèche des maquereaux. On emploie aussi pour les prendre, lorsque la nature du fond le permet, des dréyes ou espèces de filets qui reposent légèrement sur ce même fond, et peuvent dériver avec la marée. On s'efforce d'autant plus dépêcher une grande quantité de vives, que ces animaux non-seulement donnent des signes très-marqués d'irritabilité après qu'ils ont été vidés ou qu'on leur a coupé la tête, mais encore peuvent vivre assez longtemps hors de l'eau, et par conséquent être transportés encore en vie à d'assez grandes dislances. D'ailleurs, par un rajipoit remarquable entre l'irritabilité des muscles et leur résistance à la pulridilé, la chair des trachines vives ne se corrompt pas aisément, et peu! être conservée pendant plusieurs jours, sans cesser d'être très-bonne à manger ; et c'est à cause de ces trois pro- priétés qu'elles ont reçu le nom spécifique que j'ai cru devoir leur laisser. Cependant, si plusieurs maiins vont sans cesse h la recherche de ces trachines, la crainte fondée d'être cj'uellement blessés par les piquants de ces animaux, et sui'tout par les aiguillons de la première nageoire dorsale, leur fait prendre de grandes précautions; et les accidents occasionnés par ces dards ont été regardés comme assez graves pour que, dans le temps, l'autorité publique ait cru, en France, devoir donner à ce sujet des ordres très-sévères. Les pêcheurs s'attachent surtout à briser ou arracher les aiguillons des vives qu'ils tirent de l'eau. Lorsque, malgré toute leur attention, ils ne peuvent pas parvenir h éviler la blessure qu'ils redoutent, ceux de leurs membres qui sont piqués, présentent une tumeur accompagnée de douleurs ti'ès-cuisanles et quelquefois de fièvre. La violence de ces symptômes dure ordinairement pendant douze heures; et comme cet intervalle de temps est celui qui sépare une haute marée de celle qui la suit, les pêcheurs de l'Océan n'ont pas manqué de dire que la durée des accidents occasionnés par les piquants des vives avait un rappoit très-marqué avec les phénomènes du llux et reflux, auxquels ils sont forcés de faire une attention continuelle, h cause de l'inlluence des mouvements de la mer sur toutes leurs opérations. Au reste, les moyens dont les lùarins de l'Océan ou de la Sltdilci latjcc se servent pour calmer leurs souffrances, lorsqu^^ils ont été piqués par des DES POISSONS. 77 trachiiies vives, ne sont pas peu nombreux ; el plusieurs de ces leiuédes sont très-ancien- nement connus. Les uns se contentent d'appliquer sur la partie malade le foie ouïe cerveau encore frais du poisson; les autres, après avoir lavé la plaie avec beaucoup de soin, emploient une décoction de lenlisque, ou les feuilles de ce végétal, ou des fèves de marais. Sur quelques côtes septentrionales, on a recours quelquefois à de l'urine chaude; le plus souvent on y substitue du sable mouillé dont on enveloppe la tumeur, en lâchant d'empê- cher tout contact de l'air avec les membres blessés par la trachine. L'enflure considérable et les douleurs longues et aiguës qui suivent la piqûre de la vive, ont fait penser que cette trachine était véritablement venimeuse^ et voilà pourquoi, sans doute, on lui a donné le nom de l'araignée, dans laquelle on croyait devoir supposer un poison assez actif. Mais la vive ne lance dans la plaie qu'elle fait avec ses piquants, aucune liqueur particulière : elle n'a aucun instrument propre à déposer une humeur vénéneuse dans un corps étranger, aucun réservoir pour la contenir dans l'intérieur de son corps, ni aucun organe pour la tlltrer ou la produire. Tous les effets douloureux de ses aiguillons doivent être attribués à la force avec laquelle elle se débat lorsqu'on la saisit, à la rapi- dité de ses mouvements, à l'adresse avec laquelle elle se sert de ses armes, à la prompti- tude avec laquelle elle redresse et enfonce ses petits dards dans la main, par exemple, qui s'elTorce de la retenir, h la profondeur à laquelle elle les fait parvenir, et à la dureté ainsi qu'à la forme très-pointue de ces piquants. La vive n'emploie pas seulement contre les marins qui la pèchent et les grands pois- sons qui l'attaquent, l'énergie, l'agilité et les armes dangereuses que nous venons de décrire : elle s'en sert aussi pour se procurer plus facilement sa nourriture, lorsque, ne se contentant pas d'animaux à coquille, de mollusques, ou de crabes, elle cherche à dévorer des poissons d'une taille presque égale à la sienne. Tels sont les faits certains dont on peut composer la véritable histoire de la trachine vive. Elle a eu aussi son histoire fabuleuse, comme toutes les espèces d'animaux qui ont présenté quelque phénomène remarquable. Nous ne la rapporterons pas, celle histoire fabuleuse. Nous ne parlerons pas des opinions contraires aux lois de la physique mainte- nant les plus connues, ni des contes ridicules que l'on trouve, au sujet de la vive, dans plusieurs auteurs anciens, particulièrement dans Elien, ainsi que dans quelques écrivains modernes, et qui doivent principalement leur origine au nom de Dragon que porte cette trachine, et à toutes les fictions vers lesquelles ce nom ramène l'imagination ; nous ne dirons rien du pouvoir merveilleux de la main droite ou de la main gauche lorsqu'on touche une vive, ni d'autres observations presque du même genre : en tâchant de décou- vrir les propriétés des ouvrages de la nature, et les divers effets de sa puissance, nous n'avons qu'un trop grand nombre d'occasions d'ajouter à l'énumération des erreurs de l'esprit humain. Il paraît que, selon les mers qu'elle habite, la vive présente dans ses dimensions, ou dans la disposition et les nuances de ses couleurs, des variétés plus ou moins constantes. Voici les deux plus dignes d'attention. La première est d'un gris cendré avec des raies transversales, d'un brun tirant sur le bleu. Elle a trois décimètres, ou à peu près, de longueur. La seconde est blanche, parsemée, sur sa partie supérieure, de points brunâtres, et distinguée d'ailleurs par des taches de la même teinte, mais grandes et ovales, que l'on voit également sur sa partie supérieure. Elle parvient à une longueur de plus de trois décimètres. C'est vraisemblablement de cette variété qu'il faut rapprocher les trachines vives de quelques côtes de l'Océan, que l'on nomme Saccarailles blancs i, et qui sont longues de cinq ou six décimètres. LA TRACHINE OSBECK. Trachinus Osbeck, Lacep. 2. C'est dans l'Océan Atlantique, et auprès de l'île de l'Ascension, qu'habite celte tra- chine, dont la description a été publiée par le savant voyageur Osbeck. Les deux mâchoires de ce poisson sont également avancées, et garnies de plusieurs rangs de dents longues et pointues, dont trois en haut et trois en bas sont plus grandes que les autres; 1 Duhamel, à l'endroit déjà cite. 2 M. Cuvicr remarque que ce poisson n'ayant qu'une seule dorsale et onze rayons épineux à cette nageoire, ne peut être une vive. Ce serait plutôt un serran. D. 78 HISTOIRE NATURELLE des dents aiguës sont aussi placées auprès du gosier. Chaque opercule se termine par deux aiguillons inégaux en longueur. La nageoire de la queue est rectiligne. Tout l'ani- mal est blanc avec des taches noires. Telles sont les principales différences qui écartent cette espèce de la trachine vive. QUARANTE-HUITIEME GENRE. LES GÂDES. La fête comprimée ; les yeux peu rapprochés Piin de Vautre, et placés sur les cô[,és de la tête ; le corps allongé, peu comprimé, et revêtu de petites écailles; les opercules composés de plusieurs pièces et bordés d'une membrane non ciliée. PREMIER SOUS -GENRE. Trois nageoires sur le dos ; un ou plusieurs barbillons au bout du museau. ESPÈCES. CARACTÈRES. La nageoire de la queue fourchue; la mâchoire supérieure plus avancée que l'infé- rieure ; le premier rayon de la première nageoire de Tanus non articulé et épi- Mo- Le Gade RIE. 2. Le Gade iEGLE- FIX. 5. Le Gade bib. 4. Le Gade saida. 5. Le Gade blen- nioïde. 6. Le Gade cal- LARIAS. 7. Le Gade ta- CAUD. 8. Le Gade rouge. 9. Le Gade cape- LAN. neux. 10 Le Gade co- lin. 11. Le Gade pol- LACK. 12. Le Gade sey. 13. Le Gade mer- lan. 1 i. Le Gade nè- gre. l'j. Le Gade molve. 16. Le Gade da- nois. 17.LeGadelote 18. Le Gade mu- stelle. 19. Le Gace cim- BRE. La nageoire de la queue fourchue ; la mâchoire supérieure plus avancée que l'infé- rieure; la couleur blanchâtre ; la ligne latérale noire. ( La nageoire de la queue fourchue, la mâchoire supérieure un peu plus avancée que I l'inférieure ; le premier rayon de chaque nageoire jugulaire terminé par un long ( filament. l La nageoire de la queue fourchue ; la mâchoire inférieure un peu plus avancée que j la supérieure ; le second rayon de chaque nageoire jugulaire terminé par un long ' filament. 1 La nageoire de la queue fourchue; le premier rayon de chaque nageoire jugulaire ( plus long que les autres, et divisé en deux. I La nageoire de la queue en croissant; la mâchoire supérieure plus avancée que l'in- ( férieure; la ligne latérale large et tachetée. Î La nageoire de la queue en croissant ; la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure ; la hauteur du corps égale à peu près au tiers de la longueur totale de l'animal. La nageoire de la queue rectiligne et sans échancrure ; un enfoncement auprès du bout du museau; le second rayon de chaque jugulaire plus long que les autres, et terminé par un filament ; le premier rayon de la première nageoire de l'anus non épineux. La nageoire de la queue arrondie; la mâchoire supérieure plus avancée que l'infé- rieure; le ventre très-caréné; l'anus placé à peu près à une égale distance de la tète et de l'extrémité de la queue. SECOND SOUS-GENRE. Trois nageoires sur le dos ; point de barbillons au bout du museau. La nageoire do la queue fourchue; la mâchoire inférieure plus avancée que la supé- rieure; la ligne latérale pres(jue droite; la bouche noire. La nageoire de la queue fourchue; la mâchoire inférieure plus avancée que la supé- rieure; la ligne latérale très-courbe. La nageoire de la queue fourchue ; les deux mâchoires également avancées ; la cou- leur du dos verdâtre. La nageoire de la queue en croissant; la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure; la couleur blanche. TROISIÈME SOUS-GENRE. Deux nageoires dorsales, un ou plusieurs barbillons au bout du museau. La nageoire de la queue fourchue; la dorsale adipeuse; cinquante-deux rayons à la nageoire de l'anus; toute la surface du poisson d'un noir plus ou moins foncé. La nageoire de la queue, arrondie ; la mâchoire supérieure plus avancée que l'in- férieure. La mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure; la nageoire de l'anus très- longue, et composée de soixante-dix ra3'ons, ou environ. La nageoire de la queue arrondie ; les deux mâchoires également avancées. La nageoire de la queue arrondie; la première nageoire du dos très-basse, excepté le premier ou le second rayon; la ligne latérale très-courbe auprès des nageoires pectorales, et ensuite droite. La nageoire de la queue arrondie ; deux barbillons auprès des narines ; un barbillon à la lèvre supérieure, et un à l'inférieure; le premier rayon de la première dor- sale terminé par deux filaments disposés horizontalement comme les branches d'un T. DES POISSONS. 79 QUATRIÈME SOUS-GENRE. Deux nageoires dorsales; point de barbillons auprès du bout du museau. ESPÈCES. CARACTÈRES. 20. Le Gade mer- ( La nageoire de la queue, rectiligne ; la mâchoire inférieure plus avancée que la LUS. ( supérieure. CINQUIÈME SOUS-GENRE. Une seule nageoire dorsale ; des baî'billons au bout du museau. . le oade l j^g naseoire de la queue, lancéolée: des bandes transversales sur les côtés. BROSME. ( 15 ' 22. Le Gade | La nageoire de la queue, arrondie; soixante-quinze rayons à l'anale; point de ban- LUBB. ( des ou taches transversales sur le corps ni sur la queue. LE GADE MORUE. GadusMorrhua, Linn., Ginel., Lacep., Cuv. Parmi tous les animaux qui peuplent l'air, la terre ou les eaux, il n'est qu'un très- petit nombre d'espèces utiles dont l'histoire puisse paraître aussi digne d'intérêt que celle de la morue, à la philosophie attentive et bienfaisante qui médite sur la prospérité des peuples. L'homme a élevé le cheval pour la guerre, le bœuf pour le travail, la brebis pour l'industrie, l'éléphant pour la pompe, le chameau pour l'aider à traverser les déserts, le dogue pour sa garde, le chien courant pour la chasse, le barbet pour le senti- ment, la poule pour sa table, le cormoran pour la pêche, l'aigrette pour sa parure, le serin pour ses plaisirs, l'abeille pour remplacer le jour; il a donné la morue au com- merce maritime; et en répandant par ce seul bienfait, une nouvelle vie sur un des grands objets de la pensée, du courage et d'une noble ambition, il a doublé les liens fraternels qui unissaient les différentes parties du globe. Dans toutes les contrées de l'Europe, et dans presque toutes celles de l'Amérique, il est bien peu de personnes qui ne connaissent le nom de la morue, la bonté de son goûf, la nature de ses muscles, et les qualités qui distinguent sa chair suivant les diverses opé- rations que ce gade a subies : mais combien d'hommes n'ont aucune idée précise de la forme extérieure, des organes intérieurs, des habitudes de cet animal fécond, ni des di- verses précautions que l'on a imaginées pour le pêcher avec facilité ! Et parmi ceux qui s'occupent avec le plus d'assiduité d'étudier ou de régler les rapports politiques des na- tions, d'augmenter leurs moyens de subsistance, d'accroître leur population, de multi- plier leurs objets d'échange, de créer ou de ranimer leur marine; parmi ceux mêmes qui ont consacré leur existence aux voyages de long cours, ou aux vastes spéculations com- merciales, n'est-il pas plusieurs esprits élevés et très-instruits, aux yeux desquels cepen- dant une histoire bien faite du gade morue dévoilerait des faits importants pour le sujet de leurs estimables méditations? Aristote, Pline, ni aucun des anciens historiens de la nature, n'ont connu le gade mo- rue : mais les naturalistes récents, les voyageurs, les pêcheurs, les préparateurs, les ma- rins, les commerçants, presque tous les habitants des rivages, et même de l'intérieur des terres de l'Europe ainsi que de l'Amérique, particulièrement de l'Amérique et de l'Eu- rope septentrionales, se sont occupés si fréquemment et sous tant de rapports de ce poisson; ils l'ont vu, si je puis employer cette expression, sous tant de faces et sous tant de formes, qu'ils ont dû nécessairement donner à cet animal un très-grand nombre de dénominations différentes. Néanmoins sous ces divers noms, aussi bien que sous les dé- guisements que l'art a pu produire, et même sous les dissemblances plus ou moins va- riables et plus ou moins considérables que la nature a créées dans les différents climats, il sera toujours aisé de distinguer la morue non-seulement des autres jugulaires de la pre- mière division des osseux, mais encore de tous les autres gades, pour peu qu'on veuille rappeler les caractères que nous allons indiquer. Comme tous les poissons de son genre, la morue a la lêle comprimée; les yeux, placés sur les côtés, sont très-rapprochés l'un de l'autre, très-gros, voilés par une membrane transparente; et cette dernière conformation donne à l'animal la faculté de nagera la surface des mers septentrionales, au milieu des montagnes de glace, auprès des rivages couverts de neige congelée et resplendissante, sans être ébloui par la grande quantité de lumière réfléchie sur ces plages boréales : mais hors de ces régions voisines du cercle 80 HISTOIRE NATURELLE polaire, la morue doit voir u\ec plus de dilliculle que la plupart des poissons, dont les yeux ne sont pas ainsi recouverts par une pellicule diaphane; et de là est venue l'expres- iiond'ijeux de morue dont on s'est servi pour désigner des yeux grands, à fleur de tête et cependant mauvais. Les mikhoires sont inégales en longueur : la supérieure est plus avancée que l'infé- rieure, au bout de laquelle on voit pendre un assez grand barbillon. Elles sont armées toutes' les deux de plusieurs rangées de dents fortes et aiguës. La première rangée en présente de beaucoup plus longues que les autres; et toutes ne sont pas articulées avec l'un des os maxillaires, de manière à ne se prêter à aucun mouvement. Plusieurs de ces dents sont au contraire très-mobiles, c'est-à-dire peuvent être, comme celles des squales, couchées et relevées sous différents angles, à la volonté de l'animal, et lui donner ainsi des armes plus appropriées à la nature, au volume et à la résistance de la proie qu'il cherche à dévorer. La langue est large, arrondie par devant, molle et lisse : mais on voit des dents petites et serrées au palais et auprès du gosier. Les opercules des branchies sont composés chacun de trois pièces, et bordés d'une bande souple et non ciliée. Sept rayons soutiennent chaque membrane branchiale. Le corps est allongé, légèrement comprimé, et revêtu d'écaillés plus grandes que celles qui recouvrent presque tous les autres gades. La ligne latérale suit à peu près la cour- bure du dos jusque vers les deux tiers de la longueur totale du poisson. On voit sur la morue trois grandes nageoires dorsales. Ce nombre de trois dans les nageoires du dos, distingue les gades du premier et du second sous-genre, ainsi que l'in- dique le tableau qui est à la tête de cet article; et il est d'autant plus remarquable, qu'excepté les espèces renfermées dans ces deux sous-genres, les eaux douces, aussi bien que les eaux salées, doivent comprendre un très-petit nombre de poissons osseux ou car- tilagineux dont les nageoires dorsales soient plus que doubles, et qu'on n'en trouve par- ticulièrement aucun à trois nageoires dorsales parmi les habitants des mers ou des ri- vières que nous avons déjà décrits dans cet ouvrage. Les poissons qui ont trois nageoires du dos, ont deux nageoires de l'anus placées comme les dorsales, à la suite l'une de l'autre. La morue a donc deux nageoires anales comme tous les gades du premier et du second sous-genre; et on a pu voir sur le tableau de sa famille que le premier aiguillon de la première de ces deux nageoires est épineux et non articulé. Les nageoires jugulaires sont étroites et terminées en pointe, comme celles de presque tous les gades; la caudale est un peu fourchue. Les morues parviennent très-souvent à une grandeur assez considérable pour peser un myriagramme : mais ce n'est pas ce poids qui indique la dernière limite de leurs di- mensions. Suivant le savant Pennant on en a vu, auprès des côtes d'Angleterre, une qui pesait près de quatre myriagrammes, etqui avait plus de dix-huit décimètres de longueur, sur seize décimètres de circonférence à l'endroit le plus gros du corps. L'espèce que nous décrivons est d'ailleurs d'un gris cendré, tacheté de jaunâtre sur le dos. La partie inférieure du corps est blanche, et (juelquefois rougeâtre avec des taches couleur d'or dans les jeunes individus. Les nageoires pectorales sont jaunâtres , une teinte grise distingue les jugulaires, ainsi que la seconde de l'anus. Toutes les autre nageoires présentent des taches jaunes. C'est principalement en examinant avec soin les organes intérieurs de la morue, que Camper, Monro et d'autres habiles anatomistes, sont parvenus à jeter un grand jour sur la structure interne des poissons, et particulièrement sur celle de leurs sens. On peut voir, par exemple, dans Monro, une très-belle description de l'ouïe de la morue : mais nous nous sommes déjà assez occupés de l'organe auditif des poissons, pour devoir nous contenter d'ajouter à tout ce que nous avons dit, et relativement au gade morue, que le grand os auditif contenu dans un sac placé à côté des canaux appelés demi-circulaires, et le petit os renfermé dans la cavité qui réunit le canal supérieur au canal moyen, pré- sentent un volume assez considérable, proportionnellement à celui de l'animal; que c'est à ces deux os qu'il faut rapporter les petits corps que l'on trouve dans les cabinets d'his- toire naturelle, sous le nom de pierres de worj/e, qu'un troisième os que l'on a découvert aussi dans l'anguille et dans d'autres osseux dont nous traiterons avant de terminer cet ouvrage, est situé dans le creux qui sert de communication aux trois canaux demi-circu- laires; et que la grande cavité qui comprend ces mômes canaux est remplie d'une ma* DES POISSONS. 81 tiêre visqueuse, au milieu de laquelle sont dispersés de petits corps sphériques auxquels aboutissent des ramifications nerveuses. v De petits corps semblables sont attachés à la cervelle et aux principaux rameaux des nerfs. Si de la considération de l'ouïe de la morue nous passons à celle de ses organes diges- tifs, nous trouverons qu'elle peut avaler dans un très-court espace de temps une assez grande quantité d'aliments : elle a en effet un estomac très-volumineux; et l'on voit auprès du pylore six appendices ou petits canaux branchus. Elle est très-vorace; elle se nourrit de poissons, de mollusques et de crabes. Elle a des sucs digestifs si puissants et d'une action si prompte, qu'en moins de six heures un petit poisson peut être digéré en entier dans son canal intestinal. De gros crabes y sont aussi bientôt réduits en chyle; et avant qu'ils ne soient amenés à l'état de bouillie épaisse, leur têt s'altère, rougit comme celui des écrevisses que l'on met dans de l'eau bouillante, et devient très-mou. La morue est même si goulue, qu'elle avale souvent des morceaux de bois ou d'autres substances qui ne peuvent pas servir à sa nourriture : mais elle jouit de la faculté qu'ont reçue les squales, d'autres poissons destructeurs et les oiseaux de proie; elle peut rejeter facilement les corps qui l'incommodent. L'eau douce ne paraît pas lui convenir; on ne la voit jamais dans les fleuves ou les rivières : elle ne s'approche même des rivages, au moins ordinairement, que dans le temps du frai; pendant le reste de l'année elle se tient dans les profondeurs des mers, et par conséquent elle doit être placée parmi les véritables poissons pélagiens. Elle habite parti- culièrement dans la portion de l'Océan septentrional comprise entre le quarantième degré de latitude et le soixante-sixième : plus au nord ou plus au sud, elle perd de ses qualités; et voilcà pourquoi apparemment elle ne doit pas être comptée parmi les poissons de la Méditerranée, ou des autres mers intérieures, dont l'entrée, plus rapprochée de l'équateur que le quarantième degré, est située hors des plages qu'elle fréquente. On la pêche dans la Manche, et on la prend auprès des côtes du Kamtschatka, vers le soixantième degré : mais dans la vaste étendue de l'Océan Boréal qu'occupe cette espèce, on peut distinguer deux grands espaces qu'elle semble préférer. Le premier de ces espaces remarquables peut être conçu comme limité d'un côté par le Groenland et par l'Islande de l'autre; parla Norwége, les côtes du Danemarck, de l'Allemagne, de la Hollande, de l'est et du nord de la Grande-Bretagne, ainsi que des îles Orcades; il comprend les endroits désignés par les noms de Dogger-bank, Vell-bank et Cramer; et on peut y rappor- ter les petits lacs d'eau salée des îles de l'ouest de l'Ecosse, où des troupes considérables de grandes morues attirent, principalement vers Gareloch, les pêcheurs des Orcades, de Peterhead, de Porisoy, de Firth et de 3Iurray. Le second espace, moins anciennement connu, mais plus célèbre parmi les marins, renferme les plages voisines de la Nouvelle-Angleterre, du cap Breton, de la Nouvelle- Ecosse, et surtout de l'île de Terre-Neuve, auprès de laquelle est ce fameux banc de sable désigné par le )iom de Grand-Banc, qui a près de cinquante myriamètres de longueur sur trente ou environ de largeur, au-dessus duquel on trouve depuis vingt jusqu'à cent mètres d'eau, et près duquel les morues forment des légions très-nombreuses, parce qu'elles y rencontrent en très-grande abondance les harengs et les autres animaux marins dont elles aiment à se nourrir. Lorsque, dans ces deux immenses portions de mer, le besoin de se débarrasser de la laite ou des œufs, ou la nécessité de pourvoir à leur subsistance, chassent les morues vers les côtes, c'est principalement près des rives et des bancs couverts de crabes ou de moules qu'elles se rassemblent; et elles déposent souvent leurs œufs sur des fonds rudes au milieu des rochers. Ce temps du frai qui entraîne les morues vers les rivages, est très-variable, suivant les contrées qu'elles habitent, et l'époque à laquelle le printemps ou Tété commence à régner dans ces mêmes contrées. Communément c'est vers le mois de février que ce frai a lieu auprès de la Norwége, du Danemarck, de l'Angleterre, de l'Ecosse, etc. : mais comme l'île de Terre-Neuve appartient à l'Amérique septentrional^, et par conséquent à un con- tinent beaucoup plus froid que l'ancien, l'époque de la ponte et de la fécondation des œufs y est reculée jusqu'en avril. Il est évident, d'après tout ce que nous venons de dire, que cette époque du frai est celle que l'on a dû choisir pour celle de la pêche. Il y a donc eu diversité de temps pour cette grande opération de la recherche des morues, selon le lieu où on a désiré de les 82 HISTOIRE NATURELLE prendre; el de plus, il y a eu différence dans les moyens de parvenir à les saisir, suivant les nations qui se sont occupées de leur poursuite : mais depuis plusieurs siècles les peu- ples industrieux el marins de l'Europe ont senti l'importance de la pèche des morues, et s"y sont livrés avec ardeur. Dès le quatorzième siècle, les Anglais et les habitants d'Amster- dam ont entrepris cette pèche, pour laquelle les Islandais, les Norwéglens, les Français et les Espagnols ont rivalisé avec eux plus ou moins heureusement; et vers le commence- ment du seizième, les Français ont envoyé sur le grand banc de Terre-Neuve les premiers vaisseaux destinés à en rapporter des morues. Puisse cet exemple mémorable n'être pas perdu pour les descendants de ces Français, el lorsque la grande nation verra luire le jour fortuné où l'olivier de la paix balancera sa tête sacrée, au milieu des lauriers de la victoire el des palmes éclatantes du génie, au-dessus des innombrables monuments élevés à sa gloire, qu'elle n'oublie pas que son zèle éclairé pour les entreprises relatives aux pèches importantes sera toujours suivi de l'accroissement le plus rapide de ses subsis- tances, de son commerce, de son industrie, de sa population, de sa marine, de sa puis- sance, de son bonheur! Dans la première des deux grandes surfaces où l'on rencontre des troupes très-nom- breuses de morues, et par conséquenl dans celle où l'on s'est livré plus anciennement à leur recherche, on n'a pas toujours employé les moyens les plus propres à atteindre le but que l'on aurait dû se pioposer. Il a été un temps, par exemple, où sur les côtes de Norvège on s'était servi de lilets composés de manière à détruire une si grande quantité de jeunes morues, et à dépeupler si vile les plages qu'elles avaient affectionnées, que, par une suite de ce sacrifice mal entendu de l'avenir au présent, un bateau monté de quatre hommes ne rapportait plus que six ou sept cents de ces poissons, de tel endroit où il en aurait pris, quelques années auparavant, près de six mille. 3Iais rien n'a été négligé pour les pèches faites dans les dix-septième et dix-huitième siècles, aux environs de l'ile de Terre-Neuve. Pieniièrement, on a recherché avec le plus grand soin les temps les plus favorables; c'est d'après les résultats des observations faites à ce sujet, que, vers ces parages, il est très-rare qu'on continue la poursuite des morues après le mois de juin, époque à laquelle les gades dont nous écrivons l'histoire s'éloignent à de grandes dislances de ces plages, pour chercher une nourriture plus abondante, ou éviter la dent meurtrière des squales el d'autres habitants des meis, redoutables par leur férocité. Les morues reparaissent auprès des côtes dans le mois de septembre, ou aux environs de ce mois ; mais dans cette saison, qui touche d'un côté à l'équinoxe de l'aufomtie, et de l'autre aux frimas de l'hiver, et d'ailleurs auprès de l'Amérique septentrionale, où les froids sont plus rigoureux et se font sentir plus tôt que sous le même degré de la partie boréale de l'ancien continent, les tempêtes et même les glaces peuvent rendre très-souvent la pèche trop incertaine el trop dangereuse, pour qu'on se détermine à s'y livrer de nouveau, sans attendre le printemps suivant. En second lieu, les préparatifs de celte importante el lointaine recherche des morues qui se montrent auprès de Terre-Neuve, ont élé faits, depuis un très-grand nombre d'an- nées, avee une prévoyance très-attentive. C'est dans ces opérations préliminaires qu'on a suivi avec une exactitude remarquable le principe de diviser le travail pour le rendre plus prompt et plus voisin de la perfection que l'on désire; el ce sont les Anglais qui ont donné à cet égard l'exemple à l'Europe commerçante. La force des cordes ou lignes, la nature des hameçons, les dimensions des bâtiments, tous ces objets ont été déterminés avec précision. Les lignes ont eu depuis un jusqu'à deux centimètres, ou à peu près, de circonférence, et quelquefois cent quarante-cinq mètres de longueur : elles ont élé faites d'un très-bon chanvre, el composées de fils très-fins, et cependant irès-forls, afin que les morues ne fussent pas trop effrayées, el que les pécheurs pussent sentir aisément l'agitation du poisson pris, relever avec facilité les cordes el les retirer sans les rompre. Le bout de ces lignes a élé garni d'un plomb qui a eu la forme d'une poire ou d'un cylindre, a pesé deux ou trois kilogrammes selon la grosseur de ces cordes, el a soutenu une empile longue de quatre à cincj mètres i. Communément les vaisseaux employés pour la pèche des morues ont élé de cent cin(|uante tonneaux au plus; et de trente hommes 1 Nous avons vu, dans l'article de la Haie boudée, que l'empile est un fil de chanvre, de crin, ou de métal, auquel le Imiin ou fiaincçou est attaché. DES POISSONS. 85 d'équipage. On a emporté des vivres pour deux, trois et jusqu'à iiuit mois, selon la lon- gueur du temps que l'on a cru devoir consacrer au voyage. On n'a pas manqué de se pour- voir de bois pour aider le dessèchement des morues, de sel pour les conserver, de tonnes et de petits barils pour y renfermer les différentes parties de ces animaux déjà préparées. Des bateaux particuliers ont été destinés à aller pécher, même au loin, les mollusques et les poissons propres à faire des appâts, tels que des sépies, des harengs, des éperlans, des trigles, des maquereaux, des capelans, etc. On se sert deces poissonsquelquefois lorsqu'ils sont salés, d'autres fois lorsqu'ils n'ont pas été imprégnés de sel. On en emploie souvent avec avantage de digérés à demi. On remplace avec succès ces poissons corrompus par des fragments d'écrevisse ou d'autres crabes, du lard et de la viande gâtée. Les morues sont même si imprudemment goulues, qu'on les trompe aussi en ne leur présentant que du plomb ou de l'étain façonné en pois- son, et des morceaux de drap rouge semblables par la couleur à de la chair ensanglantée; et si on a besoin d'avoir recours aux appâts les plus puissants, on attache aux hameçons le cœur de quelque oiseau d'eau, ou même lune jeune morue encore saignante; car la vo- racité des gades que nous décrivons est telle, que, dans les moments où la faim les ai- guillonne, ils ne sont retenus queparune force supérieure à la leur, et n'épargnent pas leur propre espèce. Lorsque les précautions convenables n'ont pas été oubliées, que l'on n'est contrarié ni par de gros temps ni par des circonstances extraordinaires, et qu'on a bien choisi le ri- vage ou le banc, quatre hommes suffisent pour prendre par jour cinq ou six cents morues. L'usage le plus généralement suivi sur le grand banc, est que chaque pêcheur établi dans un baril dont les bords sont garnis d'un bourrelet de paille, laisse plus ou moins filer sa ligne, en raison de la profondeur de l'eau, de la force du courant, de la vitesse de la dérive, et fasse suivre à cette corde les mouvements du vaisseau, en la traînant sur le fond contre lequel elle estretenuepar le poids de plomb dont elle est lestée. Néanmoins d'autres marins halent ou retirent de temps en temps leur ligne de quelques mètres, et la laissent ensuite retomber tout à coup, pour empêcher les morues de flairer les appâts et de les éviter, et pour leur faire plus d'illusion par les divers tournoiements de ces mêmes appâts, qui dés lors ont plus de rapports avec leur proie ordinaire. Les morues devant être consommées à des distances immenses du lieu où on les pêche, on a été obligé d'employer divers moyens propres à garantir de toute altération leur chair et plusieurs autres de leurs parties. Ces moyens se réduisent aies faire saler ou sécher. Ces opérations sont souvent exécutées par les pêcheurs, sur les vaisseaux qui les ont amenés; et on imagine bien, surtout d'après ce que nous avons déjà dit, qu'afin de ne rien perdre de la durée ni des objets du voyage, on a établi sur ces bâtiments le plus grand ordre dans la disposition du local, dans la succession des procédés, et dans la dis- tribution des travaux entre plusieurs personnes dont chacune n'est jamais chargée que des mêmes détails. Les mêmes arrangements ont lieu surla côte, mais avec debien plus grands avantages, lorsque les marins occupés de la pêche des morues ont à terre, comme les Anglais, des établissements plus ou moins commodes, et dans lesquels on est garanti des effets nui- sibles que peuvent produire les vicissitudes de l'atmosphère. Mais soit à terre, soit sur les vaisseaux, on commence ordinairement toutes les pré- parations de la morue par détacher la langue et couper la tète de l'animal. Lorsque en- suite on veut saler ce gade, on l'ouvre dans sa partie inférieure ; on met à part le foie ; et si c'est une femelle qu'on a prise, on ôte les œufs de l'intérieur du poisson : on habille ensuite la morue, c'est-à-dire, en termes de pêcheur, on achève de l'ouvrir depuis la gorge jusqu'à l'anus, que les marins nomment nombril, et on sépare des muscles, dans cette étendue, la colonne vertébrale, ce qu'on nomme désosser la morue. Pour mettre les gades dont nous nous occupons dans leur premier sel, on remplit, le plus qu'on peut, l'intérieur de leur corps de sel marin, oumuriate de soude; on en frotte leur peau; on les range par lits dans un endroit particulier de l'établissement construit à terre, ou de l'cntre-pont, ou encore de la cale du bâtiment, si elles sont préparées sur un vaisseau, et on place une couche de sel au-dessus de chaque lit. Les morues restent ainsi en piles pendant un, deux ou plusieurs jours, et quelquefois aussi entassées sur une sorte de gril, jusqu'à ce qu'elles aient jeté leur sang et leur eau; puis on les change de place, et on les sale à demeure, en les arrangeant une seconde fois par lits, entre lesquels on étend de nouvelles couches de sel. 84 HISTOIRE NATURELLE Lorsqu'en habillant les morues, on se contente de les ouvrir depuis la gorge jusqu'à l'anus, ainsi que nous venons de le dire, elles conservent une forme arrondie du côté de la queue, et on les nomme Morues rondes; mais le plus grand nombre des marins occupés de la pèche de Terre-Neuve remplacent cette opération par la suivante, surtout lors- qu'ils salent de grands individus. Ils ouvrent la morue dans toute sa longueur, enlèvent la colonne vertébrale tout entière, habillent le poisson à plat; et la morue ainsi habillée se nomme Morue plate. Si, au lieu de saler les gades morues, on veut les faire sécher, on emploie tous les pro- cédés que nous avons exposés, jusqu'à celui par lequel elles reçoivent leur premier sel. On les lave alors, et on les étend une à une sur la grève ou sur des rochers i, la chair en haut, de manière qu'elles ne se touchent pas; quelques heures après on les retourne. On recommence ces opérations pendant plusieurs jours, avec cette différence, qu'au lieu d'arranger les morues une à une, on les met par piles, dont on accroît successivement la hauteur, de telle sorte que, le sixième jour, ces paquets sont de cent cinquante, ou deux cents, et même quelquefois de cinq cents myriagrammes. On empile de nouveau les morues à plusieurs reprises, mais à des intervalles de temps beaucoup plus grands, et qui crois- sent successivement; et le nombre ainsi que la durée de ces reprises sont proportionnés à la nature du vent, à la sécheresse de l'air, à la chaleur de l'atmosphère, à la force du soleil. Le plus souvent, avant chacune de ces reprises, on étend les morues une à une, et pen- dant quelques heures. On désigne les divers empilements, en disant que les morues sont à leur premier, à leur second, à leur troisième soleil, suivant qu'on les met en tas pour la première, la seconde ou la troisième fois; et communément les morues reçoivent dix soleils, avant d'être entièrement séchées. Lorsque Ton craint la pluie, on les porte sur des tas de pierres placés dans des ca- banes, ou, pour mieux dire, sous des hangars qui n'arrêtent point l'action des courants d'air. Quelques peuples du nord de l'Europe emploient, pour préparer ces poissons, quelques procédés; dont un des plus connus consiste à dessécher ces gades sans sel, en les suspen- dant au-dessus d'un fourneau, ou en les exposant aux vents qui régnent dans leurs con- trées pendant le printemps. Les morues acquièrent par cette opération une dureté égale à celle du bois, d'où leur est venu le nom de Stock-fish (poisson en bâton); dénomination qui, selon quelques auteurs, dérive aussi de l'usage où l'on est, avant d'apprêter du stock- jlsh pour le manger, de le rendre plus tendre en le battant sur un billot. Les commerçants appellent dans plusieurs pays, Morue blanche, celle qui a été salée, mais séchée prompfement, et sur laquelle le sel a laissé une sorte de croûte blanchâtre. La Morue noire, pinnée ou brumôe, est celle qui, par un dessèchement plus lent, a éprouvé un commencement de décomposition, de telle soi te qu'une partie de sa graisse, se portant à la surface, et s'y combinant avec le sel, y a produit une espèce de poussière grise ou brune, répandue par taches. On donne aussi le nom de Morue verte à la morue salée, de Merluche h la morue sèche, et de Cabillaud à la morue préparée et arrangée dans des barils du poids de dix à quinze myriagrammes, et dont une douzaine s'appelle un Leth, dans plusieurs ports septen- trionaux d'Europe. Mais d'ailleurs un grand nombre de places de commerce ont eu, ou ont encore, diffé- rentes manières de désigner les morues distribuées en assortiments, d'après les divers degrés de leurs dimensions ou de leur bonté. A Nantes, par exemple, on appelait grandes Morues, les morues salées qui étaient assez longues pour que cent de ces poissons pesas- sent quarante-cinq myriagrammes; Morues mo^e>î/ée>-. i. Le Ble>me GATTORICI.XE. H. Le Blex.me SOCRCILLEIX. n. Le Blenme CORM'. 7. Le Blen.me temacilé. 8. Le Blenme sujéfien. 9. Le Blenme PASCÉ. 10. Le Blen.me coquillade. 1 1 . Le Ble.n.me SAUTEUR. 12. Le Blenme PINARU. SECOND SOUS-GENRE. Une *euh nageoire dortnie ; des pfnments on appendices sur lu tête. CARACTÈRES. Deux barbillons à la mâchoire supérieure, et un à l'inférieure. L'n apppnrlice palme auprès de chaque œil, et deux appendices semblables auprès de la nuque. \]n appendice palmi au-dessus de chaque œil; la ligne latérale courbe. Un appendice non palmé au-dessus de chaque œil. Un appendice non palme au-dessus de chaque œil ; une tache œillée sur la nageoire du dos. Un très-petit appendice non palmé au-dessus de chaque œil ; la ligne latérale courbe ; la nageoire du dos réunie à celle de la queue. Deux appendices non palmés entre les yeux; quatre ou cinq bandes transversales. Un appendice cutané et transversal. \]n appendice cartilagineux et longitudinal ; les nageoires pectorales presque aussi longues que le corps proprement dit ; deux rayons seulement à chacune des nageoires jugulaires. Un appendice lilamcntcux et longitudinal; trois rayons à chacune des nageoires jugulaires. TROISIÈME SOUS GENRE. Deux nageoires dorsales , point de barbillons ni d'appendices sur la tète. 13. Le Blenme I Un filament au-dessous de l'extrémité antérieure de la mâchoire d'en bas; deux GADOÏDE. } rayons seulement .1 chacune des nageoires jugulaires. li. Le Blenme 1 Point de filament à la mâchoire inférieure; trois rayons à la première nageoire du BELETTE. ( dos ; dcux rayons seulement h. chacune des nageoires jugulaires, la. Le Blennie i Un filament au-dessous de l'extrémité antérieure de la mâchoire inférieure; trois TRiDACTYLE. | rayons à chacune des nageoires jugulaires. QUATRIÈME SOUS-GENRE. / Une seule nageoire dorsale, point de barbillons ni d'appendices sur la tête, I Les ouvertures des narines tuberculeuses et frangées; la ligne latérale courbe. ILa mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure ; l'ouverture de l'anus à une distance à peu près égale de la gorge et de la nageoire caudale; la nageoire de l'anus réunie à celle de la queue, et composée environ de dix-huit rayons. ( Les ouvertures des narines tuberculeuses, mais non frangées; la ligne latérale ) droite; la nageoire de l'anus réunie à celle de la queue, et composée de plus de ) soixante rayons. Le corps très-allongé; les nageoires du dos, de la queue et de l'anus, distinctes l'une de l'autre; celle du dos très longue et très-basse; neuf ou dix taches rondes, placées chacune à demi sur la base de la nageoire doisale, et à demi sur le dos du blennie. Les nageoires jugulaires presque aussi longues que les pectorales ; une grande quan- tité de points autour des yeux, sur la nuque, et sur les opercules. Quelques dents placées vers le bout du museau, plus crochues et plus longues que les autres. Des taches transversales; trois rayons à chaque nageoire jugulaire. Un barbillon à la mâchoire inférieure; les nageoires jugulaires charnues et divisées chacune en quatre lobes. 16. Le Blennie PHOLIS. 17. Le Blennie bosquien. 18. Le Blennie ovovivipare. 19. Le Blennie GUNNEL. 20. Le Blennie pointu.lk. 21. Le Blenme GARAMIT. 22. Le Blenme lumpène. 25. Le Blennie T0R8K. î LE BLENNIE LIÈVRE. Blcnnius ocellaris, BI.,Cuv., Linn., Gmel.; Blennius Lepus, Lacep. «. L'homme d'clat ne considérera pas avec autant (rintérèt les blennies que les gades; il ne les verra pas aussi nombreux, aussi grands, aussi bons à manger, aussi salubres, aussi recbercbcs que ces derniers, faire nailrc, comme ces mômes gades, des légions de pécheurs, les attirer atix extrémités de l'Océan, les contraindre h braver les tempêtes, les glaces, les brumes, et les changer bientôt en navigateurs intrépides, en ouvriers indus- trieux, en marins habiles et expérimentés : mais le physicien étudiera avec curiosité tous les détails des habitudes des blennies; il voudra les suivre dans les différents climats qu'ils habitent; il désirera de connaître toutes les manières dont ils viennent à la lumière, 1 Du sous-gcnrc des Blennies proprement dites, dans le genre Blennie de M. Cuvier, D. DES POISSONS. 101 se développent, croissent, attaquent leur proie ou l'attendent en embuscade, se dérobent à leurs ennemis par la ruse, ou leur échappent par leur agilité. Nous ne décrirons cepen- dant d'une manière étendue que les formes et les mœurs des espèces remarquables par ces mêmes mœurs ou par ces mêmes formes ; nous n'engagerons à jeter qu'un coup d'œil sur les autres. Où il n'y a que peu de différences à noter, et, ce qui est la même chose, peu de rapports à saisir, avec des objets déjà bien observés, il ne faut qu'un petit nom- Ijre de considérations pour parvenir à voir clairement le sujet de son examen. Le blennie lièvre est une de ces espèces sur lesquelles nous appellerons pendant peu de temps l'attention des naturalistes. Il se trouve dans la Méditerranée; sa longueur ordinaire est de deux décimètres. Ses écailles sont très-petites, enduites d'une humeur visqueuse; et c'est de cette liqueur gluante dont sa surface est arrosée, que vient le nom de Blennius en latin, et de Blennie ou de Blenne en français, qui lui a été donné ainsi qu'aux autres poissons de son genre tous plus ou moins imprégnés d'une substance oléagineuse, le mot g)svvo5 en grec, signifiant mucosité. Sa couleur générale est verdâtre, avec des bandes transversales et irrégulières d'une nuance de vert plus voisine de celle de l'olive; ce verdâtre est, sur plusieurs individus, remplacé par du bleu, particulièrement sur le dos. La première nageoire dorsale est ou bleue comme le dos, ou olivâtre avec de petites taches bleues et des points blancs ; et indé- pendamment de ces points et de ces petites gouttes bleues, elle est ornée d'une tache grande, ronde, noire, ou d'un bleu très-foncé, entourée d'un liséré blanc, imitant une prunelle entourée de son iris, représentant vaguement un œil ; et voilà pourquoi le blen- nie lièvre a été appelé OEiUê; et voilà pourquoi aussi il a été nommé poisson papillon {Butterfly fish en anglais). Sa tête est grosse, ses yeux sont saillants; son iris brille de l'éclat de l'or. L'ouverture de sa bouche est grande ; ses mâchoires, toutes les deux également avancées, sont armées d'un seul rang de dents étroites et très-rapprochées. Un appendice s'élève au-dessus de chaque œil; la forme de ces appendices, qui ressemblent un peu à deux petites oreilles redressées, réunie avec la conformation générale du museau, ayant fait trouver par des marins peu difficiles plusieurs rapports entre la tête du lièvre et celle du blennie que nous décrivons, il ont proclamé ce dernier Lièvre marin, et d'habiles naturalistes ont cru ne devoir pas rejeter cette expression. La langue est large et courte. Il n'y a qu'une pièce à chaque opercule branchial ; l'anus est plus près de la tête que de la nageoire caudale, et la ligne latérale plus voisine du dos que du ventre. On compte sur ce blennie deux nageoires dorsales ; mais ordinairement elles sont si rap- prochées l'une de l'autre, que souvent on a cru n'en voir qu'une seule. Pour ajouter au parallèle entre le poisson dont nous traitons et le vrai lièvre de nos champs, on a dit que sa chair était bonne à manger. Elle n'est pas, en efTet, désagréable au goût ; mais on y attache peu de prix. Au reste, c'est à cet animal qu'il faut appliquer ce que Pline rapporte de la vertu que l'on attribuait de son temps aux cendres des blen- nies, pour la guérison ou le soulagement des maux causés par la présence d'un calcul dans la vessie, LE BLENNIE PHYCIS. Phycis Tinca, Schn.; Phycis mediterraneus, Laroche, Cuv.; Blennius Phicis, Linn., Gmel, i. Ce poisson est un des plus grands blennies : il parvient quelquefois jusqu'à la longueur de cinq ou six décimètres. Un petit appendice s'élève au-dessus de l'ouverture de chaque narine, et sa mâchoire inférieure est garnie d'un barbillon. Ce dernier filament, ses deux nageoires dorsales et son volume, le font ressembler beaucoup à un gade; mais la forme de ses nageoires jugulaires, qui ne présentent que deux rayons, le place et le retient parmi les vrais blennies. Les couleurs du phycis sont sujettes à varier, suivant les saisons. Dans le printemps, il a la tête d'un rouge plus ou moins foncé; presque toujours son dos est d'un brun plus ou moins noirâtre; ses nageoires pectorales sont rouges, et un cercle noir entoure son anus. On trouve ce blennie dans la Méditerranée. i M. Cuvier retire les phycis du genre Blennie, pour les reporter dans celui des Gades où ils forment un sous-genre particulier entre les Brotules et les Raniceps. D. LiCÉPÈDE.— rOJIE 11. 7 102 HISTOIRE NATURELLE LE BLENNIE MÉDITERRANÉEN. Blcnnius meditcrrancus, Lacep. i. Cette espèce a été jusqu'à présent comprise parmi les gades sous le nom de Méditerranéen ou de Monoptère; mais elle n'a que deux rayons à chacune deses nageoires jugulaires, et dès lors nous avons dû l'inscrire parmi les blennies. Nous l'y avons placée dans le second souS'genre, parce qu'elle a des barbillons sur la tète, et que son dos n'est garni que d'une seule nageoire. Elle tire son nom de la mer qu'elle babitc. Elle vit dans les mêmes eaux salées que le gadecapelan, le gade mustcllc et le gade merlus, avec lesquels elle a beaucoup de rapports. Indépendamment des deux filaments situés sur sa mtkhoire d'en haut, il y en a un attaché à la mâchoire inférieure. LE BLENNIE GATTORUGLNE. Blennius palnicornis, Penn., Cuv.; Tllennius Galtorugine, Lacep. 2. Le galtorugine habite dans l'Océan Atlantique et dans la Mediterranee.il n'a guère plus de deux décimètres de longueur : aussi ne se nourrit-il que de petits vers marins, de petits crustacées et de très-jeunes poissons. Sa chair est assez agréable au goût. Ses cou- leurs ne déplaisent pas. On voit sur sa partie supérieure des raies brunes, avec des taches, dont les unes sont d'une nuance claire, et les autres d'une teinte foncée. Les nageoires sont jaunâtres. Il n'y en a qu'une sur le dos dont les premiers rayons sont aiguillonnés, et les derniers très-longs. La tête est petite; les yeux sont saillants et très- rapprochés du sommet de la tète; l'iris est rougeâtre. Deux appendices palmés paraissent auprès de l'organe de la vue, et deux autres semblables sur la nuque. Les mâchoires également avancées l'une et l'autre, sont garnies d'un rang de dents aiguës, déliées, blanches et flexibles, la langue est courte; le palais lisse; l'opercule branchial composé d'une seule lame; l'anus assez voisin de la gorge, et la ligne latérale droite ainsi que rapprochée du dos. LE BLENNIE SOURCILLEUX. Blennius superciliosus, Bl., Cuv., Lacep. 3. Les mers de l'Inde sont le séjour habituel de ce blennie. Comme presque tous les pois- sons des contrées équatoriales, il a des couleurs agréables et vives; un jaune plus ou moins foncé, plus ou moins voisin du brillant de l'or, ou de l'éclat de l'argent, et relevé par de belles taches rouges, règne sur tout son corps. Il se nourrit de jeunes crabes et de petits animaux à coquilles; et dès lors nous ne devons pas être surpris, d'après ce que nous avons déjà indiqué plusieurs fois, que ce sourcilleux présente des nuances riches et bien contrastées. Plusieurs causes se réunissent pour produire sur ses téguments ces tein- tes distinguées : la chaleur du climat qu'il habile, l'abondance de la lumière qui inonde la surface dos mers dans lesquelles il vit, et la nature de l'aliment qu'il préfère, et qui nous a paru être un des principes de la brillante coloration des poissons. Mais quoique ce blennie, exposé aux rayons du soleil, puisse paraître quelquefois parsemé, pour ainsi dire, de rubis, de diamants et de topazes, il est encore moins remarquable par sa parure que par ses habitudes. Ses petits sortent de l'œuf dans le ventre de la mère, et viennent au jour tout formés. Il n'est pas le seul de son genre dont les œufs éclosent ainsi dans l'intérieur de la femelle. Ce phénomène a été particulièrement observé dans le blennie que les naturalistes ont nommé pendant longtemps le Vivipare. Nous reviendrons sur ce fait, en traitant, dans un moment, de ce dernier poisson. Considérons néanmoins déjàque le sourcilleux, que sa manière de venir à la lumière lie, par une habitude peu commune parmi les poissons, avec l'anguille, avec les silures, et peut-être avec le gade lote, a, comme tous ces osseux, le corps très-allongé, recouvert d'écaillés très-menues, et enduit d'une mucosité très-abondante. Au reste, sa tète est étroite; ses yeux sont saillants, ronds, placés sur les côtés, et sur- montés chacun d'un appendice palmé et divisé en trois, qui lui a fait donner le nom qu'il porte. L'ouverture de la bouche est grande; la langue courte; le palais lisse; la mâchoire 1 M. Cuvier ne fait pas mention de cette espèce. D. 2 Du sous-genre des Blennies proprement dites, dans le genre Blennie, Cuv. D. - Du sous-genre Clinus dans le genre Blennie, Cuv. l). DES POISSONS. 105 d'en haut aussi avancée que l'inférieure, et hérissée d'un rang extérieur de grosses dents, et de plusieurs rangées de dents intérieures plus petites et très-pointues; l'opercule branchial composé d'une seule lame, ainsi que dans presque tous les blennies; la ligne latérale courbe; l'anus large comme celui d'un grand nombre de poissons qui se nour- rissent d'animaux à têt ou à coquille, et d'ailleurs plus voisin de la gorge que de la nageoire caudale. Tous les rayons de la nageoire du dos sont des aiguillons, excepté les cinq ou six derniers. LE BLENNIE CORNU. Blennius cornutus, Linn. , Lacep. LE BLENNIE TENTACULE. Blennius tentacularis, Linn., Cuv.; El. tentaculatus, Lacep. LE BLENNIE SUJÉFIEN. Blennius sujefianus, Lacep.; BL simus, Linn. ET LE BLENNIE FASCÉ. Blennius fasciatus, Linn., Bl. i. Le cornu présente un appendice long, effilé, non palmé, placé au-dessus de chaque œil; une multitude de tubercules à peine visibles, et disséminés sur le devant ainsi que sur les côtés de la tète; une dent plus longue que les autres de chaque côté de la mâchoire inférieure ; une peau visqueuse, parsemée de points ou de petites taches rous- sâtres : il vit dans les mers de l'Inde, et a été décrit, pour la première fois, par l'im- mortel Linnée. Le tentacule que l'on pêche dans la Méditerranée, ressemble beaucoup au cornu; il est allongé, visqueux, orné d'un appendice non palmé au-dessus de chaque œil, coloré par points ou par petites taches très-nombreuses. Mais indépendamment que ces points sont d'une teinte très-brune, on voit sur la nageoire dorsale une grande tache ronde qui imite un œil, ou, pour mieux dire, une prunelle entourée de son iris. De plus, le dessous de la tète montre trois ou quatre bandes transversales et blanches; l'iris est argenté avec des points rouges; des bandes blanches et brunes s'étendent sur la nageoire de l'anus; les dents sont très-peu inégales; et enfin, en passant sous silence d'autres dissemblances moins faciles à saisir avec précision, le tentacule paraît différer du cornu par sa taille, ne parvenant guère qu'à une longueur moindre d'un décimètre. Au reste, peut-être, mal- gré ce que nous venons d'exposer, et l'autorité de plusieurs grands naturalistes, ne fau- drait-il regarder le tentacule que comme une variété du cornu, produite par la dilférence des eaux de la Méditerranée à celles des mers de l'Inde. Quoi qu'il en soit, c'est Brunnich, qui a fait connaître le tentacule, en décrivant les poissons des environs de Marseille. Le sujéfien a un appendice non palmé au-dessus de chaque œil, comme le cornu et le tentacule; mais cet appendice est très-petit. Nous lui avons donné le nom de Sujéfien, parce que le naturaliste Sujef en a publié la description. Il parvient à la longueur de plus d'un décimètre. Son corps est menu ; l'ouverture de sa bouche, placée au-dessous du museau, chacune de ses mâchoires garnie d'une rangée de dents très-courtes, égales et très-serrées; son opercule branchial composé de deux pièces; sa nageoire dorsale précédée d'une petite élévation ou loupe graisseuse, et réunie à celle de la queue, qui est arrondie. Les mers de l'Inde, qui sont l'habitation ordinaire du cornu, nourrisseiït aussi le fascé. Ce dernier blennie est enduit d'une mucosité très-gluante. Sa partie supérieure est d'un bleu tirant sur le brun, sa partie inférieure jaunâtre : quatre ou cinq bandes brunes et transversales relèvent ce fond; les intervalles qui séparent ces fascies, sont rayés de brunâtre; d'autres bandes ou des taches brunes paraissent sur plusieurs nageoires; celle de la queue, qui d'ailleurs est arrondie, montre une couleur grise. Deux appendices non palmés s'élèvent entre les yeux; la tête, brune par-dessus et jau- nâtre par-dessous, est assez petite; l'ouverture branchiale très-grande; celle de l'anus un peu rapprochée de la gorge, et la ligne latérale peu éloignée du dos. 1 Les deux premiers et le quatrième de ces poissons sont du sous-genre des Blennies proprement dites dans le genre Blennie de M. Cuvicr. Le troisième est de son sous-genre Salarias. 1). i04 HISTOIRE NATURELLE LE BLENNIE COQUILLADE. Blennius Galerita, Bleniiius Coquillad, Lacep. i. On pèche ce poisson dans l'Océan d'Europe, ainsi que dans la Méditerranée. Il n'a pas ordinairement deux décimètres de longueur. Sur sa tête parait un appendice cutané, transversal, un peu mobile, et auquel on a donné le nom de Crète. Il habite parmi les rochers des rivages. 11 échappe facilement à la main de ceux qui veulent le retenir, parce que son corps est délié et très-muqueux. Sa partie supérieure est brune et mouchetée. Sa partie inférieure d'un vert foncé et noirâtre. On a comparé à une émeraude la couleur et l'éclat de sa vésicule du fiel. Sa chair est molle. Il vit assez longtemps hors de Teau, parce que, dit Rondelet, l'ouverture de ses branchies est fort petite; ce qui s'accorde avec les idées que nous avons exposées dans notre premier Discours, sur les causes de la mortalité des poissons au milieu de l'air de l'atmosphère. D'ailleurs on peut se souvenir que nous avons placé parmi ceux de ces animaux qui vivent avec plus de facilité hors de l'eau, les osseux et les cartilagineux qui sont pénétrés d'une plus grande quantité de matières huileuses propres à donner aux membranes la souplesse convenable. LE BLENNIE SAUTEUR. Blennius saliens, Lacep. , Ciiv. 2. Nous avons trouvé une description très-détaillée et très-bien faite de ce blennic dans les manuscrits de Commerson, que Buffon nous a confiés dans le temps, en nous invitant à continuer son immortel ouvrage. On n'a encore rien publié relativement à ce poisson, que le savant Commerson avait cru devoir inscrire dans un genre particulier, et nommer VAltiqiie suuteiir. Mais il nous a paru impossible de ne pas le comprendre parmi les blen- nies, dont il a tous les caractères généraux, et avec lesquels l'habile voyageur qui l'a observé le premier, a trouvé lui-même qu'il offrait les plus grands rapports. Nous osons même penser que si Commerson avait été à portée de comparer autant d'espèces deblen- nies que nous, les caractères génériques qu'il aurait adoptés pour ces osseux auraient été tels, qu'il aurait renfermé son sauteur dans leur groupe. Nous avons donc remplacé la dénomination d'Altiqiie sauteur par celle de Blennie sauteur, et réuni dans le cadre que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, ce que présentent de plus remarquable les formes et les habitudes de ce poisson. Ce blennie a été découvert auprès des rivages et particulièrement des récifs de la Nou- velle-Bretagne, dans la mer du Sud. Il y a été observé en juillet 1768, lors du célèbre voyage de notre confrère Bougainville. Commerson l'yavusemonlrer par centaines. Il est très-petit, puisque sa longueur totale n'est ordinairement que de soixante-six millimètres, sa plus grande largeur de cinq, et sa plus grande hauteur de huit. Il s'élance avec agilité, glisse avec vitesse, ou, pour mieux dire, et pour me servir de l'expression de Commerson, vole sur la surface des eaux salées; il préfère les rochers les plus exposés à être battus par les vagues agitées, et là, bondissant, sautant, ressaulant, allant, revenant avec rapidité, il se dérobe en un clin d'œil à l'ennemi qui se croyait près de le saisir, et qui ne peut le prendre que très-diflicilement. Il a reçu un instrument très-propre à lui donner cette grande mobilité. Ses nageoires pectorales ont une surface très-étendue, relativement à son volume; elles représentent une sorte de disque lorsqu'elles sont déployées; et leur longueur, de douze millimètres, fait que, lorsqu'elles sont couchées le long du corps, elles atteignent à très-peu près jus- qu'à l'anus. Ce rapport de forme avec des pégases, des scorpènes, des trigles, des exocets, et d'autres poissons volants, devait lui en donner aussi un d'habitude avec ces mêmes animaux, et le douer de la faculté de s'élancer avec plus ou moins de force. La couleur du blennie sauteur est d'un brun rayé de noir, qui se change souvent en l)lou clair rayé ou non rayé, api es la mort du poisson. On a pu juger aisément, d'après les dimensions que nous avons rapportées, de la forme Ircs-allongee du sauteur; mais de plus, il est assez comprimé par les côtés pour ressem- bler un peu à une lame. La mâchoire supérieure étant plus longue que l'inférieure, l'ouverture de la bouche se trouve placée au-dessous du museau. 1 Du sous-genre des Blennies proprement dites, dans le genre Blennic, Cuv. D. 2 Du sous-gcnre Salarias, dans le genre Blennie de M. Cuvier. D. DES POISSONS. 105 Les yeux sont situés très -près du sommet de la tête; gros, ronds, saillants, brillants par leur iris, qui a la couleur et l'éclat de l'or; et auprès de ces organes, on voit sur l'occiput une crête ou un appendice ferme, cartilagineux, non composé de rayons, parsemé de points, long de quatre millimètres ou environ, arrondi dans son contour, et élevé non pas transversalement, comme celui de la coquillade, mais longitudinalement. Deux lames composent chaque opercule branchial. La peau du sauteur est enduite d'une mucosité très-onctueuse. Commerson dit qu'on n'aperçoit pas d'autre ligne latérale qne celle qui indique l'inter- valle longitudinal qui règne de chaque côté entre les muscles dorsaux et les muscles latéraux. LE BLENNIE PINARU. Blennius Pinaiu, Lacep.; Blennius pilicornis, Cuv. i. Le pinaru ressemble beaucoup au blennie sauteur. Il habite, comme ce dernier poisson, dans les mers voisines de la ligne. Un appendice longitudinal s'élève entre ses yeux, de même qu'entre ceux du sauteur; mais celle sorte de crête est composée de petits fila- ments de couleur noire. De plus, le sauteur, ainsi que le plus grand nombre de blennies, n'a que deux rayons à chacune de ses nageoires jugulaires; et le pinaru a ses nageoires jugulaires soulenues par trois rayons. La ligne latérale de ce dernier osseux est d'ailleurs courbe vers la tête, et droite dans le reste de sa longueur. On le trouve dans les deux Indes. LE BLENNIE GADOIDE. Blennius gadoides, Lacep. LE BLENNIE BELETTE. Blennius mustelaris, Linn.; Blennius mustela, Lac. 2. ET LE BLENNIE TRIDACTYLE. Blennius tridactylus, Lacep. 3. Ces trois poissons appartiennent au troisième sous-genre des blennies : ils ont deux nageoires sur le dos; et on ne voit pas de barbillons ni d'appendices sur la partie supé- rieure de leur tête. Le gadoïde a été découvert par Brunnich. Ce naturaliste l'a considéré comme tenant le milieu entre les gades et les blennies; et c'est pour désigner celte position dans l'ensemble des êtres vivants, que je lui ai donné le nom de Gadoide. Il a été compris parmi les gades par plusieurs célèbres naturalistes : mais la nécessité de former les différents genres d'animaux conformément au plus grand nombre de rapporis qu'il nous est possible d'en- trevoir, et de les indiquer par des traits précis et faciles à distinguer, nous a forcés d'exiger pour les deux familles des blennies et des gades, des caractères d'après lesquels nous avons dû placer le gadoïde parmi les blennies. Ce poisson habite dans la Méditerranée. Il est mou, étroit, légèrement comprimé. Sa longueur analogue à celle de la plupart des blennies, ne s'élend guère au-delà de deux décimètres. Sa mâchoire inférieure est plus courte que la supérieure, marquée de chaque côté de sept ou huit points ou petits enfoncements, et garnie, au-dessous de son bout antérieur, d'un filament souvent très-long. On voit deux aiguillons sur la nuque; la ligne latérale est droite. L'animal est blanchâtre, avec la tête rougoàtre. Des teintes noires régnent sui' le haut delà première nageoire dorsale, sur les bords et plusieurs aulres portions de la seconde nageoire du dos, sur une partie de celle de l'anus, et sur celle de la queue. Il est aisé de séparer de cette espèce de blennie celle à laquelle nous conservoîis le nom de Belette. En effet, ce dernier poisson n'a point de filament au-dessous du museau, et on ne compte que trois rayons à sa première nageoire dorsale. Il a été découvert dans l'Inde. Le tridactyle a été considéré jusqu'à présent comme un Gade; il a surtout beaucoup 1 Du sous-genre des Blennies proprement dites dans le genre Blennie, Cuv. D. 2 Du sous-genre Clinus dans le genre Blennie, Cuv. D. 5 M. Cuvier ne mentionne, ni cette espèce, ni celle du Blennie gadoïde. D. 106 HISTOIRE NATURELLE de rcssoniblaiioc avec le gado niustelle el le ciinbre. 11 a, de même que ces derniers animaux, la première nageoire dorsale cachée presque en entier dans une sorte de sillon longitudinal, et composée de rayons qui tous, excepté un, sont extrêmement courts et difilcilcs à distinguer les uns des autres. Mais chacune de ses nageoires jugulaires n'est soutenue que par trois rayons; et cela seul aurait dû nous engager à le rapporter aux blennies plutôt qu'aux gades. Les nageoires jugulaires, ou thoracines, ayant été compa- rées, aussi bien que les abdominales, aux pieds de derrière des quadrupèdes, les rayons de ces organes de mouvement ont été assimilés à des doigts; et c'est ce qui a déterminé à donner au blennie que nous examinons, le nom spécifique de Tridacty le, on à ti-ois doigts. D'ailleurs, dans cet osseux, les trois rayons de chaque nageoire jugulaire ne sont pas réunis par une membrane h leur extrémité, et cette séparation vers un de leurs bouts les fait paraître encore plus analogues aux doigts des quadrupèdes. La tète du tridactylc est un peu aplatie. Ses mâchoires sont garnies de dents recour- bées : celle d'en bas présente un long barbillon au-dessous de son extrémité antérieure. On voit au-dessus de chaque nageoire pectorale une rangée longitudinale de tubercules, qui sont, en quelque sorte, le commencement de la ligne latérale. Cette dernière ligne se fléchit très-près de son origine, forme un angle obtus, descend obliquement et se coude de nouveau pour tendre directement vers la nageoire de la queue. La couleur de la partie supérieure de l'animal est d'un brun foncé ; les plis des lèvres, et des bords de la membrane branchiale, sont d'un blanc très-éclatant. Ce blennie habite dans les mers qui entourent la Grande-Bretagne; le savant auteur de la Zoologie britannique l'a fait connaître aux naturalistes. LE BLENxXlE PHOLIS. Blcnnius Pholis, Linn., Gmel., Lacep., Cuv. i. Les Blennies dont il nous reste à traiter, forment le quatrième sous-genre de la famille que nous considérons; ils n'ont ni barbillons ni appendices sur la tête, et leur dos ne présente qu'une seule nageoire. Le premier de ces poissons dont nous allons parler, est le pholis. Cet osseux a l'ou- verture de la bouche grande, les lèvres épaisses, la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure, et garnie, ainsi que cette dernière, de dents aiguës, fortes et serrées. Les ouvertures des narines sont placées au bout d'un petit tube frangé. La langue est lisse, le palais rude, l'œil grand, l'iris rougeâtre, la ligne latérale courbe, et l'anus plus proche de la gorge que de la nageoire caudale. La couleur du pholis est olivâtre avec de petites taches dont les unes sont blanches, et les autres d'une teinte foncée. Ce blennie vit dans l'Océan et dans la Méditerranée. Il s'y tient auprès des rivages, souvent vers les embouchures des fleuves; il s'y plaît au milieu des algues; il y nage avec agilité; il dérobe aisément à ses ennemis son corps enduit d'une humeur ou bave très-abondante et très-visqueuse, qui lui a fait donner un de ses noms ; et quoiqu'il n'ait que deux décimètres de longueur, il se débat avec courage contre ceux qui l'attaquent, les mord avec obstination, cl défend de toutes ses forces une vie qu'il ne perd d'ailleurs que diflicilemenl. Il n'aime pas seulement à se cacher au-dessous des plantes marines, mais encore dans la vase; il s'y enfonce comme dans nn asile, ou s'y place comme dans une embuscade. Il se retire aussi très-souvent dans des trous de rocher, y pénètre fort avant, et de là vient le nom de Perce-pierre qu'on a donné à presque tous les blennies, mais qu'on lui a parti- culièrement appliqué. 11 se nourrit de très-jeunes poissons, de très-petits crabes, ou d'œufs de leurs espèces; il recherche aussi les animaux à coquille et principalement les bivalves, sur lesquels la faim et sa grande hardiesse le portent quelquefois à se jeter sans précaution à l'instant où il peut devenir la victime de sa témérité, être saisi entre les deux battants refermés avec force sur lui ; et c'est ainsi que fut pris comme dans un piège, un petit i)oisson que nous croyons devoir rapporter à l'espèce du blennie pholis, qui fut trouvé dans une huître au moment où l'on en écarta les deux valves, qui devait y être renfermé depuis longtemps, puisque l'huître avait été apportée à un très-grand nombre de myrianiètres de la mer, et que découvrit ainsi, il y a plus de vingt ans, dans une sorte d'habitation très-extraoa-dinaire, mon compatriote et mon ancien ami M. Saint- 1 Du sous genre dus Blennies proprement dites dans le genre Blennie, Cuv. D. DES POISSONS. 107 Amans, professeur d'histoire naturelle dans l'école centrale du département de Lot-et- Garonne, connu depuis longtemps du public par plusieurs ouvrages très-intéressants, ainsi que par d'utiles et courageux voyages dans les hautes Pyrénées. LE BLENNIE BOSQUIEN. Blennius boscianus, Lacep. M. Bosc, l'un de nos plus savants et plus zélés naturalistes, qui vient de passer plu- sieurs années dans les États-Unis d'Amérique, où il a exercé les fonctions de consul de la République française, a découvert dans la Caroline ce blennie, auquel j'ai cru devoir donner une dénomination spécifique qui rappelât le nom de cet habile naturaliste. 31. Bosc a bien voulu me communiquer la description et le dessin qu'il avait fait de ce blennie : l'une m'a servi à faire un article; j'ai fait graver l'autre avec soin; et je m'em- presse d'autant plus de témoigner ici ma reconnaissance à mon ancien confrère pour cette bienveillante communication, que, peu de temps avant son retour en Europe, il m'a fait remettre tous les dessins et toutes les descriptions dont il s'était occupé dans l'Amérique septentrionale, relativement aux quadrupèdes ovipares, aux serpents et aux poissons, en m'invitant à les publier dans l'Histoire naturelle dont cet article fait partie. J'aurai une grande satisfaction à placer dans mon ouvrage les résultats des observations d'un naturaliste aussi éclairé et aussi exact que M. Bosc. Le blennie qu'il a décrit ressemble beaucoup au pholis dont nous venons de parler; mais il en diffère par plusieurs traits de sa conformation, et notamment par la proportion de ses mâchoires, dont l'inférieure est la plus longue, pendant que la supérieure du pholis est la plus avancée. D'ailleurs l'anus du pholis est plus près de la gorge que de la nageoire caudale, et celui du bosquien est à une distance à peu près égale de ces deux portions du corps de l'animal. La tête du bosquien est, en quelque sorte, triangulaire; le front blanchâtre est un peu aplati; l'œil petit; l'iris jaune; chaque mâchoire garnie de dents menues, très-nombreu- ses et très-recourbées; la membrane branchiale étendue et peu cachée par l'opercule; le corps comprimé, dénué en apparence d'écaillés, gluant, d'une couleur verte foncée, variée de blanc, et relevée par des bandes brunes cependant peu marquées. Les nageoires sont d'une teinte obscure, et tachetées de brun. Les onze premiers rayons de celle du dos sont plus courts et plus émoussés que les autres. Ceux qui soutiennent la nageoire de l'anus, se recourbent en arrière à leur extrémité : cette nageoire de l'anus et la dorsale touchent celle de la queue, qui est arrondie. Le bosquien a près d'un décimètre de longueur totale ; sa hauteur est de vingt-sept millimètres, et sa largeur de neuf. Cette espèce, suivant M. Bosc, est très-commune dans la baie de Charleston. Lorsqu'on veut la saisir, elle se défend en mordant son ennemi, comme la murène anguille, avec laquelle elle a beaucoup de ressemblance; et c'est cette manière de chercher à sauver sa vie, que M. Bosc a indiquée par le nom distinctif de morsitans qu'il lui a donné dans sa description latine, et que j'ai dû, malgré sa modestie, changer en une dénomination dictée par l'estime pour l'observateur de ce blennie. LE BLENNIE OVOVIVIPARE. Blennius viviparus, Linn., Gmel ; Blennius ovoviviparus, Lacep. i. De tous les poissons dont les petits éclosent dans le ventre de la femelle, viennent tout formés à la lumière, et ont fait donner à leur mère le nom de Vivipm-e, le blennie que nous allons décrire, est l'espèce dans laquelle ce phénomène remarquable a pu être observé avec plus de soin et connu avec plus d'exactitude. Voilà pourquoi on lui a donné le nom distinctif de Vivipare, que nous n'avons pas cru cependant devoir lui conserver sans modification, de peur d'induire plusieurs de nos lecteurs en erreur, et que nousavons rem- placé par celui d'Ovovivipare, afin d'indiquer que s'il n'éclôt pas hors du ventre de la mère, s'il en sort tout formé, et déjà doué de presque tous ses attributs, il vient néan- moins d'un œuf, comme tous les poissons, et n'est pas véritablement vivipare dans le sens où l'on emploie ce mot lorsqu'on parle de l'homme, des quadrupèdes à mamelles, et des 1 Du sous-genre Zoarcès, dans le genre Blennius, selon M. Cuvicr. D. i08 HISTOIRE NATURELLE célacées i. Voilà pourquoi nous allons entrer dans quelques détails relativement à la manière de venir au jour, du blennie dont nous écrivons l'histoire, non-seulement pour bien exposer tout ce qui peut concerner cet animal curieux, mais encore pour jeter un nouveau jour sur les différents modes de reproduction de la classe entière des poissons. Mais auparavant montrons les traits distinclifs et les formes principales de ce blennie. L'ouverture de sa bouche est petite, ainsi que sa tête : les mâchoires, dont la supérieure est plus avancée que l'inférieure, sont garnies de petites dents et recouvertes par des lèvres épaisses; la langue est courte et lisse comme le palais; deux os petits et rudes sont placés auprès du gosier; les orifices des narines paraissent chacun au bout d'un petit tube non frangé; le ventre est court; l'ouverture de l'anus très-grande; la ligne latérale droite; la nageoire de l'anus composée de plus de soixante rayons, et réunie à celle de la queue; et souvent cette dernière se confond aussi avec celle du dos. Les écailles qui revêtent l'ovovivipare sont très-petites, ovales, blanches ou jaunâtres et bordées de noir; du jaune règne sur la gorge, et sur la nageoire de l'anus; la nageoire du dos est jaunâtre, avec dix ou douze taches noires. La chair de ce blennie est peu agréable au goût; aussi est-il très-peu recherché par les pêcheurs, quoiqu'il parvienne jusqu'à la longueur de cinq décimètres. Il est en effet extrê- mement imprégné de matières visqueuses; son corps est glissant comme celui des murènes, et ces substances oléagineuses dont il est pénétré à l'intérieur ainsi qu'à l'extérieur, sont si abondantes, qu'il montre beaucoup plus qu'un grand nombre d'autres osseux, cette qualité phosphorique que l'on a remarquée dans les diflérenles portions des poissons morts et déjà altérés. Ses arêtes luisent dans l'obscurité, tant qu'elles ne sont pas entiè- rement desséchées; et par une suite de cette même liqueur huileuse et phosphorescente, lorsqu'on fait cuire son squelette, il devient verdâtre. L'ovovivipare se nourrit particulièrement de jeune crabes. Il habite dansl'Océan Atlan- tique septentrional, et principalement auprès des côtes européennes. Vers l'équinoxe du printemps, les œufs commencent à se développer dans les ovaires de la femelle. On peut les voir alors ramassés en pelotons, mais encore extrêmement petits, et d'une couleur blanchâtre. A la fin de mai, au commencement de juin, ils ont acquis un accroissement sensible, et présentent une couleur rouge. Lorsqu'ils sont parvenus à la grosseur d'un grain de moutarde, ils s'amollissent, s'étendent, s'allongent, et déjà l'on peut remarquer à leur bout supérieur deux points noirâtres qui indiquent la tête du fœtus, et sont les rudiments de ses yeux. Cette partie de l'embryon se dégage la première de la membrane ramollie qui compose l'œuf, bientôt le ventre sort aussi de l'enveloppe, revêtu d'une autre membrane blanche et assez transparente pour qu'on puisse apercevoir les intestins au travers de ce tégument; enfin la queue, semblable à un fil délié et tor- tueux, n'est plus contenue dans l'œuf, dont le petit poisson se trouve dès lors entièrement débarrassé. Cependant l'ovaire s'étend pour se prêter au développement des fœtus; il est, à l'épo- que que nous retraçons, rempli d'une liqueur épaisse, blanchâtre, un peu sanguinolente, insipide, et dont la substance présente des fibres nombreuses disposées autour des fœtus comme un léger duvet, et propres à les empêcher de se froisser nuiluellement. On a prétendu qu'indépendamment de ces fibres, on pouvait reconnaître dans l'ovaire, des filaments particulieis qui, semblables à des cordons ombilicaux, partaient des tuni- ques de cet organe, s'étendaient jusqu'aux fœtus, et entraient dans leurs corps pour y porter vraisemblablement, a-t-on dit, la nourriture nécessaire. On n'entend pas comment des embryons qui ont vécu pendant un ou deux mois entièrement renfermés dans un œuf, et sans aucune communication immédiate avec le corps de leur mère, sont soumis tout d'un coup, lors de la seconde période de leur accroissement, à une manière passive d'être nourris, et à un mode de circulation du sang, qui n'ont encore été observés que dans les animaux à mamelles. Mais d'ailleurs les observations sur lesquelles on a voulu établir l'existence de ces conduits comparés à des cordons ombilicaux, n'ont pas été conve- nablement confirmées. Au reste, il suffirait que les fœtus dont nous parlons, eussent été pendant les premiers mois de leur vie, contenus dans un véritable œuf, et libres de toute attache immédiate au corps de la femelle, pour que la grande différence que nous avons indiquée entre les véritables vivipares et ceux qui ne le sont pas, subsistâltoujours entre 1 On peut consulter ù ce sujet ce que nous avons écrit dans le Discours sur la nature des Serpents, et dans le Discours sur la nature des Poissons. DES POISSONS. lOî) ces mêmes vivipares ou animaux à mamelles et ceux des poissons qui paraissent le moins ovipares, et pour que la dénomination d'Ovovivipare ne cessât pas de convenir au blennie que nous décrivons. , Et cependant ce qui achève de prouver que ces filaments prétendus nourriciers ont une destination bien différente de celle qu'on leur a attribuée, c'est qu'à mesure que les fœtus grossissent, la liqueur qui les environne s'épuise peu à peu, et d'épaisse et de presque coagulée qu'elle était, devient limpide et du moins très-peu visqueuse, ses parties les plus grossières ayant été employées à alimenter les embryons. Lorsque le temps de la sortie de ces petits animaux approche, leur queue, qui d'abord avait paru sinueuse, se redresse, et leur sert à se mouvoir en différents sens, comme pour chercher une issue hors de l'ovaire. Si dans cet état ils sont retirés de cet organe, ils ne périssent pas à l'instant, quoique venus trop tôt à la lumière ; mais ils ne vivent que quel- ques heures: ils se tordent comme de petites murènes, sautillent et remuent plusieurs fois leurs mâchoires et tout leur appareil branchial avant d'expirer. On a vu quelquefois dans la même femelle jusqu'à trois cents embryons, dont la plu- part avaient plus de vingt-cinq millimètres de longueur. Il s'écoule souvent un temps très-long entre le moment où les œufs commencent a pou- voir être distingués dans le corps de la mère, et celui où les petits sortent de l'ovaire pour venir au jour. Après la naissance de ces derniers, cet organe devient flasque, se relii-e comme une vessie vide d'air; et les mâles ne différent alors des femelles que par leur taille qui est moins grande, et par leur couleur, qui est plus vive ou plus foncée. Nous ne terminerons pas cet article sans faire remarquer que pendant que la plupart des poissons pélagiens s'approchent des rivages de la mer dans la saison où ils ont besoin de déposer leurs œufs, les blennies dont nous nous occupons, et qui n'ont point d'œufs à pondre quittent ces mêmes rivages lorsque leurs fœtus sont déjà un peu développés, et se retirent dans l'Océan à de grandes distances des terres, pour y trouver apparemment un asile plus sûr contre les pêcheurs et les grands animaux marins qui à cette époque fré- quentent les côtes de l'Océan, et à la poursuite desquels les femelles chargées du poids de leur progéniture pourraient plus difficilement se soustraire. Je n'ai pas besoin d'ajouter que les œufs de ces blennies éclosant dans le ventre de la mère, et par conséquent devant être fécondés dans son intérieur, il y a un accouplement plus ou moins prolongé et plus ou moins intime entre le mâle et la femelle de cette espèce, comme entre ceux des squales, des syngnathes, etc. LE BLENNIE GUNNEL. Blennius Gunnellus, Linn., Gmel., Lacep. i. Le "unnel est remarquable par sa forme comprimée ainsi que très-allongée, et par la disposUion de ses couleurs. 11 est d'un gris jaunâtre, et souvent d'un olivâtre foncé dans sa partie supérieure; sa partie inférieure est blanche, ainsi que son ins; la nageoire dor- sale et celle de la queue sont jaunes ; les pectorales présentent une belle couleur orangée, qui paraît aussi sur la nageoire de l'anus, et qui y est relevée vers la base par des taches très-brunes Mais ce qui frappe surtout dans la distribution des nuances du gunnel, c est que le lon^ de la nageoire dorsale, on voit de chaque côté neuf ou dix et quelquefois douze taches rondes ou ovales, placées à demi sur la base de la nageoire, et à demi sur le dos proprement dit, d'un beau noir, ou d'une autre teinte très-foncée, et entourées, sur plu- sieurs individus, d'un cercle blanc ou blanchâtre, qui les fait ressembler à une prunelle environnée d'un iris. ... . , , La tête est petite, ainsi que les nageoires jugulaires. Des dents aiguës garnissent les mâchoires, dont l'inférieure est la plus avancée. La ligne latérale est droite; l'anus plus éloigné de la nageoire caudale que de la gorge. . , , ,„ Par sa forme générale, la petitesse de ses écailles, la viscosité de 1 humeur qui arrose sa surface, la figure de ses nageoires pectorales, le peu de hauteur ainsi que la longueur de celle de son dos, et enfin la vitesse de sa natation, le gunnel a beaucoup de rapports avec la murène anguille : mais il n'a pas une chair aussi agréable au goût que celle de ce der- nier animal. Il vit dans l'Océan d'Europe; il s'y nourrit d'œufs de poisson, et de vers ou 1 Du sous-genre GoNNELLE, Cuv. (Murœnoïdes, Lacep.) dans le genre Rlennie; ou dugenre Ceniro- notut de Schneider. D. HO HISTOIRE NATURELLE d'insectes marins; et il est souvent dévoré par les cartilagineux et les osseux un peu grands, ainsi que par les oiseaux d'eau. Nous croyon>, avec le professeur Gmclin, devoir regarder comme une variété de l'espèce du gunncl, un blennie qui a été décrit par Otiion Fabricius dans la Faune du Groenland, et qui ne paraît différer d'une manière très-marquée et très-constante de l'objet de cet article que par sa longueur, qui n'est que dedeux décimètres, pendant que celle du gunnel ordinaire est de trois ou quatre, par le nombre des rayons de ses nageoires, et par la couleur des taches œillées et rondes ou ovales de la nageoire du dos, dont communément cinq sont noires, et cinq sont blanchâtres ou d'un blanc éclatant. LE BLENNIE POINTILLÉ. Blennius puiictulatus i. La description de ce blennie n'a encore été publiée par aucun auteur. Nous avons vu dans la collection du Muséum d'histoire naturelle, un individu de cette espèce; nous en avons fait graver une ligure que l'on ti-ouvcra dans cette Histoire. La tête est assez grande, et toute parsemée, par-dessus et par les côtés, de petites impres- sions, de pores ou de points qui s'étendent jusque sur les opercules, et nous ont suggéré le nom spécifique de ce blennie. L'ouverlui-e de la bouche est étroite; les lèvres sont épaisses; les dents aiguës et serrées; les yeux ronds et très-gros; les écailles très-facile- ment visibles ; les nageoires pectorales ovales et très-grandes, les jugulaires composées chacunededeuxrayonsmousjoufilaments, presque aussi longs que les pectorales. La ligne latérale se courbe au-dessus de ces mêmes pectorales, descend comme pour les envi- ronner, et tend ensuite directement vers la queue. La nageoire du dos, qui commence à la nuque, et va toucher la nageoire caudale, est basse; les rayons en sont garnis de petits filaments, et tous à peu près de la même longueur, excepté les huit derniers, dont six sont plus longs et deux plus courts que les autres. La nageoire de l'anus est séparée de la caudale, qui est arrondie. Un grand nombre de petites taches irrégulières et nuageuses sont répandues sur le pointillé. LE BLENNIE GARAMIT. Blennius Garamit, Lacep.; Gadus Salarias, Forsk. 2; LE BLENNIE LU3IPÈNE. Blennius Lumpenus, Walb., Lacep. 3. ET LE BLENNIE TORSK. Blennius Torsk, Lacep. 4. Le garamit a été placé parmi les gades : mais il a été regardé par Forskaël, qui l'a découvert, comme devant tenir le milieu entre les gades et les blennies; et les caractères qu'il présente nous ont forcés à le comprendre parmi ces derniers poissons. Ses dents sont inégales; on en voit de placées vers le bout du museau, qui sont beaucoup plus longues que les autres, et qui, par leur forme, ont quelque ressemblance avec les crochets des quadrupèdes carnassiers. Il présente diverses teintes disposées en taches nuageuses; la nageoire dorsale règne depuis la nuque jusqu'à la nageoire caudale. La ligne latérale est à peine visible, et assez voisine du dos. Ce blennie est long de trois ou quatre décimètres. Il se trouve dans les eaux de la mer Rouge. C'est dans celles de l'Océan d'Europe qu'habite le lumpène. Il y préfère les fonds d'argile ou de sable, s'y cache parmi les fucus des rivages, et y dépose ses œufs vers le commencement de l'été. Ses écailles sont petites, rondes, fortement attachées. Sa couleur est jaunâtre sur la tète, blanchâtre avec des taches brunes sur le dos elles côtés, jaune et souvent tachetée sur la queue, blanche sur le ventre. Ses nageoires jugulaires, par leur forme et i)ar leur position, ressemblent à des barbillons; elles comprennent chacune trois rayons ou filaments, dont le dernier est le plus allongé. 1 31. Ciivior consi(]('re co poisson coinmn un individu mal conserve du Blennius superciltosus de Bloch, (|ni, pour lui, appartient au sous-gcnrc Clinus, dans le genre Blennie. D. 2 Ce poisson nVst pas cité par M. Cnvier qui donne le nom de Salarias à un sous-genre des Blennies, dont le Blennius Gnltorugine de Forskaël est le type. D. 5 Du sous-genre Clinus dans le genre Blennie, Cuv. D. i Espèce douteuse. Le nom de Dorscli ou de Torsk se donne sur les côtes de la Baltique à une petite espèce de morue, c'cst-^-dirc ù un gade pourvu de trois nageoires dorsales et de deux anales. D. DES POISSONS. iH Le torsk préfère les mers qui arrosent le Groenland, ou celles qui bordent l'Europe septentrionale. Il présente un barbillon, et ce filament est au-dessous de l'extrémité anté- rieure de la mâchoire d'en bas. Ses nageoires jugulaires sont charnues et divisées en quatre appendices. Le ventre est gros et blanc: la tête brune : les côtés de l'animal sont jaunâtres ; les nageoires du dos, de la queue et de l'anus, lisérées de blanc. Ce blennie par- vient k la longueur de six ou sept décimètres, et à la largeur d'environ un décimètre et demi. CINQUANTE ET UNIÈME GENRE. . LES OLIGOPODES. Une seule nageoire dorsale ; cptte nagnnire du dos commençant au-dessus de In fêle, et «''étendant jusqu'à la nageoire caudale, ou à peu près, un seul rayon à chaque nageoire jugulaire. espèce. caractères. L'Oligopode LIFÈRE. '^^' \ La nageoire du dos très-élevée ; celle de la queue, fourchue. L'OLIGOPODE VELIFÈRE. Pteraclis velifera, Gronov., Cuv. ; Oligopodus veliferus, Lac. ; Coryphaena velifera, Pall. i. La position des nageoires inférieures ne permet pas de séparer les oligopodes des jugulaires, avec lesquels ils ont d'ailleurs un grand nombre de rapports. Nous avons donc été obligés de les éloigner des coryphènes, qui sont de vrais poissons thoracins , dans le genre desquels on les a placés jusqu'à présent, et auxquels ils ressemblent en effet beaucoup, mais dont ils diffèrent cependant par plusieurs traits remarquables. On peut les considérer comme formant une des nuances les plus faciles à distinguer, parmi toutes celles qui lient les jugulaires aux thoracins, et particulièrement les blennies aux coryphènes; mais on n'en est pas moins forcé de les inscrire à la suite des blennies , sur les tables méthodiques par le moyen desquelles on cherche à présenter quelques linéa- ments de l'ordre naturel des êtres animés. Parmi ces Oligopodes, que nous avons ainsi nommés pour désigner la petitesse de leurs nageoires thoracines, et qui, par ce caractère seul, se rapprocheraient beaucoup des blennies, on ne connaît encore que l'espèce à laquelle nous croyons devoir conserver le nom spécifique de Vélifère. C'est au grand naturaliste Pallas que l'on en doit la première description. On lui avait apporté de la mer des Indes l'individu sur lequel celte première description a été faite. La forme générale du vélifère est singulière et frappante. Son corps, très-allongé, très- bas et comprimé, est, en quelque sorte, distingué difficilement au milieu de deux immenses nageoires placées, l'une sur son dos, et l'autre au-dessous de sa partie infé- rieure, et qui, déployant une très-grande surface, méritent d'autant plus le nom cVEveii- tail on de Voile, qu'elles s'étendent, la première depuis le front, et la seconde depuis les ouvertures branchiales jusqu'à la nageoire de la queue, et que d'ailleurs elles s'élèvent ou s'abaissent de manière que la ligne que l'on peut tirer du point le plus haut de la nageoire dorsale au point le plus bas de la nageoire de l'anus, surpasse la longueur totale du poisson. Chacune de ces deux surfaces latérales ressemble ainsi à une sorte de losange irrégulier, et curviligne dans la plus grande partie de son contour. El c'est à cause de ces deux voiles supérieure et inférieure, que l'on a mal à propos comparées à des rames ou à des ailes, que plusieurs naturalistes ont voulu attribuer à l'oligopode vélifère la faculté de s'élancer et de se soutenir pendant quelques moments hors de l'eau comme plusieurs pégases, scorpènes, trigles et exocets, auxquels on a donné le nom de Poissons volants. Mais si l'on rappelle les principes que nous avons exposés concernant la natation et le vol des poissons, on verra que les nageoires du dos et de l'anus sont placées de manière à ne pouvoir ajouter très-sensiblement à la vitesse du poisson qui nage, ou à la force de celui qui vole, qu'autant que l'animal nagerait sur un de ses côtés comme les pleuronecles, ou volerait renversé sur sa droite ou sur sa gauche; supposition que l'on ne peut pas admettre dans un osseux conformé comme le vélifère. Les grandes nageoires dorsale et anale de cet oligopode lui servent donc principalement, au moins le 1 M. Cuvier place ce genre ù la fin de la famille des Scombéroïdes dans l'ordre des Acanthopté- rygiens. D. 112 HISTOIRE NATURELLE plus souvent, à {ourncr avec plus de facilité, à fendre l'eau avec moins d'obstacles, parti- culièrement, en montant ainsi qu'en descendant, à se balancer avec plus d'aisance, et à se servir de quelques courants latéraux avec plus d'avantages; et, de plus, il peut, en étendant vers le bas sa nageoire de l'anus, et en pliant celle du dos, faire descendre son centre de gravité au-dessous de son centre de figure, se lester, pour ainsi dire, par cette manœuvre, et accroître sa stabilité. Au reste, le grand déploiement de ces deux nageoires de l'anus et du dos ajoute à la parure que le vélifère peut présenter; il place en eiïet, au-dessus et au-dessous de ses côtés, qui sont d'un gris argenté, une surface très- étendue, toute parsemée de taches blanches ou blanchâtres, que la couleur brune du fond fait très-bien ressortir. La tète est couverte de petites écailles ; la mâchoire inférieure relevée et garnie de deux rangées de dents; on n'en compte qu'un rang à la mâchoire supérieure. Les deux premiers rayons de la nageoire du dos sont très-courts, à trois faces, et osseux. Le pre- mier de la nageoire de l'anus est aussi très-court et osseux; le second est également osseux, mais il est assez long. On voit de chaque côté du corps et de la queue plusieurs rangées longitudinales d'écaillés grandes, minces, légèrement striées, échancrées à leur sommet, et relevées à leur base par une sorte de petite pointe qui se loge dans l'échan- crure de l'écaillé supérieure. Le corps proprement dit est très-court; l'anus est très-près de la gorge; et voilà pourquoi la nageoire anale peut montrer la très-grande longueur que nous venons de remarquer. CINQUANTE-DEUXIÈME GENRE. LES KURTES. Le corps très-comprimé et caréné par-dessus ainsi que par-dessous , le dos élevé. ESPÈCE. CARACTÈRE. Le Klrte blo- i t» > i > ■ i , • CHIEN. { ^^^^ rayons a la membrane des branchies. LE KURTE BLOCHIEN. Kurtus indicus, Bloch, Gmel., Cuv.; Kurtus Blochianus, Lacep. i. Ce poisson lie les jugulaires avec les thoracins par la grande compression latérale de son corps, qui ressemble beaucoup à celui des zées et des chétodons. Cette conformation lui donne aussi une grande analogie avec les stromatées; et c'est pour ces diflerenles 1 aisons que nous l'avons placé à la fin de la colonne des jugulaires, comme nous avons mis les stromatées à la queue de celle des apodes. Le savant ichthyologiste Bloch nous a fait connaître cet animal, qu'il a inscrit dans un genre particulier, et auquel nous avons cru devoir donner le nom de ce célèbre naturaliste. Le biochien a le corps très-étroit et très-haut; et, de plus, une élévation considérable qui paraît sur le dos, et qui ressemble à une bosse, lui a fait attribuer, par le zoologiste de Berlin, la dénomination générique de Kurtus, qui signifie bossu. Sa tête est grande ; son museau obtus ; la mâchoire inférieure un peu recourbée vers le haut, plus avancée que la supérieure, et garnie, ainsi que cette dernière, de plusieurs rangées de très-petites dents; la langue courte et cartilagineuse; le palais lisse; l'œil gros ; l'ouverture branchiale étendue ; l'opercule membraneux ; l'anus assez proche de la gorge; la ligne latérale droite, et la nageoire de la queue fourchue. Il vit dans la mer des Indes; il s'y nourrit de crabes, ainsi que d'animaux à coquille; et, dès lors, il est peu surprenant qu'il brille de couleurs très-éclatantes. Sa parure est magnifique. Ses écailles ressemblent à des lames d'argent; l'iris est en partie blanc et en partie bleu ; des taches dorées ornent le dos; quatre taches noires sont placées auprès de la nageoire dorsale; les pectorales et les jugulaires réfléchissent la couleur de l'or, et sont bordées de rouge; les autres nageoires offrent une teinte d'un bleu céleste que relève un liséré d'un jaune blanchâtre. i Bc la lamille des Sconibf'roïdcs dans l'ordiv des Aciuiliiojit.'iygicii-; de M. Cuvicr. D DES POISSONS. 115 CINQUANTE-TROISIÈiME GENRE . LES CHRYSOSTROMES 1. Le corps et la queue tr€s-haut8ytrès-eomprimès,et aplatis laléralemetif de manière à représenter un ovale] une seule nageoire dorsale. ESPÈCE. CARACTÈRFS. Le Lhrvsos- ) ^^ dorsale et l'anale en forme de faux : la caudale fourchue. IROME FIATOLOIDE f ' LE CHRYSOSTROME FIATOLOIDE. Chrysostromus fiatoloides, Lacep. Rondelet a donné la figure de cette espèce, qui a de très-grands rapports avec le stromafée fiatole, mais qui doit être placée non-seulement dans un genre différent, mais même dans un autre ordre que celui des stromatées, puisque ces derniers sont apodes, pendant que les chrysostromes ont des nageoires situées au-dessous de la gorge. Nous avons cependant indiqué cette analogie, et par le nom spécifique de Fiatoloïdc, et par la dénominalion générique de Chrxjsostromc, qui vient du mot grec z/:u<ïTo?(or), et d'un autre mot grec (jT,c&i//« {tapis, riche tapis), d'où les anciens ont tiré le nom de Stromatée. Notre chrysostrome, dont la ressemblance avec le fiatole a si fort frappé les habitants de plusieurs rivages de la 3Iéditerranée, qu'ils lui ont appliqué le nom de ce dernier, se trouve particulièrement aux environs de Rome. Sa parure est magnifique. Des raies longi- tudinales interrompues, et des taches de dififérenles grandeurs, foules brillantes de l'éclat de l'or, sont répandues sur ses larges côtés, et y représentent une sorte de tapis resplen- dissant. La mâchoire inférieure est un peu plus avancée que la supérieure; et les lèvres sont grosses. SECONDE SOUS-CLASSE. POISSONS OSSEUX. Les parties solides de l'intérieur du corps, osseuses. PREMIÈRE DIVISION. Poissons qui ont un opercule et une membrane des branchies. DIX-NEUVIÈME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ou TROISIÈME ORDRE DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX. Poissons thoracins, ou qui ont des nageoires inférieure? placées sous la poitrine et au-dessous des pectorales . CINQUANTE-QUATRIÈME GENRE. LES LÉPIDOPES. Le corps très-allongé et comprimé en forme de lame, un seul rarjon aux nageoires thoracines et à celle de l'anus. espèce. caractère. Le Lépibope GOUAiSlEN. I La mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure. ! Selon M. Cuvier, ce genre doit être supprimé, car il n'est établi que sur une figure de Rondelet qui représente le Stromatée Fiatole. Dans celle ligure la pectorale gauche, reployée vers le bas, a paru à M. de Lacépède être une ventrale. D. 114 HISTOIRE NATURELLE LE LÉPIDOPE GOUAMEN. Lepidopus argyrcus, Cut. 5 Lcpidopus gouanianus, Lacep. j. Cette espèce a été décrite, pour la première fols, par mon savant confrère le professeur Gouan, de Montpellier, qui l'a séparée, avec beaucoup de raison, de tous les genres de poissons adoptes jusqu'à présent. Le nom distinctif que j'ai cru devoir lui donner, témoigne le service que M. Gouan a rendu aux naturalistes en faisant connaître ce curieux animal. Cet osseux vit dans la Méditerranée. Il a de très-grands rapports avec plusieurs apodes, particulièrement avec lesleptures et les trichiures. 3Iais c'estle seul poisson dans lequel on n'ait observé qu'un seul rayon à la nageoire de l'anus, ni à chacune des nageoires inférieures que nous nommons thoracines pour toutes les espèces de l'ordre que nous examinons, parce qu'elles sontsituées sur le thorax. Ces nageoires anale et thoracines du gouanien ont d'ailleurs une forme remarquable : elles ressemblent à une écaille allongée, arrondie dans un bout, et pointue dans l'autre; et c'est de là que vient le nom générique de léjudope, lepidopus, pieds ou nageoires inférieures en forme d'écaillés, ou écuilleux. La tète du gouanien est plus grosse que le corps, et comprimée latéralement; le museau pointu; la nuque terminée par une arèle ; chaque mâchoire garnie de plusieurs rangs de dents nombreuses et inégales; l'œil voilé par une membrane, comme dans plusieurs apodes et jugulaires; l'opercule d'une seule pièce; l'ouvei'ture branchiale grande et en croissant; l'anus situé vers le milieu de la longueur totale; la ligne latérale peu appa- rente; la nageoire du dos très-basse et très-longue, mais séparée de celle de la queue, qui est lancéolée; chaque écaille presque imperceptible; la couleur générale d'un blanc argenté. CIiNQUANTE-CINQUIÈME GExXRE. LES HIATULES. Point de nageoire de ranns. espèce. caractères. La Hiatule gab- DÉMENNE. I Des dents crochues aux mâchoires, et des dents arrondies au palais. LA HIATULE GARDÉNIExXNE. Hiatula gardénia, Lacep. ; Labrus Hiatula, Linn., Gmel. 2. On a compris jusqu'à présent dans le genre des labres, le poisson décrit dans cet article : mais les principes réguliers de classitication auxquels nous croyons devoir nous conformer, s'opposent à ce que nous laissions parmi des osseux qui ont une nageoire de l'anus plus ou moins étendue, une espèce qui en est entièrement dénuée. Nous avons donc placé la gardéniennc dans un genre particulier; et comme, dans chaque ordre, nous commençons toujours par traiter des poissons qui ont le plus petit nombre de nageoires, nous avons cru devoir écrire le nom des hiatules presque en tête de la colonne des thoracins : elles auraient même formé le premier genre de cette colonne, si les lépidopes n'avaient pas une nageoirederanuscxtrèmemenl petite, réduite à un seul rayon, pour ne pas dire à une seule écaille, si de plus ils ne présentaient pas des nageoires thoracines également d'un seul rayon, et si d'ailleurs ils ne se rapprochaient pas de très-près par le corps très-allongé et par leurs formes très-déliées, de la plupart des osseux apodes ou jugulaires. Le nom distinctif de Gardénienne indique que c'est au docteur Garden qu'est due la découverte de cette espèce, qu'il a vue dans la Caroline. On soupçonnera aisément qu'elle doit olfrir beaucoup de I rails communs avec les labres, j)arnii lesquels Linnée et d'autres célèbres naturalistes l'on! comptée. Elle a, en ell'et, comme plusieurs de ces labres, 1 Ce poisson forme un genre dans la famille des Tœnioïdcs de l'ordre des Acanthoplérygiens de M. Cuvier. il a ilc décrit sous les noms de Trichinras cuxduliis, par Euphraseii ; de Trie la tir un o/aditis, par Hollen; de Tricliinrus eusi/'urmis, par Vandelli; de l'nndellius lusi/aniciis, par Sliaw; de Zipliuteca lelradens, parMoiilngu ; de Scircina urijyrttd, parllalines(iuej etdcLt'pidope deP